(Washington, le 26 mai 2011) - Les organismes internationaux de compétitions automobiles responsables du calendrier des Grands Prix de Formule 1 devraient prendre pleinement en considération les violations graves et persistantes des droits humains au moment d'envisager de reprogrammer une course à Bahreïn en 2011, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Human Rights Watch a exprimé ses inquiétudes dans une lettre envoyée conjointement à la Fédération Internationale de l'Automobile (FIA) et à la Formula One Teams Association (FOTA, ou Association des écuries de Formule 1).

Les autorités bahreïnies ont annulé le Grand Prix de Bahreïn 2011, prévu en mars dernier, en raison du vaste mouvement de protestation mené à l'encontre du gouvernement et en faveur de la démocratie. Le 3 juin, lors d'une réunion qui se tiendra à Barcelone, la FIA devrait décider de reprogrammer ou non l'événement plus tard dans l'année. Le Roi de Bahreïn, Hamad bin Issa al-Khalifa, a récemment décrété que la loi martiale, imposée le 15 mars, serait levée le 1er juin, quelques jours avant la réunion de la FIA.

« Malheureusement, les violations graves des droits humains, telles que les arrestations arbitraires, les détentions au secret et les actes présumés de torture, perpétrées par les autorités bahreïnies existaient avant la loi martiale imposée à la mi-mars », a signalé Tom Porteous, directeur adjoint au Bureau du Programme de Human Rights Watch. « Il n'y a pas vraiment lieu de croire que la levée de la loi martiale le 1er juin transformera fondamentalement le climat qui menace les droits humains à Bahreïn. »

Human Rights Watch a émis des doutes quant au succès d'un Grand Prix de Formule 1 qui serait organisé dans un environnement marqué par des arrestations arbitraires à grande échelle, des mises au secret prolongées, des allégations crédibles de torture, ainsi que des licenciements massifs de travailleurs, en violation de la loi bahreïnie et du droit international. Selon de récentes informations parues dans la presse, ces licenciements et arrestations viseraient environ un quart du personnel du Circuit international de Bahreïn, propriété du gouvernement et lieu du Grand Prix annuel de Bahreïn.

Human Rights Watch a relevé que plutôt que de mettre fin à ses pratiques répressives, Bahreïn avait restreint la couverture médiatique du mouvement de protestation et de ses suites. Des journalistes bahreïnis ont été arrêtés et passés à tabac, y compris certains qui travaillaient pour des médias internationaux tels que France 24. Début mai, le gouvernement a expulsé le correspondant de l'agence Reuters, Frederik Richter, l'unique journaliste international basé à Bahreïn au cours des dernières années ; il couvrait les événements dans ce pays depuis 2008. Depuis le 20 avril, le gouvernement empêche Human Rights Watch de travailler à Bahreïn.

« Les responsables internationaux des compétitions automobiles devraient s'enquérir auprès des autorités bahreïnies du sort et du bien-être du personnel du Circuit international de Bahreïn », a conclu Tom Porteous. « Ils devraient par ailleurs se poser sérieusement la question de l'opportunité d'organiser un Grand Prix de Formule 1 cette année à Bahreïn compte tenu de l'ampleur des violations des droits humains qui y sont commises. »