Skip to main content

Irak : Les violences envers les personnes LGBT restent impunies

Meurtres, enlèvements, tortures et violences sexuelles commis par des groupes armés

Illustration en couverture du nouveau rapport de Human Rights Watch, intitulé « Everyone Wants Me Dead » (« ‘Tout le monde veut ma peau »), sur les attaques parfois fatales de personnes LGBT en Irak, commises par divers groupes armés de ce pays. © 2022 John Holmes pour Human Rights Watch

(Bagdad) – Des groupes armés en Irak enlèvent, violent, torturent et tuent des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) en toute impunité, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui en collaboration avec IraQueer. La police arrête parfois aussi les personnes LGBT, les soumettant dans certains cas à des violences.

Le rapport de 86 pages, intitulé « ‘Everyone Wants Me Dead’: Killings, Abductions, Torture, and Sexual Violence Against LGBT People by Armed Groups in Iraq » (« ‘Tout le monde veut ma peau’ : Meurtres, enlèvements, tortures et violences sexuelles commis à l’égard des personnes LGBT par des groupes armés en Irak »), documente des affaires de tentatives de meurtre de personnes LGBT par des groupes armés, essentiellement les Unités de mobilisation populaire (« Hachd al-Chaabi »), qui en théorie sont placées sous l’autorité du Premier ministre. Human Rights Watch a par ailleurs analysé des cas où des personnes LGBT ont subi des enlèvements, des exécutions extrajudiciaires, des violences sexuelles et ont été ciblées sur Internet par la police et les groupes armés. Alors qu’il a la responsabilité de protéger les droits à la vie et à la sécurité des personnes LGBT, le gouvernement irakien n’a pas traduit en justice les responsables de ces violences, a constaté Human Rights Watch.

« Les personnes LGBT irakiennes vivent dans la peur constante d’être traquées impunément par les groupes armés, ou bien arrêtées et violentées par la police irakienne, ce qui rend leur existence invivable », a déclaré Rasha Younes, chercheuse auprès de la division Droits des personnes LGBT de Human Rights Watch. « Le gouvernement de l’Irak n’a rien fait pour mettre fin à ces violences ni pour traduire les agresseurs en justice. »

Human Rights Watch et IraQueer, un groupe de défense des droits des personnes LGBT, ont mené des entretiens avec 54 Irakien·ne·s LGBT ayant subi des violences de la part de groupes armés et de la police. Human Rights Watch a par ailleurs interrogé des représentant·e·s de neuf organisations de défense des droits humains et instances internationales, ainsi que sept représentant·e·s de missions étrangères en Irak et défenseur·e·s des droits des personnes LGBT. Les personnes qui témoignaient avaient subi des abus à Bagdad et dans d’autres villes d’Irak, ainsi que dans la région du Kurdistan. Human Rights Watch a également consulté des contenus en ligne relatifs aux agressions contre les personnes LGBT, y compris des vidéos, des images et des menaces numériques.

Les deux organisations ont constaté que la capacité et la volonté des personnes LGBT de dénoncer à la police les abus qu’elles ont subis, ou à porter plainte contre les agents des forces de l’ordre, étaient entravées par une combinaison d’articles de « moralité » mal définis du Code pénal irakien, et qu’il n’existait pas de système de dépôt de plainte ni de législation fiables les protégeant de la discrimination. Tout cela, ont-ils constaté, a créé un environnement dans lequel les acteurs armés gouvernementaux, dont la police, peuvent commettre en toute impunité des abus envers les personnes LGBT.

Une femme transgenre irakienne de 31 ans a témoigné qu’elle rentrait chez elle après le travail, en février 2021, lorsque six hommes dans un véhicule Hummer aux vitres teintées se sont arrêtés devant elle, près d’un dépotoir de Bagdad. « Ils ont sorti une lame de rasoir et un tournevis et se sont mis à me piquer et à me couper partout, surtout aux fesses, à l’entrejambe et aux cuisses », a-t-elle confié à Human Rights Watch et IraQueer. « Ils m’ont tailladée, m’ont aspergé tout le corps et le visage d’essence, puis y ont mis le feu. »

Un homme homosexuel de 27 ans de Bagdad a décrit comment son petit ami a été torturé devant lui par quatre membres d’un groupe armé en mai 2020 : « Ensuite ils lui ont tiré dessus cinq fois. »

Dans huit affaires, les abus commis par les groupes armés et la police, notamment des arrestations arbitraires et des harcèlements sexuels, étaient dirigés contre des enfants de 15 à 17 ans. La plupart des personnes agressées ont pu identifier le groupe armé responsable. Les groupes impliqués dans les abus les plus graves sont Asa’ib Ahl al-Haqq, Atabat, l’organisation Badr, Kata’ib Hezbollah, le groupe Raba Allah et Saraya al-Salam.   

