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Russie : Un an après le meurtre de Natalia Estemirova, aucune poursuite judiciaire n’a été engagée

Aucune avancée concrète n’a été réalisée dans l’enquête sur le meurtre de l’éminente militante des droits humains

(Moscou, le 8 juillet 2010) - Un an après le meurtre sordide de Natalia Estemirova, éminente militante des droits humains en Tchétchénie, les auteurs de ce crime n'ont toujours pas été traduits en justice, a déploré Human Rights Watch aujourd'hui. Immédiatement après l'assassinat d'Estemirova, Human Rights Watch avait exhorté le gouvernement russe à ouvrir une enquête minutieuse, indépendante et transparente pour retrouver les coupables. Cette enquête n'a produit aucun résultat tangible.

Natalia Estemirova, qui travaillait comme chercheuse en Tchétchénie pour Memorial, a été enlevée devant son domicile à Grozny, la capitale tchétchène, le 15 juillet 2009 et a été retrouvée morte plus tard dans la journée, tuée par balles, dans la république voisine d'Ingouchie. Les circonstances du meurtre d'Estemirova, ainsi que les menaces reçues par cette dernière, Memorial, des journalistes d'investigation et des militants des droits humains en Tchétchénie conduisent à soupçonner l'implication ou la connivence des autorités dans ce meurtre, a déclaré Human Rights Watch.

« Le meurtre de Natalia Estemirova était une infâme tentative de réduire au silence les personnes qui osent dire la vérité sur les violations de droits humains en Tchétchénie » a dénoncé Rachel Denber, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Natalia avait mis au jour certains des pires abus commis en Tchétchénie et avait contribué à faire en sorte que le monde en soit informé. »

Estemirova a joué un rôle de premier plan dans les enquêtes sur les violations des droits humains en Tchétchénie, et œuvrait depuis plus de dix ans pour que les auteurs de ces violations répondent de leurs actes. Elle a mis en relation des victimes avec des défenseurs des droits humains de Russie et au delà, avec des journalistes et des instances judiciaires telles que la Cour européenne des droits de l'Homme.

Plusieurs années avant qu'elle soit assassinée, son action avait commencé à susciter des critiques fortes de la part des autorités tchétchènes, notamment du président de la République Ramzan Kadyrov. Les forces dirigées par ce dernier ont été accusées d'avoir commis de nombreux abus de droits humains dont des actes de tortures, des enlèvements, des peines collectives et des exécutions extrajudiciaires.

Au cours de la semaine qui a précédé son assassinat, Estemirova avait révélé plusieurs affaires extrêmement sensibles, y compris l'exécution extrajudiciaire publique d'un homme soupçonné de collaboration avec des insurgés. Elle avait enquêté sur ces affaires conjointement avec Human Rights Watch.

Human Rights Watch a documenté de nombreuses affaires de violations semblables en Tchétchénie, malgré le fait qu'un grand nombre de victimes aient reçu des menaces de la part des forces de sécurité et de maintien de l'ordre de la région.

« Il faut s'assurer que le meurtre de Natalia Estemirova ne reste pas impuni, et accroître ainsi les chances de mettre fin au cercle vicieux des abus et de l'impunité en Tchétchénie », a déclaré Rachel Denber.

Depuis l'assassinat d'Estemirova, l'environnement de travail des militants des droits humains en Tchétchénie est resté très hostile. Trois semaines après sa mort, deux autres militants de premier plan, Zarema Sadulaeva et Alik Djabrailov de Save the Generation, une organisation non gouvernementale qui aide les enfants handicapés en Tchétchénie, ont été enlevés à Grozny et ont été assassinés. Plusieurs autres membres du personnel de Memorial ont reçu de graves menaces et trois d'entre eux, craignant à juste titre pour leur sécurité personnelle, ont été contraints de quitter la région.

« L'année dernière, le Kremlin s'est engagé à plusieurs reprises à assurer un environnement de travail normal pour les défenseurs des droits humains dans le Caucase Nord », a rappelé Rachel Denber. « S'il veut tenir parole, le pouvoir russe doit faire en sorte que les meurtriers de Natalia Estemirova et les commanditaires de ce meurtre soient traduits en justice. »

Human Rights Watch a affirmé que le gouvernement russe est contraint par le droit national et international d'enquêter efficacement sur l'affaire Estemirova et de veiller à ce que l'enquête consiste entre autres choses à déterminer si ce meurtre constitue une exécution extrajudiciaire. Ces normes d'investigation ont été élaborées par les Nations Unies dans les Principes relatifs à la prévention efficace des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et aux moyens d'enquêter efficacement sur ces exécutions, par le travail du Rapporteur Spécial des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, et par d'autres documents rédigés par des spécialistes.

Les principes établis signifient que les enquêteurs doivent examiner minutieusement l'éventualité d'une implication de l'État dans le meurtre d'Estemirova, a déclaré Human Rights Watch. Ils ne doivent pas écarter la possibilité que Kadyrov, qui a été impliqué dans d'autres cas de représailles contre des personnes ayant mis au jour des abus en Tchétchénie, ait joué un rôle en menaçant Estemirova et d'autres membres de Memorial, et ait encouragé un climat d'impunité pour les forces de sécurité et de maintien de l'ordre.

« À la même époque l'année dernière, alors que nous pleurions notre amie et collègue Natalia Estemirova, nous avions appelé le gouvernement russe à faire tout ce qui était en son pouvoir pour traduire les coupables en justice », a conclu Rachel Denber. « Nous demandons à présent aux autorités russes de faire preuve de transparence quant aux mesures prises par les enquêteurs - le cas échéant - pour examiner l'éventualité d'une implication ou connivence des autorités dans le meurtre de Natalia. »

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