Les enlèvements, la torture, le recrutement d'enfants soldats, et d'autres abus ont fortement augmenté cette année au Nord de l'Ouganda à cause de nouveaux affrontements entre les forces du gouvernement ougandais et les rebelles, ont déclaré une coalition d'organisations nationales et internationales dans un rapport publié aujourd'hui.

Le rapport de 73 pages, "Abducted and Abused: Renewed War in Northern Uganda," détaille comment une grande quantité d'abus de droits humains ont donné lieu à une crise humanitaire. Depuis juin 2002, le groupe rebelle Lord's Resistance Army (LRA) a enlevé près de 8.400 enfants et des milliers d'adultes, une forte augmentation par rapport à 2001. Le LRA a également intensifié une guerre de 17 ans contre les civils du Nord de l'Ouganda en ciblant des leaders religieux, des pourvoyeurs d'aide, et ceux qui vivent dans les camps de personnes déplacées.

"Les enlèvement d'enfants, les meurtres, les mutilations sont la signature du LRA dans cette guerre," a déclaré Lloyd Axworthy, l'ex-ministre des affaires étrangères canadien. " C'est une guerre qui a été menée essentiellement contre les enfants et les peuples du Nord de l'Ouganda." Axworthy est le CEO et le directeur exécutif de l'Institut Liu des affaires globales à Vancouver, qui a publié un rapport conjointement avec le Centre pour la Paix et les droits de l'homme à Kampala, Human Rights Focus à Gulu, et Human Rights Watch à New York, duquel Axworthy est un membre du conseil.

Le conflit de 17 ans entre le LRA et le gouvernement ougandais s'est intensifié en mars 2002, lorsque l'armée du gouvernement, l'Ugandan People Defense Force (UPDF), a lancé une offensive militaire, " Opération poing d'acier" (Operation Iron Fist), contre les bases du LRA au Sud du Soudan. L'offensive n'est pas parvenue à son objectif de détruire le LRA, qui a esquivé l'UPDF et au mois de juin 2002 est retourné au Nord de l'Ouganda. Le conflit renouvelé a fait plus de victimes que jamais :

  • Depuis juin 2002, le LRA a enlevé 8.400 enfants, le taux le plus élevé d'enlèvements durant les 17 années de guerre.
  • La peur de se faire enlever par le LRA a conduit environ 20.000 enfants à s'échapper chaque nuit vers Gulu et d'autres villes. Ces enfants dorment sur des vérandas, sur le sol des églises et dans des hôpitaux locaux, ils rentrent à la maison le matin, localement on les appelle les navetteurs de nuit.
  • On estime que 800.000 Ougandais du Nord sont déplacés à l'intérieur du pays à cause des attaques du LRA et des ordres du gouvernement - environ 70% de la population des trois zones affectées par la guerre au Nord de l'Ouganda.
  • Les taux de mortalités respectifs (pour trois mois en 2003) pour les enfants en dessous de 5 ans dans deux camps de déplacés près de Gulu étaient de 5,67/1.000, où 4/1.000 est considéré comme étant une urgence. Ce taux était le plus élevé enregistré en 5 ans, et comme il n'a pas été causé par une éruption de maladie, cela a mené l'agence qui conduit l'enquête à soulever la possibilité que les enfants sont simplement " morts de faim."
  • Bien que la prédominance générale du VIH en Ouganda ait diminué substantiellement ces dernières années, il subsiste une prédominance dans le Nord : Gulu aurait le second taux le plus élevé après Kampala, attribué entre autre au taux élevé parmi les combattants. Parmi les femmes enceintes testées à un des deux hôpitaux à Gulu, les taux de VIH étaient de 11-12 pour cent, là où 5 pour cent est le taux national.
  • Le rapport se base sur des interviews avec des enfants récemment enlevés qui se sont échappés du LRA. Il donne voix aux personnes déplacées à l'intérieur du pays vivant dans les camps de déplacés qui ont été attaqués par le LRA, et les travailleurs humanitaires essayant d'atteindre ces victimes en dépit de fréquentes embuscades du LRA sur des convois d'aide.

Alors que le gouvernement ougandais est obligé d'intervenir pour arrêter ces violations, ses propres forces ont commis des abus grotesques, dont la torture, des viols, le recrutement de mineurs et des détentions arbitraires. Le gouvernement a aussi augmenté les souffrances de la population du Nord de l'Ouganda à travers le déplacement forcé de civils vers des camps de déplacés, qui disposent de peu ou pas de protection. Mais les soldats du PDF et des forces gouvernementales accusés par des civils de crimes sérieux tel que le meurtre, la torture, ou le viol échappent souvent à un procès ou à des sanctions, créant une perception d'impunité parmi le public.

" Non seulement le gouvernement ougandais n'est pas parvenu à protéger ses citoyens adéquatement, " a déclaré Samuel B. Tindifa, directeur du Human Rights and Peace Center. " Ils ont aussi activement violé leurs droits, les ont détenus durant de longues périodes sans leur en donner la raison, et ont enrôlé des enfants dans l'armée et comme gardes de maison."

Dans le Nord de l'Ouganda, l'UPDF arrête des civils qu'il suspecte de collaboration avec peu ou pas de preuves, les détenant souvent pour des interrogatoires musclés et des séances de tortures avant de les transférer à la police qui engage des poursuites judiciaires. Le plaignant accuse les suspects de terrorisme ou de trahison, ce qui permet au gouvernement de les détenir jusqu'à 360 jours sans caution et sans avoir à présenter de preuves.

" Les Nations Unies et les membres de la communauté internationale doivent jouer un rôle plus actif afin de mettre fin à cet état des choses désespéré dans le Nord de l'Ouganda, " a déclaré Jemera Rone, conseillère pour la Division Afrique de Human Rights Watch. "Les pourparlers de paix entre le gouvernement et le LRA se sont terminés et la guerre se poursuit intensément, avec des conséquences encore pires sur toute la population d'Acholiland. "

Les organisations ont encouragé le secrétaire général aux Nations Unies à nommer un représentant spécial pour le Nord de l'Ouganda afin de garantir la libération des enfants enlevés en conduisant " une diplomatie de navette " entre le LRA et le gouvernement ougandais. Ils ont aussi appelé le gouvernement soudanais à mettre fin à son soutien au LRA et aux pays donateurs à surveiller l'assistance militaire à l'Ouganda afin d'assurer que le gouvernement ougandais observe les standards des droits humains.

Les quatre organisations ont demandé au LRA de mettre fin à ses attaques sur des civils, d'arrêter d'enlever des enfants et des adultes, et de libérer les otages. Les organisations ont aussi encouragé le gouvernement ougandais à :

  • Mettre fin à l'impunité en ce qui concerne les violations des droits humains par les forces de sécurités gouvernementales et les forces armées ;
  • Examiner tout les cas des suspects de trahison ou de terrorisme afin de s'assurer qu'il existe suffisamment de preuves pour justifier leur détention ;
  • Cesser d'utiliser les charges de terrorisme et de trahison pour garder ceux qui sont détenus arbitrairement dans des régions où les rebelles sont actifs ;
  • Prendre des mesures effectives afin de protéger les civils ;
  • Permettre à ceux qui vivent dans des camps de déplacés de se mouvoir là où il leur plait, excepté dans des circonstances d'insécurité extrêmes.