Un membre des forces de sécurité égyptiennes pointe son arme en direction d’une foule de manifestants qui fuient lors de la dispersion violente d’un sit-in sur la place Rabaa al-Adawiya, au Caire, le 14 août 2013.

© 2013 AFP / Getty Images

(Beyrouth) – Les meurtres systématiques et généralisés d’au moins 1150 manifestants par les forces de sécurité égyptiennes en juillet et août 2013 constituent probablement des crimes contre l'humanité, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui au terme d'une année d'enquête. Lors de la seule dispersion du sit-in de la place Rabaa Al-Adawiya le 14 août, les forces de sécurité ont agi selon un plan prévoyant plusieurs milliers de morts, et tué au moins 817 personnes, et probablement plus d’un millier.

Le rapport de 195 pages intitulé « All According to Plan: The Rab’a Massacre and Mass Killings of Protesters in Egypt » (Conformément au plan : Le massacre de Rabaa et les tueries de masse de manifestants en Égypte) documente la manière dont la police et l'armée égyptiennes ont méthodiquement ouvert le feu à balles réelles au cours de six manifestations entre le 5 juillet et le 17 août 2013 sur la foule de manifestants qui s'opposait au renversement par les militaires le 3 juillet  de Mohamed Morsi, premier président civil égyptien élu. Même s'il n'existe aucune preuve de l'utilisation d'armes à feu par certains manifestants au cours de plusieurs de ces manifestations, Human Rights Watch n’a été en mesure de confirmer leur recours dans quelques rares cas, ce qui ne justifie pas les assauts mortels totalement disproportionnés et prémédités à l'encontre de manifestants en très grande majorité pacifiques.

« Sur la place Rabaa, les forces de sécurité égyptiennes ont perpétré en une seule journée l’un des plus importants massacres de manifestants de  l'histoire récente », a déclaré Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Il ne s'agit pas seulement d’un recours excessif à la force ou d’un entraînement insuffisant des forces de sécurité. Il s'agit d'une répression violente et planifiée au plus haut niveau du gouvernement égyptien. Beaucoup de ces représentants de l’Etat sont encore au pouvoir en Égypte alors qu'ils ont bien des comptes à rendre. »
 

Human Rights Watch a mis en ligne une vidéo montrant les événements tels qu'ils se sont déroulés place Rabaa le 14 août 2013, notamment des récits directs de témoins et de victimes.


Les autorités n'ont pas obligé le moindre officier de police ou militaire, même peu gradé, à rendre des comptes pour l'une de ces tueries, et encore moins un représentant de l’Etat responsable de les avoir ordonnées, et continuent à réprimer les dissidents avec brutalité. À la lumière de cette impunité persistante, il est nécessaire de mandater une enquête internationale afin que les responsables soient poursuivis, a déclaré Human Rights Watch. Les États devraient poursuivre la suspension de leur assistance militaire et policière à l'Égypte jusqu'à ce que le pays adopte des mesures visant à mettre fin à ces graves violations des droits humains.

Human Rights Watch a interrogé plus de 200 témoins, en particulier des manifestants, des médecins, des résidents locaux et des journalistes indépendants, s'est rendu sur chacun des sites des manifestations durant les attaques ou immédiatement après leur début et a examiné les preuves matérielles, des heures de séquences vidéo ainsi que les déclarations des pouvoirs publics. Human Rights Watch a écrit aux ministères compétents en Égypte afin de solliciter l'avis du gouvernement concernant ces événements, mais n'a obtenu aucune réponse.

Human Rights Watch avait prévu de présenter le rapport au Caire, mais les autorités égyptiennes ont empêché la présentation d’avoir lieu en refusant l’entrée sur le territoire d’une délégation de Human Rights Watch le 10 août.

Le rapport comprend l'examen détaillé de la planification et de l'exécution de la dispersion des manifestants place Rabaa al-Adawiya où, du 3 juillet au 14 août, des dizaines de milliers de manifestants pro-Morsi en grande majorité pacifiques, notamment des femmes et des enfants, ont tenu un sit-in à durée indéterminée afin de demander la réintégration du président déchu Mohammed Morsi. A partir de photographies prises par satellite lors d'une nuit de sit-in, le 2 août, Human Rights Watch a estimé à environ 85 000 le nombre de manifestants place Rabaa cette nuit-là.

