Un graffiti sur le mur d’un bâtiment à Raqqa, en Syrie, photographié le 21 janvier 2018, avertit sur le danger posé par des mines antipersonnel à cet endroit.

© 2018 Human Rights Watch

(Beyrouth, le 12 février 2018) - Des mines antipersonnel improvisées ont tué ou blessé des centaines de civils, dont plus de 150 enfants, à Raqqa, en Syrie, depuis la défaite de l'Etat islamique (EI) dans cette ville en octobre 2017, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Les combattants de l'État islamique (également connu sous le nom de Daech) ont posé des mines antipersonnel à travers la ville quand ils la contrôlaient encore. Dans de nombreux cas, il s’est agi d’engins explosifs improvisés (EEI), manifestement activés par les victimes et interdits en vertu du droit international.

« La défaite de L'Etat islamique à Raqqa a été décrite comme une victoire majeure de la communauté internationale, mais le soutien international à la lutte contre les effets mortels des mines n’a pas encore été à la hauteur du défi », a observé Nadim Houry, directeur de programme Terrorisme et lutte antiterroriste à Human Rights Watch.

Lors d'une visite à Raqqa fin janvier 2018, Human Rights Watch a recueilli des informations auprès du Croissant-Rouge du Kurdistan et d’organisations internationales humanitaires travaillant dans la région. Selon ces organisations, les mines antipersonnel ont blessé au moins 491 personnes, dont 157 enfants, à Raqqa entre le 21 octobre 2017 et le 20 janvier 2018 ; de nombreuses personnes sont décédées par la suite. Le nombre réel de victimes est probablement plus élevé, car il est à supposer que de nombreux cas de blessures ou de décès n'ont pas été signalés.

Les autorités locales estiment que plus de 14 500 familles étaient déjà revenues à Raqqa avant le 20 décembre 2017, et de nombreux autres habitants continuent d’y retourner en dépit du danger posé par les mines, et malgré l’insuffisance de services disponibles dans cette ville fortement endommagée.

Une affiche érigée à un carrefour de à Raqqa, en Syrie, et photographié le 21 janvier 2018, avertit les résidents sur les graves dangers posés par des munitions non explosées (« restes explosifs de guerre ») ainsi que par des mines antipersonnel improvisées.

© 2018 Human Rights Watch

Des résidents ont indiqué que des membres de leurs familles ou des voisins ont été blessés par des explosions déclenchées lorsqu'ils ont ouvert leur réfrigérateur ou leur lave-linge, déplacé un sac de sucre ou simplement cherché à ouvrir la porte d’une chambre. Ces témoignages indiquent qu’il s’est agi pour l’essentiel d’engins explosifs improvisés activés par les victimes, et non par des explosifs déclenchés par un véhicule ou par télécommande.

De tels dispositifs qui explosent du fait « de la présence, de la proximité ou du contact d'une personne » sont considérés comme des mines antipersonnel, selon la définition fournie par la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel de 1997, et leur usage est donc strictement interdit. La Syrie n'a à ce jour pas adhéré à cette Convention.

Les bailleurs de fonds internationaux devraient soutenir de manière prioritaire les opérations de déminage et les campagnes d’information à ce sujet en Syrie, afin de mieux protéger les habitants contre les risques évitables de décès ou de blessure, selon Human Rights Watch. Les pays voisins de la Syrie devraient faciliter l'accès des organisations spécialisées dans les opérations de déminage, ainsi que l’acheminement d'aide humanitaire aux personnes blessées par des mines.

Human Rights Watch est un membre fondateur de la Campagne internationale pour l'interdiction des mines terrestres (ICBL), qui s’est vu attribuer le prix Nobel de la paix en 1997.

Communiqué intégral en anglais (plus détaillé) :

www.hrw.org/news/2018/02/12/syria-landmines-kill-injure-hundreds-raqqa

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