L’armée libanaise et les forces de sécurité intérieure ont arbitrairement arrêté et maltraité physiquement des Palestiniens qui fuyaient les combats dans le camp de réfugiés de Nahr al-Bared, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Depuis dimanche, plus de 340 civils ont fui le camp dans le nord du Liban, où les combats entre l’armée libanaise et le groupe armé Fatah al-Islam sont entrés dans leur quatrième semaine. L’armée libanaise interroge de nombreux hommes alors qu’ils quittent le camp, et arrêtent ceux suspectés de soutenir le Fatah al-Islam ou d’avoir des informations à propos de ce groupe.

Dans certains cas, des Palestiniens qui ont fui Nahr al-Bared ont raconté à Human Rights Watch que les interrogateurs de l’armée les avaient maltraités en détention et lors des interrogatoires, apparemment afin de leur soutirer des informations sur le Fatah al-Islam.

« Les forces libanaises peuvent interroger des Palestiniens de Nahr al-Bared à propos du Fatah al-Islam, mais recourir aux mauvais traitements physiques va clairement à l’encontre du droit libanais et des normes internationales en matière de droits humains », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice pour le Moyen-Orient à Human Rights Watch.

L’armée interroge certains détenus palestiniens dans la base militaire de Kobbeh près de Tripoli, à environ 16 kilomètres de Nahr al-Bared. D’autres interrogatoires ont eu lieu à des points de contrôle et dans des résidences privées près du camp.

Dans un cas rapporté par Human Rights Watch, l’armée libanaise a arrêté un Palestinien de 21 ans qui venait de Nahr al-Bared pour l’interroger pendant quatre jours dans différents lieux. Lors de ces interrogatoires, il a subi des coups de poings et a été giflé à plusieurs reprises par les interrogateurs de l’armée.

« Ils m’ont remis dans une cellule et j’ai dormi les yeux bandés et les mains attachées », a-t-il raconté à Human Rights Watch à propos de sa troisième nuit en détention. « J’ai entendu des cris venant d’autres pièces: ‘Mon bras! Ma main!’». Il a ajouté que l’armée ne lui avait donné à manger que deux fois en quatre jours.

Dans un autre cas, l’armée a interrogé trois jeunes Palestiniens dans une résidence privée près du camp de Nahr al-Bared. Selon deux d’entre eux, les agents du service de renseignement de l’armée libanaise leur ont infligé des coups de pieds, des coups de poings et des coups de crosse de fusil.

« Ils m’ont frappé avec leurs mains, leurs pieds et même leurs armes sur les bras, alors que j’avais les mains dans le dos, et même au visage et aux jambes », a raconté l’un d’entre eux à Human Rights Watch. « Ça a duré, de manière irrégulière, plus ou moins trois heures. »

« Ils m’ont menacé avec un couteau de me couper les orteils si je ne parlais pas », a-t-il ajouté.

D’autres Palestiniens de Nahr al-Bared ont raconté à Human Rights Watch comment ils avaient été arrêtés et questionnés pendant quelques heures, mais sans être maltraités, avant d’être finalement relâchés. Ils savaient que d’autres Palestiniens avaient été arrêtés avec eux et pensaient que ces hommes étaient toujours en détention.

Un Palestinien à l’intérieur du camp de Nahr al-Bared a raconté par téléphone à Human Rights Watch, mardi dernier, que la nouvelle des abus perpétrés par les forces de sécurité était un sujet de grande inquiétude pour ceux restés dans le camp.

« Certains Palestiniens qui désirent fuir Nahr al-Bared sont contraints de rester, de peur de subir des coups et des mauvais traitements de la part de l’armée une fois sortis du camp », a ajouté Whitson. « Le gouvernement libanais doit garantir aux civils la possibilité de quitter Nahr al-Bared en sécurité et sans crainte de détention illégale ou de mauvais traitements. »

En plus des arrestations de certains hommes qui quittent le camp de Nahr el-Bared, les forces de sécurité libanaises ont arrêté et, dans certains cas, maltraités des Palestiniens à des points de contrôle, dans plusieurs régions du Liban.

Dans un cas, les soldats ont arrêté un Palestinien de 27 ans qui roulait près de Nahr el-Bared et l’on battu à proximité de leur point de contrôle. « Ils m’ont frappé dans le dos avec une crosse de Kalachnikov ; je saignais du nez », a-t-il raconté à Human Rights Watch. « Quelqu’un est arrivé et a dit : ‘ton sang va couler comme le sang de nos martyrs’, et il m’a donné un coup de pied. C’est là que mes dents sont tombées ».

Le gouvernement devrait également garantir qu’aucun Palestinien ne soit victime de mauvais traitements par les forces de sécurité, particulièrement lorsque cela semble n’être motivé qu’en raison leur identité palestinienne, a déclaré Human Rights Watch.

Selon l’armée libanaise, 60 soldats sont morts depuis le début des combats qui l’oppose au Fatah al-Islam, le 20 mai dernier. Rien que le week-end dernier, onze soldats sont morts et plus de cent autres auraient été blessés.

Human Rights Watch a confirmé qu’au moins 20 civils ont perdu la vie lors d’échanges de tirs de mortier et de tireurs embusqués provenant des deux côtés.

Les deux dernières victimes étaient des Libanais travaillant pour la Croix Rouge, morts lundi suite à une explosion à leur poste de secours, situé à environ trois kilomètres de l’entrée nord du camp. La cause de l’explosion reste incertaine.

Selon les Nations Unies, plus de 30 000 Palestiniens ont fui Nahr al-Bared, la plupart d’entre eux s’étant installés à proximité dans le camp de réfugiés de Beddawi. On estime que 3 000 civils sont encore à l’intérieur du camp.

Les Palestiniens déplacés de Nahr al-Bared ont souvent quitté le camp sans emporter leur carte d’identité. Certains qui portaient leur carte d’identité disent craindre de voyager de peur de se faire arrêter ou maltraiter.

« Les Palestiniens de Nahr al-Bared sont pris sous le feu d’un combat terrible », a ajouté Whitson. « Le simple fait qu’ils aient vécu dans le camp aussi longtemps ne signifie pas qu’ils sont liés au Fatah al-Islam. »