Le gouvernement russe a une fois de plus refusé de se plier aux exigences de la Commission des Nations Unies sur les Droits de l'Homme qui doit agir avec fermeté pour mettre un terme aux atrocités se déroulant actuellement en Tchétchénie, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. L'organisation de défense des droits humains a lancé cet appel à la veille de la réunion annuelle de la Commission qui doit débuter à Genève, le lundi 18 mars et durer six semaines.

Cette session sera la première de la Commission depuis les attaques contre les Etats Unis, le 11 septembre. Human Rights Watch a souligné qu'un certain nombre de gouvernements ont fait preuve de cynisme en tentant de profiter de la lutte contre le terrorisme pour justifier ou intensifier les répressions qu'ils conduisaient dans leurs propres pays contre des opposants politiques, des insurrections armées et des groupes religieux. L'organisation de défense des droits humains a demandé à la Commission de contrôler l'effet des mesures anti-terrorisme sur le respect des droits humains.

Human Rights Watch a aussi souligné que cette année encore, la Commission compte parmi ses 53 membres un nombre exceptionnellement élevé de gouvernements responsables d'abus. Cette année, les membres de la Commission sont notamment l'Algérie, Bahreïn, le Burundi, la Chine, Cuba, la République Démocratique du Congo, l'Indonésie, le Kenya, la Libye, le Pakistan, l'Arabie Saoudite, la Syrie, le Togo, l'Ouganda et le Vietnam. Human Rights Watch a appelé à la réalisation d'une enquête internationale sur les abus perpétrés en Tchétchénie et à l'établissement d'un bilan officiel des violations commises par les deux parties, durant le conflit.

"Les forces russes continuent de commettre des atrocités en Tchétchénie," a déclaré Reed Brody, Directeur de la Division Plaidoyer à Human Rights Watch. "Au cours des deux dernières années, la Commission a demandé à la Russie de contenir ses forces et de traduire en justice les responsables d'abus. Au vu de l'échec russe à se plier à ces exigences, la Commission se doit maintenant d'agir."

En 2000 et 2001, la Commission a demandé à la Russie de conduire une investigation sur les abus commis par ses forces et de permettre aux enquêteurs sur les droits humains et aux observateurs désignés par les Nations Unies de procéder au contrôle des droits humains sur le terrain. La Russie a invité le rapporteur spécial sur la violence contre les femmes et un enquêteur spécial sur les enfants dans les conflits armés. Mais la Russie a toujours refusé d'inviter des enquêteurs en charge de la torture, des disparitions forcées et des exécutions extrajudiciaires, problèmes qui sont au cœur du cycle des abus commis en Tchétchénie. Pas un seul commandant de haut niveau n'a eu à répondre des atrocités qu'il avait commises. "Les pays qui ont appuyé la résolution l'année dernière ont une obligation de suivi cette année," a déclaré Brody.

Human Rights Watch a également fait remarquer que les états membres des Nations Unies élisaient de plus en plus des gouvernements responsables d'abus pour servir à la Commission, y compris des gouvernements qui refusent les visites des observateurs de la Commission. Par exemple, les envoyés de la Commission en charge des questions de torture et d'exécutions extrajudiciaires essaient en vain, depuis plusieurs années, de se rendre en Algérie, un pays qui n'a jamais accueilli un rapporteur de la Commission.

"Avoir des gouvernements responsables d'abus à la Commission, c'est comme demander à des escrocs de faire respecter la loi," a déclaré Brody. "Les gouvernements désireux de servir à la Commission sur les droits de l'homme doivent être disposés à se montrer à la hauteur des responsabilités inhérentes à une telle charge."

L'organisation de défense des droits humains a demandé à la Commission de faire pression en faveur de l'établissement d'une mission internationale d'observation pour contrôler les abus actuellement perpétrés à Gaza et en Cisjordanie et en rendre publiquement compte. HRW a déclaré qu'une telle présence pourrait en elle-même améliorer la sécurité des civils tout en fournissant à la communauté internationale les preuves indépendantes et dignes de foi indispensables pour décider si d'autres mesures de protection sont nécessaires.

Human Rights Watch a également demandé à la Commission de :

  • Soutenir les efforts visant à tenir pour responsables de leurs actes les auteurs des atrocités en Afghanistan.
  • Etendre à la Colombie l'activité du Haut Commissariat pour les Droits de l'Homme.
  • Condamner la violation systématique des droits humains en Chine.
  • Renouveler le mandat du Représentant spécial sur les droits humains en Iran et faire pression pour qu'il ait accès au pays.
  • Etablir des bureaux en charge du contrôle des droits humains au Soudan et dans les pays voisins.
  • Tenter d'obtenir une visite du Groupe de travail sur la détention arbitraire auprès des personnes détenues par les Etats Unis en lien avec les attaques du 11 septembre ainsi qu'auprès des personnes retenues sur la base navale de Guantanamo.
  • Soutenir l'établissement rapide du Tribunal Spécial pour la Sierre Leone et de la Commission Vérité et Réconciliation.
  • Nommer un rapporteur spécial pour contrôler les droits humains en Ouzbékistan et
  • Condamner les abus en Indonésie, en particulier dans les provinces d'Aceh et de Papouasie.