(Washington, DC) - Le nouveau chef du gouvernement guinéen devrait placer les problèmes chroniques du pays en matière de droits humains au premier rang de son ordre du jour, a déclaré Human Rights Watch dans une lettre adressée au Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré et rendue publique aujourd'hui.

Parmi les principaux problèmes exigeant une attention immédiate de la part du gouvernement guinéen, Human Rights Watch a identifié l'impunité pour des exécutions illégales, les actes de torture, les conditions régnant dans les prisons, le travail des enfants et le trafic d'enfants.

« L'inaction persistante du gouvernement face aux graves atteintes aux droits humains fait du tort aux citoyens guinéens ordinaires », a déclaré Dustin Sharp, chercheur pour l'Afrique de l'Ouest francophone à Human Rights Watch. « Si le Premier ministre Souaré veut rompre avec le passé, il doit insister pour que les membres des forces de sécurité responsables de meurtres, de viols et de tortures soient traduits en justice. »

Ces dernières années, la Guinée a été secouée par une agitation civile à laquelle les forces de l'ordre ont généralement répondu par un recours excessif et brutal à la force. En janvier et février 2007, les forces de sécurité ont violemment réprimé une grève générale lancée pour protester contre la corruption, la mauvaise gouvernance et la détérioration de la situation économique, causant la mort de plus de 130 manifestants. Dix-huit mois plus tard, une Commission d'enquête indépendante mise en place pour enquêter sur ces morts n'est toujours pas opérationnelle.

Des formes chroniques de violence avalisées par l'Etat se poursuivent sans faiblir. Human Rights Watch a documenté les actes de torture couramment pratiqués par la police sur des détenus pour leur arracher des aveux, ainsi que les conditions gravement défectueuses régnant dans le système carcéral guinéen délabré et miné par les exactions. De nombreux détenus, y compris des enfants, croupissent pendant des années dans des cellules confinées où ils sont confrontés à la faim, à la maladie, et parfois à la mort avant même d'avoir été jugés ou libérés.

« Pendant trop longtemps, les dirigeants successifs en Guinée sont restés en retrait et n'ont rien fait face aux atteintes connues et répandues aux droits humains», a ajouté Sharp. « Le message envoyé aux forces de sécurité est que la violence et l'indiscipline sont acceptables, et c'est là quelque chose de très dangereux. »

Human Rights Watch a aussi critiqué le gouvernement pour son incapacité persistante à mettre en place des protections suffisantes contre le travail des enfants, le trafic d'enfants et la maltraitance des enfants. Des dizaines de milliers d'enfants travailleurs domestiques en Guinée travaillent jusqu'à 18 heures par jour sans rémunération, et subissent fréquemment des coups, du harcèlement sexuel et des mauvais traitements de la part de leurs employeurs. Vivant dans des conditions s'apparentant à l'esclavage, certains font l'objet de trafic depuis des pays voisins ou à l'intérieur même de la Guinée. Il n'existe pas de système de protection de l'enfance pour garantir un contrôle régulier du bien-être des enfants et, si nécessaire, pour permettre qu'ils soient retirés des maisons où ils sont maltraités.

Souaré a été nommé Premier ministre en mai 2008 après que Lansana Kouyaté ait été limogé par Lansana Conté, le président guinéen, souffrant et autoritaire. Souaré a fait un geste pour l'amélioration du bilan désastreux du pays en matière de droits humains en soutenant la création d'un Observatoire national des Droits de l'homme indépendant chargé de promouvoir les droits humains. Mais aucune mesure n'a encore été prise pour traduire en justice les membres des services de sécurité de Guinée qui ont commis de graves violations des droits humains.