Le 14 août, les forces de sécurité ont pris d’assaut le campement des manifestants de la place Rabaa par chacune de ses entrées principales à grand renfort de véhicules blindés de transport de troupes, de bulldozers, de troupes au sol et de snipers. Les forces de sécurité n'ont donné aucun réel avertissement et ont ouvert le feu sur la foule tout en l'encerclant pendant près de 12 heures. Les forces ont tiré sur des installations médicales de fortune et ont positionné des snipers chargés de tirer sur toute personne cherchant à entrer ou sortir de l'hôpital de Rabaa. Vers la fin de la journée, l'estrade centrale, l'hôpital de campagne, la mosquée ainsi que le rez-de-chaussée de l'hôpital de Rabaa prenaient feu, dans un incendie probablement provoqué par les forces de sécurité.

Un homme d'affaires qui faisait partie des manifestants a décrit la scène :

Ils ont aussitôt lancé des bombes lacrymogènes et ouvert le feu à balles réelles. C'était très violent ; je ne peux même pas le décrire. Ce n'était pas comme les fois précédentes, un tir ou deux à la fois. Une pluie de balles s’abattait sur nous. J'ai senti le gaz et j'ai tout de suite vu des gens tomber sous les balles autour de moi. Je n'ai aucune idée du nombre de victimes. Nous n'avons entendu aucune sommation, rien du tout. C'était l'enfer.

 

Selon les informations de Human Rights Watch, 817 personnes ont été tuées rien que lors de l'évacuation de la place Rabaa. Compte tenu des preuves solides de morts supplémentaires réunies par les survivants et les activistes du square de Rabaa, des autres corps transportés directement jusqu'aux hôpitaux et aux morgues sans comptage précis ni identification, et des personnes toujours portées disparues, il est vraisemblable que plus d'un millier de personnes ont été tuées place Rabaa. La police a placé en garde à vue plus de 800 manifestants du sit-in, dont certains ont été battus, torturés et, dans plusieurs cas, exécutés sommairement, comme l'ont affirmé six témoins à Human Rights Watch.

Les représentants du gouvernement déclarent avoir utilisé la force en réponse à la violence, notamment des tirs d'armes de feu, du côté des manifestants. Outre les centaines de manifestants ayant jeté des pierres et des cocktails Molotov aux forces de police une fois l'assaut donné, Human Rights Watch a constaté quelques cas de tirs de manifestants en direction des forces de police. Selon la source officielle de l’Autorité de Médecine Légale, huit policiers ont été tués au cours de la dispersion de la place Rabaa. Au terme de l'évacuation totale du sit-in le 14 août, le ministre de l'Intérieur Mohamed Ibrahim a annoncé que ses hommes avaient trouvé 15 armes à feu dans le square, un chiffre qui, s'il est avéré, révèle que peu de manifestants étaient armés, ce qui tend à corroborer un peu plus le nombre important de preuves recueillies par Human Rights Watch à propos des tirs des forces de police sur des centaines de manifestants non armés.

Les autorités égyptiennes ont tenté de justifier cette dispersion du sit-in de la place Rabaa en avançant qu'il perturbait la vie des résidents locaux et qu'il s'agissait d'une réunion d'incitation au terrorisme où les manifestants détenaient et maltraitaient des opposants. Il n'en demeure pas moins que le massacre de 817 protestataires voire plus était clairement disproportionné par rapport aux éventuelles menaces subies par les résidents locaux, les forces de sécurité ou autre. Même si le gouvernement avait légitimement le droit de sécuriser le lieu du sit-in, il n'est pas parvenu à le disperser de manière à minimiser les pertes humaines. Les tirs à balles réelles ne doivent être employés que lorsqu'ils sont strictement inévitables pour se prévenir d’une atteinte imminente à la vie, une condition loin d'être remplie dans cette situation.

« Les preuves démontrant que les forces de sécurité ont ouvert le feu sur une foule de manifestants dès les premières minutes de la dispersion démentent toutes les allégations du gouvernement affirmant qu'il a cherché à minimiser le nombre de victimes », a déclaré Kenneth Roth. « La brutalité avec laquelle les forces de sécurité ont dispersé cette manifestation est à l'origine d'un bilan atroce que tout le monde aurait pu prévoir et que le gouvernement avait en effet anticipé. »

À l'occasion d'une réunion avec les groupes locaux de défense des droits humains le 5 août, un représentant du ministère de l'Intérieur a indiqué que le ministère avait tablé sur un bilan allant jusqu'à 3 500 victimes. Lors d'un entretien télévisé le 31 août 2013, le ministre de l'Intérieur Mohamed Ibrahim a déclaré que son ministère avait prévu des pertes de l'ordre de « 10 % des personnes » présentes place  Rabaa, admettant que le sit-in avait réuni « plus de 20 000 personnes ». En septembre, le Premier ministre Hazem al-Beblawi a indiqué au journal égyptien Al-Masri Al-Youm que le nombre de manifestants tués lors de la dispersion place Rabaa et d'un sit-in de moindre envergure place El Nahda à Gizeh le 14 août « avoisinait le millier de personnes ». Il a ajouté qu’« on s'attendait à bien pire que ce qui s'est véritablement passé. Le bilan final est inférieur à nos prévisions ». Au lendemain de la dispersion, M. Ibrahim a déclaré à Al-Masri Al-Youm que « le plan d'évacuation a été une réussite à 100 % ».

