La Géorgie et la Russie ne devraient en aucune circonstance s’attaquer aux civils, alors que les hostilités en cours s’intensifient en Ossétie du Sud, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Préoccupée par des informations selon lesquelles des civils seraient la cible d’attaques, l’organisation de défense des droits humains a appelé toutes les parties à respecter l’interdiction absolue de prendre des civils pour cible ou de mener des attaques qui frappent aveuglément des civils.

« Toutes les parties doivent se rappeler que les attaques contre des civils, ou les actes visant à terroriser les civils, violent de façon flagrante le droit humanitaire international, et peuvent constituer des crimes de guerre », a rappelé Holly Cartner, directrice pour l’Europe et l’Asie Centrale à Human Rights Watch. « Ceci reste vrai même s’il s’agit de représailles pour des attaques indiscriminées de la part de l’adversaire. »

Après des semaines d’hostilités de faible intensité, le conflit en Ossétie du Sud, une région sécessionniste de Géorgie soutenue par Moscou, s’est dramatiquement aggravé au petit matin du 8 août 2008. La Géorgie a déclaré qu’elle était déterminée à rétablir l’ordre constitutionnel et a déclenché une offensive militaire à grande échelle. La Russie a envoyé de nouvelles troupes en Ossétie du Sud, disant qu’il s’agissait de renforts pour les forces russes de maintien de la paix qui se trouvent dans cette zone pour contrôler un cessez-le-feu de 1992 entre les forces géorgiennes et de l’Ossétie du Sud.

Les autorités d’Ossétie du Sud ont affirmé que les forces géorgiennes utilisaient des lance-roquettes multiples Grad pour bombarder des zones civiles, en particulier dans la capitale, Tskhinvali, et que des dizaines de bâtiments avaient été détruits ou endommagés, dont l’université, l’hôpital, un centre commercial, des écoles et plusieurs édifices gouvernementaux. Selon des comptes-rendus des médias non confirmés, plusieurs villages d’Ossétie, entre autres Dmenis et Tsunar, auraient également subi des dommages importants.

Les estimations du nombre de victimes varient considérablement, différentes agences de presse avançant des chiffres allant de 15 à 1 400 personnes tuées en Ossétie du Sud du fait des attaques. Aucun de ces comptes-rendus n’a pu être confirmé.

Selon le Service de l’immigration fédéral russe, 971 personnes ont fui l’Ossétie du Sud le 8 août pour se réfugier en Ossétie du Nord, une province russe frontalière de l’Ossétie du Sud. Les hôpitaux de l’Ossétie du Nord ont signalé qu’ils étaient prêts à recevoir les blessés ; mais le directeur de l’hôpital régional a été cité par Kavkazskii Uzel, un site Web d’actualités, comme ayant dit que « la route qui était prévue pour l’évacuation des blessés a été bombardée », et les docteurs n’avaient pas accès aux blessés.

Le commandement militaire russe a affirmé que 12 soldats russes des forces de maintien de la paix déployés en Ossétie du Sud avaient été tués et 120 autres blessés, et il a aussi accusé la Géorgie d’empêcher l’évacuation des blessés de Tskhinvali.

Pendant ce temps, selon la BBC et d’autres médias internationaux, des chars russes auraient atteint les banlieues nord de Tskhinvali tandis que l’armée de l’air russe effectuait des raids aériens en Ossétie du Sud et plus loin en territoire géorgien. Le Président géorgien Mikhaïl Saakashvili a accusé Moscou de bombarder les villes et les bases aériennes géorgiennes, entraînant la mort de 30 civils et membres du personnel militaire.

Human Rights Watch a appelé les deux parties à se conformer au principe fondamental du droit humanitaire international, qui exige que les forces armées fassent la distinction entre combattants et civils, et entre objectifs militaires et objectifs civils, à tout moment. Il est aussi interdit de mener des attaques indiscriminées ou des attaques qui causent des dommages disproportionnés au regard des bénéfices militaires concrets escomptés.

L’Ossétie du Sud était une province autonome de Géorgie pendant la période soviétique. Elle a déclaré son indépendance de la Géorgie en 1990, et un conflit armé entre les forces géorgiennes et d’Ossétie du Sud s’est poursuivi en 1991 et 1992. Le conflit a pris fin en 1992 avec un cessez-le-feu et la création d’une force tripartite de maintien de la paix, comportant des bataillons russes, ossétiens et géorgiens de soldats de maintien de la paix. Le cessez-le-feu a tenu, mais les tensions ont continué, la Géorgie accusant la Russie de fournir de l’aide au mouvement séparatiste d’Ossétie du Sud.