L'avocat vietnamien Cu Huy Ha Vu, encadré par des policiers à l'issue de son procès au Tribunal populaire de Hanoi, le 4 avril 2011.

© 2011 Reuters

(Bangkok, le 26 mai 2011) - L'emprisonnement de Cu Huy Ha Vu pour propagande contre l'État n'a fait que raviver la ferveur du remarquable élan de soutien populaire en faveur de sa libération, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui.

M. Vu, âgé de 53 ans, condamné à sept ans de prison en avril 2011, bénéficie d'un vaste soutien émergeant de différentes strates de la société vietnamienne. Grâce à la portée d'Internet, sa cause a atteint une telle popularité que le gouvernement vietnamien a dû faire face à un mouvement de défense des droits humains sans précédent, a déclaré Human Rights Watch.

Le rapport de 59 pages, intitulé « Vietnam: The Party vs. Legal Activist Cu Huy Ha Vu » (« Vietnam : Le Parti contre l'activiste judiciaire Cu Huy Ha Vu ») décrit les particularités de ce procès politique, le plus médiatisé depuis des décennies. Le rapport recense notamment les actions en justice intentées par M. Vu contre l'élite politique du pays, y compris le premier Ministre Nguyen Tan Dung, pour défendre les droits humains, la notion d'État responsable et la protection de l'environnement. Les antécédents révolutionnaires de sa famille et sa propre appartenance à l'élite ont fait de M. Vu l'une des personnalités les plus en vue à avoir publiquement remis en question l'action du Parti communiste vietnamien.

« La condamnation de M. Vu entache une nouvelle fois le sombre dossier des droits humains du Vietnam et prouve que le gouvernement est prêt à tout pour réduire au silence l'un de ses plus illustres détracteurs », a expliqué Phil Robertson, directeur adjoint de la division Asie à Human Rights Watch. « Mais dans leur soif de représailles, les autorités vietnamiennes sont peut-être allées trop loin. »

Après l'arrestation de M. Vu en novembre 2010, les membres de sa famille se sont mobilisés au travers d'une vigoureuse campagne de sensibilisation du public pour demander sa libération. Leur obstination a donné naissance à un soutien populaire sans précédent, de la part de groupes religieux, de blogueurs influents, de hauts gradés de l'armée à la retraite et de citoyens ordinaires.

D'ampleur nationale, la vague de protestations contre le procès de M. Vu a submergé les blogs, les pages Internet et les publications en ligne du pays. Dans les jours qui ont suivi le procès, le site Internet populaire Bauxite Vietnam a lancé une pétition en ligne appelant à l'annulation du jugement et à la remise en liberté immédiate de M. Vu. En trois semaines seulement, la « pétition pour libérer le citoyen Cu Huy Ha Vu » a recueilli la signature d'environ 2 000 personnes, vietnamiennes pour bon nombre d'entre elles. Parmi elles figurent des dirigeants du parti communiste, des militaires haut gradés à la retraite, des représentants du gouvernement, des cadres, des artistes, des journalistes, des universitaires, des membres de congrégations religieuses, des employés et des agriculteurs. Au moins une dizaine de personnes ont déclaré avoir été harcelées par la police pour avoir signé la pétition.

Le département d'État américain a fait part de sa « profonde inquiétude » concernant la procédure judiciaire et son issue, en ajoutant que l'affaire « soulève de graves interrogations quant à l'engagement du Vietnam en faveur de l'État de droit et d'un processus de réforme. Personne ne devrait être emprisonné pour avoir exercé son droit à la liberté d'expression. » L'Union européenne a déclaré : « Cette condamnation n'est pas compatible avec le droit fondamental de chacun à avoir des opinions et à exprimer celles-ci librement et pacifiquement. »

Human Rights Watch a constaté que certaines règles de procédure ont été clairement enfreintes au cours du procès du 4 avril, qui a duré moins de six heures. Le tribunal d'Hanoï a rejeté la demande faite par la défense de consulter les documents sur lesquels l'accusation était basée. Un avocat de la défense a été expulsé du tribunal par le juge Nguyen Huu Ching après avoir demandé à plusieurs reprises ces documents. Les autres avocats de la défense ont persisté, mais leurs réclamations restant vaines, ils ont fini par quitter le tribunal en signe de protestation.

« Alors que le militantisme de M. Vu s'est toujours exprimé par le biais des voies judiciaires, les autorités ont étouffé ses tentatives de faire avancer la justice au travers d'un procès où les garanties du droit à une procédure équitable ont été méprisées », a poursuivi Phil Robertson. « Les dirigeants du Vietnam devraient tenir compte des appels de la communauté internationale et annuler ce simulacre de justice pour libérer M. Vu sans délai. »

Suite à sa condamnation, M. Vu a envoyé un courrier aux autorités vietnamiennes, dans lequel il refuse le verdict et fait appel du jugement. Sa requête est toujours en cours d'examen par le gouvernement.

Human Rights Watch recommande au gouvernement vietnamien de relâcher sans délai M. Vu car son arrestation, sa détention, son inculpation et sa condamnation sont basées sur l'exercice pacifique par ce dernier de son droit à l'information, ainsi qu'à la liberté d'opinion, d'expression et d'association. Ces droits sont inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l'homme et dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, un traité international auquel le Vietnam a adhéré en 1982.

« Le Vietnam devrait écouter la voix de ses citoyens, qui demandent la libération de M. Vu, et cesser de les harceler et de les traiter comme des criminels », a conclu Phil Robertson. « Les agissements des autorités causent un tort réel à la réputation déjà vacillante du Vietnam, en tant que pays qui peine à respecter l'État de droit et ses obligations internationales en matière de droits humains. »