Human Rights Watch a également recensé cinq autres incidents de tueries illégales en juillet et août 2013 :

-Le 5 juillet, des soldats ont abattu cinq manifestants devant le siège de la garde républicaine à l'est du Caire, dont un qui essayait juste d'accrocher une affiche pro-Morsi sur une clôture à l'extérieur du bâtiment. Leur meurtre a été filmé.

-Le 8 juillet, les forces militaires et policières ont ouvert le feu sur une foule de manifestants pro-Morsi lors d'un sit-in pacifique sur le parvis du siège de la garde républicaine, tuant au moins 61 personnes. Deux officiers de police ont été tués.

-Le 27 juillet, la police a ouvert le feu sur une marche pro-Morsi près du mémorial de Manassa à l'est du Caire, tuant au moins 95 manifestants. Un policier est mort dans les affrontements.

-Le 14 août, les forces de sécurité ont dispersé le sit-in de la place El Nahda, tuant au moins 87 manifestants. Les affrontements ont fait deux morts au sein des forces de police.

-Le 16 août, la police a ouvert le feu sur des centaines d'opposants réunis place Ramsès, au centre du Caire, tuant au moins 120 manifestants. Deux officiers de police ont été tués.

« C'est effroyable et déchirant que les espoirs de tellement d'Égyptiens suite aux soulèvements de 2011 se soient évanouis dans le bain de sang et le carnage des massacres de l'an dernier », a déclaré Kenneth Roth.

Un crime contre l'humanité correspond à un acte criminel spécifique commis de manière généralisée ou systématique dans le cadre d'une « attaque perpétrée contre une population civile », indiquant un certain degré de planification ou de volonté politique de commettre le crime. Il peut s'agir d'un meurtre, d'une persécution pour des raisons politiques et « d'autres actes inhumains de nature similaire causant intentionnellement une grande souffrance ou un grave préjudice au corps ou à l’esprit ou bien à l'intégrité physique ». Compte tenu de la nature généralisée et systématique de ces meurtres, mais aussi des preuves laissant à penser qu'ils faisaient partie d'une politique de recours aux armes à feu contre des manifestants en grande majorité non armés pour des motifs politiques, ces massacres constituent vraisemblablement des crimes contre l'humanité. L'interdiction des crimes contre l'humanité fait partie des principes les plus fondamentaux du droit pénal international et peut faire l'objet de poursuites individuelles devant les tribunaux internationaux, mais aussi devant les tribunaux nationaux dans de nombreux pays conformément au principe de la compétence universelle.

Depuis les événements de juillet et août 2013, en plus de continuer à ouvrir le feu sur les manifestants, les autorités égyptiennes ont instauré une répression d'une envergure sans précédent ces dernières années, notamment en restreignant considérablement la liberté d'association, d'expression et de rassemblement, en organisant des arrestations arbitraires de masse et en ayant recours à la torture, en privant les détenus, en particulier plus de 22 000 partisans des Frères musulmans, de leurs droits fondamentaux à un procès équitable, ainsi qu'en prononçant des peines de prison de longue durée et des peines de mort en masse à l'encontre des opposants.

Le gouvernement a créé une commission d'enquête officielle pour enquêter sur les violations des droits humains depuis le 30 juin 2013 tandis que le quasi-officiel comité national des droits humains a publié en mars 2014 un rapport indépendant stipulant que les forces de sécurité avaient eu recours de manière excessive à la force place Rabaa. Néanmoins, personne n'a été officiellement tenu responsable de ce qui s'est passé et aucune enquête ni aucune poursuite judiciaire crédible n'ont été engagées. Le gouvernement a refusé de reconnaître un quelconque méfait de la part des forces de sécurité. À la place, il a fait repaver les rues et reconstruire les bâtiments endommagés, a accordé des bonus aux forces de sécurité qui avaient participé aux dispersions et a érigé un monument en l'honneur des policiers et militaires au centre de la place Rabaa.

