Le gouvernement érythréen devrait immédiatement libérer neuf journalistes emprisonnés qui sont détenus, sans chef d'inculpation, depuis septembre 2001, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Les journalistes ont été détenus après l'interdiction par les autorités, de toutes les publications indépendantes et privées en Erythrée, en septembre 2001. Ils ont commencé une grève de la faim, fin mars, afin de protester contre leur détention et le 3 avril, ils ont été transférés du Poste de police un d'Asmara vers un lieu tenu secret. Onze dissidents politiques emprisonnés dans des conditions très dures, depuis septembre 2001, sont également toujours en détention.

"La suppression de la presse indépendante signifie que le peuple érythréen n'a pas accès à l'information en dehors de celle provenant de sources gouvernementales," a déclaré Peter Takirambudde, Directeur Exécutif de la Division Afrique de Human Rights Watch.

Le gouvernement érythréen devrait procéder à la libération immédiate des journalistes et dissidents politiques ou les inculper d'une infraction clairement identifiée. Dans l'attente de leur libération, ils devraient être retenus dans un lieu de détention reconnu, légalement établi et devraient pouvoir communiquer avec leurs proches et leurs avocats. Le gouvernement devrait également lever l'interdiction contre la presse indépendante.

En septembre 2001, le gouvernement a fermé tous les organes de presse indépendants et a arrêté dix journalistes, sans chefs d'inculpation. Deux autres ont fui le pays pour échapper à une arrestation. Les dix journalistes ont d'abord été détenus dans un poste de police d'Asmara, la capitale. Selon un message sorti clandestinement du poste de police, après six mois sans inculpation, ils ont commencé, le 31 mars 2002, une grève de la faim, demandant leur libération ou un procès public. Neuf des journalistes ont ensuite été rapidement emmenés vers un site dont la localisation n'a pas été révélée et où ils sont tenus au secret. (Le dixième journaliste, un ressortissant suédois nommé Dawit Isaac, a été hospitalisé, apparemment pour des blessures résultant de tortures.) Au nombre des journalistes détenus figurent notamment Yosef Mohamed Ali, Amanuel Asrat et Said Abdulkadir, respectivement rédacteurs en chef des journaux Tsigenay, Zemen et Admas.

De plus, le gouvernement érythréen a également arrêté toute personne soupçonnée d'approuver les critiques contre le Président, Isayas Afwerki, ou ayant appelé à des réformes démocratiques. Lors de la vague de répression de mi-2001, le gouvernement a arrêté onze personnalités gouvernementales de haut rang après qu'elles eurent publié, en mai 2001, une lettre au Président le critiquant et l'exhortant à une totale mise en application de la constitution et d'autres réformes. (Deux signataires de cette lettre se trouvaient hors du pays au moment des arrestations ; deux autres se sont rétractés.) Ces onze personnes sont toujours en détention.

Après la protestation des étudiants de l'Université d'Asmara contre la mauvaise gestion d'un programme estival d'études, le gouvernement a également arrêté, en juillet 2001, le président du syndicat étudiant. Ces arrestations ont été suivies par celle d'importants hommes d'affaires déjà âgés, qui avaient tenté d'organiser une médiation entre le Président et ses détracteurs. Le rythme des arrestations s'est accéléré, en mars et avril 2002, lorsque le gouvernement a commencé à arrêter des officiers militaires et d'autres dissidents présumés, y compris trois employés de la presse gouvernementale. Il y aurait entre soixante et quatre-vingt personnes en détention, apparemment à cause des critiques qu'elles auraient émises contre le gouvernement. Ces chiffres s'ajoutent à celui des responsables et journalistes détenus.

Le droit international en matière de droits humains reconnaît les principes fondamentaux selon lesquels les détenus ne doivent pas être soumis à la torture et aux mauvais traitements et quiconque ne doit pas être soumis, par le gouvernement, à une détention arbitraire prolongée.

"Maintenant que la guerre entre l'Erythrée et l'Ethiopie est officiellement terminée et que les deux gouvernements ont accepté la décision d'arbitrage sur le conflit frontalier, le gouvernement érythréen est à cours d'excuses pour justifier son refus de mettre en application la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et les garanties prévues par sa propre constitution," a déclaré Takirambudde.

La constitution érythréenne, élaborée en 1997 mais non encore promulguée, comporte des garanties essentielles en matière de droits humains comme le droit de tout détenu d'être présenté devant un tribunal dans les quarante-huit heures suivant son arrestation, le droit de présenter une requête en habeas corpus et d'être informé des raisons de toute arrestation (Article 17(3)-(5)). La constitution interdit également tout traitement cruel, inhumain ou dégradant contre les détenus ou les prisonniers (Article 16(2)). Ces droits sont analogues à ceux garantis par le droit international.