Les personnes ayant témoigné ont décrit des arrestations et des violences routinières de la part des responsables des forces de sécurité, qui les agressent verbalement et physiquement, les arrêtent arbitrairement et les placent en détention, souvent sans aucun fondement légal.  

Des personnes LGBT ont également rapporté les abus commis au cours de leur détention, comme la privation de nourriture et d’eau et la négation du droit de contacter un avocat ou leurs proches et du droit de recevoir des soins médicaux. Certaines ont témoigné que les policiers les agressaient sexuellement, les soumettaient à des violences physiques et les forçaient à signer des attestations indiquant qu’elles n’avaient subi aucun abus.

En juin 2021, la police de la région du Kurdistan irakien a émis des mandats d’arrêt fondés sur l’article 401 du Code pénal, pénalisant l’« indécence publique », contre onze défenseur·e·s des droits des personnes LGBT actuellement ou précédemment employé·e·s par l’organisation Rasan, un groupe de défense des droits humains basé à Sulaymaniya. En ce mois de mars 2022, l’affaire restait en cours d’instruction, même si les autorités n’avaient pas placé les activistes en détention.

La plupart des témoignages indiquaient par ailleurs que les personnes avaient subi au moins une fois une violence extrême de la part d’hommes de leur famille à cause de leur orientation sexuelle ou de leur identité et expression de genre. Parmi ces violences, on peut citer le fait d’être enfermé·e dans une pièce pendant de longues périodes, privé·e de nourriture et d’eau, brûlé·e, frappé·e, violé·e, d’avoir reçu des chocs électriques, d’être agressé·e par arme à feu, soumis·e à des pratiques de conversion et des traitements hormonaux forcés, forcé·e de se marier, ou encore forcé·e à travailler de longues heures sans rémunération.

Les autorités irakiennes devraient enquêter sur tous les comptes rendus de violences, entre autres de la part de groupes armés, contre des personnes ciblées en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité et expression de genre, réelles ou supposées ; elles devraient poursuivre, juger de façon équitable et pénaliser comme il se doit les personnes reconnues coupables, ainsi que condamner publiquement et expressément toutes les violences de ce type, a déclaré Human Rights Watch. Le gouvernement devrait prendre des mesures appropriées pour mettre fin aux tortures, disparitions, exécutions sommaires et autres abus, notamment ceux qui se fondent sur l’orientation sexuelle et l’expression et identité de genre, et devrait compenser les survivant·e·s de graves violations et les familles de toutes les victimes des meurtres commis par les groupes armés.

Les forces de sécurité irakiennes devraient cesser de harceler et d’arrêter les personnes LGBT en raison de leur orientation sexuelle ou de leur expression de genre, et au contraire les protéger de la violence. L’Irak devrait adopter et appliquer des législations luttant contre la discrimination, y compris au motif de l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

Les pays fournissant à l’Irak une assistance militaire, en matière de sécurité et de renseignements, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France, devraient pousser les autorités irakiennes à enquêter sur les allégations d’abus commis par les groupes armés et le rôle qu’a joué leur propre appui dans ces violations supposées. Ces pays devraient suspendre l’assistance militaire, en matière de sécurité et de renseignements destinée aux unités impliquées dans ces violations et justifier publiquement toute suspension ou interruption de l’aide.

« La vie des Irakien·ne·s LGBT continuera à être perdue si le gouvernement irakien ne met pas immédiatement fin à la violence et à l’impunité », a conclu Rasha Younes. « Les autorités irakiennes devraient commencer par condamner publiquement la violence contre les personnes LGBT et respecter leur droit d’être protégés dans leur propre pays. »

.......................

Tweets

 

Your tax deductible gift can help stop human rights violations and save lives around the world.