Enterrement d’enfants brûlés à mort dans leur maison à Luofo, le 18 avril 2009.

© 2009 Human Rights Watch

Excellences,

Au nom des parents de l'est de la République Démocratique du Congo, nous applaudissons l'attention que vous accordez à la problématique des enfants dans les conflits armés. Nous sommes convaincus que le Conseil de Sécurité de l'ONU, et surtout le Groupe de Travail pour les Enfants et les Conflits Armés, joue un rôle très important pour mettre fin aux abus que nos enfants continuent de subir ici à l'est du Congo.

Nous, représentants de 62 associations de parents du Congo basées à Goma et les organisations congolaises à l'est du Congo, voudrions saisir cette opportunité de votre discussion le 29 avril sur les enfants dans les conflits armés pour vous exprimer nos importantes préoccupations liées au drame vécu par nos enfants dans cette zone de conflit à l'est de la RDC, surtout par rapport à la violence sexuelle contre nos enfants et aux attaques contre nos écoles et le manque d'éducation pour presque une génération de Congolais.

Nous sommes confrontés à plusieurs obstacles. Après des années de guerre, nos enfants sont déplacés, souvent plusieurs fois et pour plusieurs années. En tant que personnes déplacées, nous manquons d'argent pour payer leurs études. Des milliers d'enfants sont séparés de leurs familles à cause des guerres incessantes. Nos écoles ont été brûlées ou pillées. Certaines écoles ont été transformées en centres de recrutement ou de formation pour les groupes armées. Là où les écoles existent, l'insécurité y règne et nos enfants sont pris pour cibles par les combattants. En conséquence, nos enfants n'étudient plus et sont obligés de courir les rues.

Quel sera leur avenir ? Que deviendra le Congo de demain avec une génération d'enfants non instruits et non éduqués ?

Beaucoup de nos enfants ont été recrutés par force par les groupes armés et ils ont dû participer à des combats pendant plusieurs années. Ceux qui sont rentrés sont complètement traumatisés à cause de tout ce qu'ils ont vu et vécu. Les programmes de réintégration n'existent pas, ou s'ils existent, ils ne sont pas suffisants. Souvent, les enfants ne peuvent pas retourner à l'école ; au lieu de cela, ils sont encore recrutés soit par un autre groupe armé, soit par le même groupe armé et ainsi de suite.

Pendant les dernières attaques par les FDLR dans les provinces du Kivu et par les forces de la LRA en Haut-Uélé, des centaines d'enfants ont été recrutés par force et certains ont assisté au viol de leurs mamans et aux scènes macabres de massacre de leurs pères, frères et sœurs à la machette.

Nos enfants eux-mêmes ont subi des violences indescriptibles. Dernièrement, lors d'une attaque à Luofu par les FDLR le 17 avril 2009, trois garçons et deux filles, entre 2 et 6 ans, sont morts brûlés dans leurs maisons.

Les jeunes filles ont subi des actes horribles de violence sexuelle commis par les rebelles et soldats congolais. Le 16 mars, un militaire des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) a violé une petite fille de 10 ans dans le village de Bwanga, par exemple. Vers fin février, plus de douze femmes et filles ont été enlevées par les FDLR à Remeka. Elles ont été violées pendant plusieurs heures, et celles qui ont résisté ont été lâchement tuées.

La prise en charge des enfants nés à la suite de viols pose également un grave problème. Ces enfants souffrent de discrimination, et dans de nombreux cas sont abandonnés et rejetés par leurs communautés et leurs familles.

Lors des dernières attaques des FDLR et de leurs combats avec la coalition FARDC-RDF, des dizaines d'écoles ont été brûlées ou pillées, surtout dans le groupement d'Ufumandu, dans le territoire de Walikale, et dans la région du Sud-Lubero en province du Nord Kivu. Plusieurs autres écoles ont été forcées de fermer leurs portes à cause des intenses combats dans la région.

Nous déplorons le silence coupable observé à ce jour par nos dirigeants et la communauté internationale. Les auteurs de ces crimes, dont certains sont connus, bénéficient d'une impunité totale. Nous regrettons que Bosco Ntaganda, pourtant recherché par la Cour Pénale Internationale pour le recrutement et enrôlement des enfants dans le service militaire, reste à ce jour libre et impuni. La nomination de Bosco Ntaganda à un grade de haut office dans les FARDC constitue une injure à la population congolaise. Il en est de même pour Jean Pierre Biyoyo qui, actuellement, occupe un poste important au sein de notre armée alors qu'il a été déjà jugé et condamné par la cour militaire de Bukavu au Sud-Kivu pour avoir recruté des enfants comme soldats. 

Plusieurs autres abus ont été commis contre notre progéniture et plusieurs de leurs droits ont été bafoués dans les domaines social, économique et éducatif.

Pendant les combats, des écoles ont été pillées et brûlées et là où elles existaient, les enfants n'ont plus accès à l'école suite à l'insécurité.

