(New York)- Des milices tchadiennes et soudanaises ainsi que d’autres groupes armés sont responsables de graves abus commis contre les civils à l’est du Tchad. Le gouvernement tchadien doit faire beaucoup plus pour protéger les civils contre ces abus, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies se réunira le 10 janvier pour discuter le déploiement d’une force de sécurité internationale à l’est du Tchad et au Nord de la République Centre Africaine.

Un rapport de 82 pages, « Ils sont venus ici pour nous tuer: Attaques des milices et agressions à caractère ethnique contre les civils à l’est du Tchad », couvre la détérioration dramatique de la situation des droits de la personne humaine au Tchad. Plus de 300 civils on été tués et au moins 17,000 personnes déplacées par les milices rien qu’au mois de novembre dernier. Dans la plupart des cas, les populations civiles ont été prises pour cible à cause de leur origine ethnique. Le gouvernement du Tchad, occupé à en finir avec les rebelles tchadiens, a non seulement abandonné son obligation de protéger sa propre population civile, mais a également contribué au cycle de violence en soutenant des groupes armés commettant des abus.

Human Rights Watch demande au Conseil de Sécurité d’autoriser le déploiement de personnel militaire international et d’officiers de protection des droits de l’homme à l’est du Tchad pour protéger et prévenir d’autres attaques contre les civils, surveiller la frontière entre le Tchad et le Soudan et enquêter et rendre public les attaques contre les civils ainsi que les mouvements des groupes armés y compris des milices « Janjaweed » soutenues par le gouvernement soudanais.

« Le Tchad et le Soudan soutiennent les insurgés des deux côtés de la frontière tandis que des milices ravagent l’est du Tchad et que les civils sont abandonnés à eux même » a déclaré Peter Takirambudde, Directeur de la Division Afrique de Human Rights Watch. « Le Tchad est trop occupé à lutter contre ses propres rebelles pour protéger sa population civile et il est à craindre que le gouvernement n’empire la situation en soutenant certaines milices. »

Le gouvernement tchadien qui a redéployé ses troupes en riposte à la menace des rebelles tchadiens basés au Darfur où ils sont soutenus par le gouvernement soudanais, a laissé un vide sécuritaire le long de la frontière. Ceci permet aux milices Janjaweed et à d’autres groupes armés d’attaquer les civils tchadiens de l’autre côté de la frontière. Les efforts ultérieurs du gouvernement tchadien pour combler ce vide sécuritaire en soutenant les rebelles soudanais et d’autres groupes armés ont exacerbé les tensions intercommunautaires latentes, sans pour autant protéger les civils.

En octobre et en novembre 2006, plus de 80 villages à l’est du Tchad on été attaqués et pillés par des milices soudanaises et tchadiennes. Plus de 100,000 tchadiens sont maintenant, en 2007, déplacés à l’intérieur du pays en raison d’une combinaison d’incursions et une spirale croissante d’attaques à caractère ethniques et d’attaques de milices dans des communautés tchadiennes. La majeure partie des victimes appartient aux groupes ethniques non arabe, mais de nombreuses exceptions ont été notées, y compris une attaque mi-octobre contre un village dans la zone de Kerfi, à 45 kilometres de Goz Beida, où 17 civils arabes furent tués par une milice d’autodéfense non arabe basée non loin de là.

« Les attaques des milices ont polarisé les communautés à l’est du Tchad, exacerbant les tensions ethniques sous-jacentes jusqu’au point d’exploser, » a continué Peter Takirambudde. « Sauf si un minimum d’ordre et d’état de droit est rapidement réimposé le long de la frontière entre le Tchad et le Soudan, il y aura un vrai risque de violence ethnique à grande échelle. »

Incapables ou ne voulant pas protéger les civils le long de la frontière Tchad-Soudan, le gouvernement tchadien a permis aux rebelles soudanais d’opérer librement dans les camps de réfugiés de la région. Ils recrutent dans les communautés locales et parmi les déplacés vivant dans des camps, lèvent des impôts et organisent des groupes d’autodéfense villageois. Une conséquence de cette situation sécuritaire est que maintenant les milices arabes actives dans la zone frontalière associent les civils tchadiens aux groupes rebelles soudanais, accusant souvent les civils d’être eux-mêmes des rebelles.

Le gouvernement soudanais continue à recruter et à armer les milices Janjaweed comme une partie intégrante de sa stratégie anti-insurgés au Darfour. Khartoum n’a toujours pas désarmé ces milices et ne les a toujours pas poursuivi en justice pour les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité qu’elles ont commis au Darfour, en dépit d’un engagement pris à cet effet en application d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. Au moins 200,000 personnes sont mortes et au moins 2 millions de civils soudanais ont été déplacés par les attaques du gouvernement soudanais et des Janjaweed depuis le début de 2003.

« Les Nations Unies n’ont toujours pas déployé de troupes au Darfour mais l’ONU pourrait à tout le moins envoyer une force pour protéger les civils au Tchad et protéger la frontière, » a dit Takirambudde. « Les attaques des milices à l’est du Tchad sont loin d’être terminées. Elles font partie d’une situation qui se détériore et qui amène encore plus de violence. »

Dans un rapport publié le 22 décembre 2006 sur le Tchad et la République Centre Africaine, l’ancien Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan, a exprimé des inquiétudes quant à la possibilité de déployer une force de protection onusienne dans le contexte actuel d’hostilités actives entre les rebelles tchadiens et le gouvernement du Tchad. Cependant, depuis que ce rapport a été écrit, l’un des principaux groupes rebelles tchadiens a signé un accord de paix avec le gouvernement du Tchad, et d’autres groupes rebelles tchadiens seraient apparemment engagés dans des discussions de paix.