Des professionnels de santé emportent le corps de Prince Nyentee, un homme de 29 ans qui, d’après les résidents locaux, est décédé du virus Ebola à Monrovia, au Libéria, le 11 septembre 2014.

© 2014 Reuters

(Nairobi, le 15 septembre 2014) – Les gouvernements de l’Afrique de l’Ouest devraient garantir la protection des droits en tant qu’élément crucial de leur stratégie de contrôle  de l’épidémie d’Ebola sans précédent qui ravage la région, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Human Rights Watch a exprimé sa sympathie aux familles, amis et collègues des personnes qui sont décédées du fait de l’épidémie d’Ebola, et a salué le courage des nombreux professionnels de santé et d’autres personnes qui s’occupent des malades.

Les gouvernements des pays touchés par le virus Ebola devraient protéger les personnels de santé contre le risque de contamination, limiter le recours à la quarantaine, aborder les questions de genre liées à l’épidémie, s’assurer que les forces de sécurité qui répondent à la crise respectent les droits fondamentaux, et faciliter la surveillance indépendante des mesures d’urgence et des dons, a souligné Human Rights Watch. À travers l’assistance et la coopération internationales, les pays bailleurs de fonds devraient aider ces gouvernements à respecter le droit à la santé et mettre en œuvre des actions pour s’attaquer à l’impact plus large de l’épidémie.

« Compte tenu de l’ampleur tragique de cette épidémie, on ne peut et on ne doit pas s’attendre à ce que les gouvernements concernés respectent le droit à la santé par leurs propres moyens », a expliqué Corinne Dufka, chercheuse senior auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « La communauté internationale doit aider ces gouvernements à assumer cette responsabilité, tout en insistant sur le fait qu’ils doivent assumer leur propre rôle en garantissant la transparence et le respect des droits humains tout en répondant à la crise. »

Au 5 septembre 2014, on dénombrait 4 784 cas suspectés ou confirmés de virus Ebola et plus de 2 400 morts dans la plupart des régions de Guinée, du Libéria et de Sierra Leone, et dans deux villes du Nigéria. Des cas ont été confirmés dans 7 des 8 régions de Guinée, 10 des 15 comtés du Libéria et dans 13 des 14 districts de Sierra Leone, ainsi que dans la capitale sénégalaise, Dakar, et dans les villes nigérianes de Lagos et de Port Harcourt. Parmi les morts, on comptait plus de 140 professionnels de santé.

Médecins sans frontières (MSF), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et Centers for Disease Control (CDC) des États-Unis, entre autres organisations, ont averti à plusieurs reprises que l’épidémie était en train de devenir incontrôlable. Une déclaration de l’OMS du 8 septembre a indiqué que le nombre de nouveaux cas augmentait de façon exponentielle. Les centres de traitement du virus Ebola sont débordés et renvoient des patients très contagieux.

L’épidémie a entraîné une forte contraction des économies de l’Afrique de l’Ouest et un quasi-effondrement des systèmes de santé dans les pays les plus touchés, a expliqué Human Rights Watch. Cela limite l’accès aux soins de santé pour les enfants, les femmes enceintes et les autres personnes présentant des problèmes de santé chroniques et aigus. Les professionnels de santé ont fait part de leurs inquiétudes concernant le manque de soins de santé – et la mortalité accrue qui en découle – pour les autres maladies et affections comme la malaria, la fièvre typhoïde, la dysenterie et les complications d’accouchements. Les organisations non gouvernementales locales doivent renforcer leur soutien afin d’éduquer les populations sur la maladie et de surveiller la réponse du gouvernement, y compris l’utilisation de l’aide humanitaire.

L’épidémie d’Ebola se développe dans trois des pays les plus pauvres au monde. Chacun d’eux a connu des décennies de violences et d’instabilité, notamment de violents conflits armés au Libéria et en Sierra Leone et un pouvoir autoritaire en Guinée. Lorsque les présidents de ces pays sont entrés en fonction (Ellen Johnson Sirleaf au Libéria en 2006, Ernest Bai Koroma en Sierra Leone en 2007 et Alpha Condé en Guinée en 2010), ils ont hérité de nations marquées par des infrastructures considérablement détruites, des institutions démocratiques faibles, des tensions communautaires, des forces de sécurité abusives, une pauvreté accablante et un chômage extrêmement élevé.

Alors que ces gouvernements ont fait des progrès pour garantir le respect des droits humains, y compris le droit à la norme de soins de santé la plus élevée disponible, de sérieux défis persistent. Les indicateurs de santé, dont la mortalité maternelle, la mortalité infantile et l’espérance de vie, figurent parmi les pires au monde. La corruption endémique, les réseaux routiers insuffisants, la « fuite des cerveaux » du personnel médical et la destruction généralisée des établissements de santé pendant les conflits armés ont compromis le droit à la santé pendant des décennies.

« Alors qu’ils font face à la crise de l’Ebola, la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone devraient traiter les problèmes actuels de gouvernance tout en garantissant l’utilisation transparente des fonds, en améliorant l’infrastructure de santé, en rendant les forces de sécurité plus responsables et en améliorant la communication entre le gouvernement et la population », a précisé Corine Dufka.

Version intégrale de ce communiqué en anglais, avec des recommandations plus détaillées par pays :
https://www.hrw.org/news/2014/09/15/west-africa-respect-rights-ebola-response