(New York, le 21 mars 2011) - La Syrie doit cesser d'utiliser des balles réelles et toute autre forme de force excessive contre des manifestants, comme ce fut le cas dans la ville de Deraa les 18 et 20 mars, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. La répression dans cette ville située dans le sud du pays a fait au moins cinq morts en trois jours.

Le dimanche 20 mars, des manifestations se sont déroulées à Deraa pour le troisième jour d'affilée. Les forces gouvernementales ont à nouveau tiré sur les manifestants et utilisé des gaz lacrymogènes pour les disperser, tuant une personne et en blessant des dizaines d'autres selon les médias. Au moins cinq personnes ont été tuées à Deraa depuis le 18 mars.

 « Le gouvernement syrien n'a eu aucun scrupule à faire tirer sur des citoyens qui ne cherchaient qu'à exercer leur droit de s'exprimer », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les Syriens font preuve d'un courage incroyable en osant protester publiquement contre l'un des régimes les plus répressifs de la région, et ne devraient pas être soumis au risque de payer de leur vie. »

Le 18 mars, après la prière du vendredi, plusieurs milliers de manifestants avaient commencé à défiler à partir de la mosquée al-Omari, dans le sud de Deraa. Selon le témoignage d'un résident de la banlieue de Deraa qui a décrit les événements à Human Rights Watch ainsi que plusieurs médias, les manifestants réclamaient une plus grande liberté politique et dénonçaient la corruption de certains membres du gouvernement.

Selon Reuters, les forces de sécurité ont ouvert le feu et tué trois manifestants : Wissam Ayyash, Mahmoud al-Jawabra et Ayham al-Hariri. Un quatrième homme, Adnan Akrad, est décédé le lendemain, samedi 19 mars, après avoir été lui aussi fatalement blessé par des tirs à balles réelles.

Human Rights Watch a rappelé que les forces de sécurité syriennes sont tenues de respecter les Principes de base sur le recours à la force et l'utilisation des armes à feu par les responsables de l'application des lois. Selon ces normes, les responsables de l'application des lois « auront recours autant que possible à des moyens non violents avant de faire usage de la force ou d'armes à feu » (article 4) et si un tel usage est « inévitable » ils « en useront avec modération » (article 5). Ils ne peuvent recourir à l'usage meurtrier d'armes à feu « que si cela est absolument inévitable pour protéger des vies humaines » (article 9).

L'article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel la Syrie est partie, garantit le droit de réunion pacifique et oblige chaque État à veiller à ce que ce droit puisse être effectivement exercé. Par ailleurs l'article 6 du PIDCP dispose que « nul ne peut être arbitrairement privé de la vie ».

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