(New York) – L'administration Obama devrait exiger des gouvernements étrangers bénéficiant de l'aide militaire des États-Unis qu’ils renoncent immédiatement à l’utilisation d'enfants soldats, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le 30 juin, le Département d'État américain a publié dans son rapport annuel sur le trafic d’êtres humains une liste actualisée des pays impliqués dans le recours aux enfants soldats. Les dix pays cités sont la Birmanie, l'Irak, le Nigeria, la République démocratique du Congo, le Rwanda, la Somalie, le Soudan, le Soudan du Sud, la Syrie et le Yémen.

La Loi sur la prévention des enfants soldats de 2008 interdit certaines formes de l’aide militaire américaine aux pays où des enfants soldats font partie des forces armées nationales ou le soutien aux milices et groupes paramilitaires qui recrutent et mobilisent des enfants dans le cadre de conflits armés. Le président peut toutefois déroger à cette interdiction pour raisons de sécurité nationale. Après l’entrée en vigueur de la loi en 2010, l'administration Obama a accordé de telles dérogations dans 26 des 33 cas, permettant aux gouvernements concernés d’utiliser des enfants soldats tout en recevant une aide militaire américaine estimée à des centaines de millions de dollars.

« Plusieurs pays figurant sur la liste du Département d'État américain continuent de bénéficier chaque année d’aide militaire malgré l’utilisation d’enfants soldats qui y perdure », a déclaré Jo Becker, directrice de plaidoyer à la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « Le président Obama devrait indiquer clairement que les pays recourant aux enfants soldats perdront le soutien militaire des États-Unis. »

Des enfants soldats déposent leurs fusils lors d'une cérémonie de désarmement et de libération organisée dans l'État de Jonglei, au Soudan du Sud, le 10 février 2015. 

© 2015 Sebastian Rich/Corbis/AP Images

Le président Obama doit décider d'ici à la fin septembre la levée éventuelle des sanctions militaires prévues par la loi pour l'un des gouvernements listés pour l'exercice 2017.

Cette année, pour la première fois, l’Irak a été ajouté à la liste. Les Forces de mobilisation populaire, une force paramilitaire progouvernementale et placée sous le commandement du Premier ministre, a recruté des enfants dès l’âge de 11 ans pour lutter contre l'État islamique, également connu sous le nom de Daesh. Human Rights Watch a documenté la mort d’enfants âgés de 15 ans et plus tués aux côtés des Forces de mobilisation populaire.

Le Nigéria a été inclus pour la deuxième année consécutive, en raison de l'utilisation d'enfants soldats par le Groupe de travail mixte civil, une force alliée au gouvernement dans sa lutte contre le groupe armé Boko Haram. Le Rwanda, inscrit sur la liste en 2013 et 2014, mais qui en a été retiré en 2015, y fait son retour après le recrutement, par des fonctionnaires, d’enfants soldats dans un camp de réfugiés. Les autres pays ont été inclus pendant au moins quatre ans d’affilée. Quatre de ces pays – la RD Congo, la Somalie, le Soudan et le Yémen – ont figuré sur la liste chaque année depuis sa première publication en 2010.

L’Afghanistan a été omis de la liste de cette année, en dépit de preuves selon lesquelles la police locale ainsi qu’une milice progouvernementale en butte aux talibans et autres insurgés recrutent et utilisent des enfants soldats.

« Les États-Unis ont dépensé des centaines de millions de dollars pour soutenir une milice afghane qui recrute et utilise des enfants dans leurs opérations contre les talibans », a déclaré Jo Becker. « L'Afghanistan devrait également figurer sur cette liste et faire l'objet de sanctions militaires ».

L’Afghanistan a été exclu après que le Département d'Etat a estimé que la police locale afghane relèverait d’une zone floue non couverte par la loi sur la prévention des enfants soldats. Cette décision semble contraire au sens ordinaire de la loi, Human Rights Watch. La loi couvre « les forces gouvernementale armées ou des groupes armés soutenus par le gouvernement, y compris des paramilitaires, des milices ou des forces de défense civile qui recrutent et utilisent des enfants soldats ». Placée sous la tutelle du Ministre de l'Intérieur, la police locale afghane a été créée par décret présidentiel en août 2010 et, selon le Département de la Défense américain, fait « partie intégrante » des forces de sécurité afghanes.

« Il n'y a pas de zone floue concernant les enfants et la police locale afghane », a affirmé Jo Becker. « Le gouvernement afghan a échoué à enrayer le recrutement d’enfants par la milice tandis que les États-Unis détournent le regard ».                  

En 2015, le président Obama a accordé des dérogations totales ou partielles à quatre des cinq pays cités qui devaient bénéficier de l'aide militaire américaine. Renoncer à au moins une partie de l'aide militaire américaine inciterait les gouvernements étrangers à lutter contre le recrutement d'enfants soldats, selon Human Rights Watch.

« Le président Obama devrait adopter une ligne beaucoup plus dure et insister pour que les pays récipiendaires de l'aide militaire des États-Unis mettent fin à l’utilisation d'enfants soldats », a souligné Jo Becker. « L'aide militaire sans conditions adresse un message déplorable selon lequel les États-Unis soutiennent sciemment les pays qui se servent d’enfants dans des conflits armés ».