C'est pour quoi nous vous exhortons à :

  • Elargir le système de surveillance et d'information, limité jusque là au problème des enfants soldats, à la violence sexuelle contre les enfants et les effets de la violence sur l'éducation.
  • Élaborer un plan national pour les enfants dans les conflits armés, comprenant des mesures relatives à la violence sexuelle et aux effets de la violence sur l'éducation.
  • Imposer des sanctions sévères, dont des mesures concrètes contre les individus et les parties responsables des violences à l'égard des enfants dans les conflits armés.
  • Encourager le gouvernement congolais, les agences de la protection de l'enfant et les bailleurs de fonds internationaux à donner priorité à la démobilisation et à la réintégration des enfants soldats, y compris des filles enrôlées dans des groupes armés. Ceci signifie qu'il faut soutenir les programmes s'appuyant sur les communautés qui prévoient un soutien et un suivi à long terme des anciens enfants soldats.
  • Appuyer la nomination d'un Conseiller spécial indépendant de haut niveau sur les droits humains pour l'est du Congo, qui se concentrerait sur la protection des civils, y compris les enfants en danger.

Nous restons confiants et convaincus que notre cri d'alarme, exprimant notre indignation, n'est pas tombé dans des oreilles de sourds. Trop c'est trop. Nous somme dépassés et ne savons plus à quel saint nous vouer.

Nous vous demandons d'agir le plus vite possible pour mettre fin à cette destruction de toute une génération de jeunes Congolais, sur laquelle nous comptons pour le redressement de notre pays.

Veuillez agréer, Excellences, l'expression de nos salutations distinguées.  

  1. Action by Christians Against Torture (ACAT) - Sud Kivu
  2. Action de Promotion et d'Assistance pour l'Amélioration du Niveau des Vies des Populations (APANIVIP)
  3. Action des Chrétiens Activistes des Droits de l'Homme à Shabunda (ACADHOSHA)
  4. Action pour la promotion et la défense des droits des personnes défavorisées (APRODEPED)
  5. Action Sociale pour la Paix et le Développement (ASPD)
  6. AFECOD
  7. AFIDEP
  8. APEO
  9. ARAL
  10. . Arche pour Enfants en Détresse (ARED)
  11. . Association Africaine de Défense des Droits de l'Homme (ASADHO)-Sud Kivu
  12. . Association des Donneurs du Sang (ADOSARU)
  13. . Association des Jeunes Amis de Kacheche (AJAKAR)
  14. . Association des Mamans pour la Promotion des Veuves et Enfants Orphelins de Rutshuru (AMAPROVERU)
  15. . Association des Parents des Elèves Protestants (APEP)
  16. . Association des Volontaires du Congo (ASVOCO)
  17. . Association Nationale des Parents d'Elèves du Congo (ANAPECO) - Goma commune
  18. . Association Nationale des Parents d'Elèves du Congo (ANAPECO) - Goma ville
  19. . Association Nationale des Parents d'Elèves du Congo (ANAPECO) - Masisi
  20. . Association Nationale des Parents d'Elèves du Congo (ANAPECO) - North Kivu
  21. . Association Nationale des Parents d'Elèves du Congo (ANAPECO) - Rutshuru
  22. . Association Nationale des Parents d'Elèves du Congo (ANAPECO) - Walikale
  23. . Avocats pour les Droits des Femmes et des Enfants défavorisés (ADEF)
  24. . Blessed Aid
  25. . CAMPS/CELPA
  26. . CCPJ
  27. . Centre d'Appui pour le Développement Rural Communautaire (CADERCO)
  28. . Centre de Recherche sur l'Environnement, la Démocratie et les Droits de l'Homme (CREDDHO)
  29. . Centre d'Etudes et de Recherche en Education de Base pour le Développement Intégré (CEREBA)
  30. . Centre d'Intervention et de Promotion Sociale Participative (CIPSOPA)
  31. . Centre Olame
  32. . CIDHOP
  33. . CIDI-Nord Kivu
  34. . Collectif des Organisations des Jeunes Solidaires du Congo (COJESKI)-Nord Kivu
  35. . Fédération des Producteurs Agricoles du Congo (FOPAC)
  36. . Fondation Mère et Enfant
  37. . GILDI
  38. . Hommes Solidaires pour le Développement (HSD)
  39. . Human Dignity in the World (HDW)
  40. . Initiative Congolaise pour la Justice et Paix (ICJP)
  41. . ISDR Grands Lacs Kiwanja
  42. . Centre de promotion socio-sanitaire (CEPROSSAN)
  43. . Ligue pour la Solidarité Congolaise (LSC)
  44. . ODM
  45. . PAMI 
  46. . Pax Christi Goma
  47. . PCPDE
  48. . Père Notre Patrimoine (PENOPA)
  49. . PRODES
  50. . Promotion de la Démocratie et Protection des Droits Humains (PDH)
  51. . Promotion et Appui aux Initiatives Féminines (PAIF)
  52. . PSTD
  53. . Regard Rural Sans Frontières (RRSF)/Sud-Kivu
  54. . Réseau des Associations des Droits de l'Homme du Sud Kivu (RADHOSKI)
  55. . Réseau Provincial des ONG de Droits de l'Homme (REPRODHOC)-Nord Kivu
  56. . Syndicat d'Alliance Paysanne (SAP)
  57. . Société Civile Sud-Kivu
  58. . Solidarité Féminine pour la Paix et le Développement Intégral (SOFEPADI)
  59. . Synergie des Femmes pour les Victimes des Violences Sexuelles (SFVS)
  60. . Synergie Pour l'Education dans le Nord Kivu
  61. . Village des Cobayes (VICO)
  62. . Voix des Sans Voix ni Liberté (VOVOLIB)