« Les efforts continus du gouvernement destinés à écraser les dissidents, à dissimuler ses méfaits et à réécrire l'histoire ne peuvent pas effacer ce qui s'est passé à Rabaa l'an dernier », a déclaré Kenneth Roth. « Compte tenu de l'échec retentissant des autorités égyptiennes à enquêter sur ces crimes, il est grand temps que la communauté internationale réagisse. »

Human Rights Watch a identifié plus d'une douzaine de hauts responsables de la chaîne de commandement qui devraient faire l'objet d'une enquête afin d'établuir leur rôle dans ces tueries, en particulier le ministre de l'Intérieur M. Ibrahim, le ministre de la Défense de l'époque et actuel président Abdel Fattah al-Sisi, sans oublier le chef des forces spéciales à la tête de l'opération de Rabaa, Medhat Menshawi. En cas de preuve de leur responsabilité, ces individus devraient être personnellement tenus responsables de la planification et de l'exécution des tueries ou de leur incapacité à empêcher les massacres anticipés, généralisés et systématiques des manifestants.

Le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies devrait établir une commission d'enquête internationale pour enquêter sur les tueries de masse dont ont été victimes les manifestants depuis le 30 juin 2013. Les personnes impliquées devraient également être poursuivies, notamment devant des tribunaux appliquant le principe de la compétence universelle. Les États devraient poursuivre la suspension de leur assistance militaire et policière à l'Égypte jusqu'à ce que le pays adopte des mesures visant à mettre fin à ces graves violations des droits humains.

« L’ombre du massacre de Rabaa continue de planer au-dessus de l'Égypte », a affirmé Kenneth Roth. « L'Égypte ne pourra aller de l’avant tant qu'elle n'aura pas réglé les comptes de ce chapitre sanglant de son Histoire. »
 

Témoignages
« Ahmed s'est levé, a passé les barrières [que nous avions érigées], a mis ses mains en l'air et a dit : "Nous sommes pacifiques. Il n'y a rien ici." Alors un agent du ministère de l'Intérieur – un homme en noir des forces spéciales équipé d'un fusil – a chargé son arme. Je me suis levé pour essayer de pousser Ahmed hors de son chemin. Je n'étais qu'à un mètre de lui, mais je n'ai pas pu bouger. Je n'ai pu que crier son nom. L'officier lui a tiré quatre balles en pleine poitrine et il est tombé. »
– Un manifestant de 17 ans décrivant la mort d'Ahmed Ammar, ingénieur civil qu'il considérait comme un père

« J'ai vu un homme debout près de la fontaine de la rue Youssef Abbas dans le quartier de Nasr. C'était horrible. Il a pris une balle dans l'épaule et il est tombé. Il a essayé de se relever et il a reçu une balle dans la jambe. Il a commencé à ramper, il perdait beaucoup de sang. Il était la seule personne à découvert et n'a pas arrêté de se prendre des balles dans le bras et dans la poitrine. Il a été touché par au moins huit balles. Il a pris une balle, il a tressailli puis il n'a plus bougé… On a essayé de le tirer pour le mettre à l'abri mais on n'a pas pu [pendant un bon moment] à cause des balles. »
– Manifestant, étudiant à l'Université d'Al-Azhar

« J'ai vu trois véhicules blindés de transport de troupes devant l'hôpital [de Rabaa] d'où la police tirait. Je me trouvais juste derrière le comptoir [d'accueil] et je les ai vus donner l'assaut. Je me suis cachée sous le comptoir pour me protéger. Ils ont continué à tirer pendant 15 minutes. Ceux qui n'ont pas pu se protéger ont été blessés. Les balles sifflaient à côté de moi et ont brisé la vitre. C'était terrifiant. J'ai cru que j'allais mourir. J'ai rechargé mon téléphone et, avec les balles qui volaient tout autour de moi, j'ai cru que c'était la fin et que j'allais mourir. J'ai sorti mon téléphone et j'ai appelé ma mère. »
– Asma al-Khatib, journaliste égyptienne

« J'ai entendu un policier crier "Dépêchez-vous, mettez-vous là", sa voix tremblait. Il y avait une rangée d'[environ six] hommes ; ils marchaient avec les mains sur la tête. Le policier a soudainement ouvert le feu, puis j'ai vu un homme à terre. Il l'a tué sans aucune raison. »
– Résident local dont l'appartement surplombe une rue à côté du square de Rabaa

« Ils sont entrés dans le bâtiment et ont tué cinq personnes autour de moi... Je ne savais pas quoi faire. Je n'avais nulle part où aller. J'étais le suivant ; mon heure était venue. Ils sont entrés dans la pièce et ils nous ont dit qu'on allait mourir. Ils m'ont appelé et ils m'ont dit de quitter le bâtiment. Un officier est entré et a dit "Ne vous inquiétez pas !" J'ai baissé mes mains, puis il m'a battu. Ils nous ont traités de chiens et ont proféré d'autres insultes. Chacun d'entre eux nous a frappés à sa manière. J'étais au rez-de-chaussée et je ne savais pas quoi faire. L'officier m'a dit que, si on ne partait pas, ils nous tueraient, mais l'un d'entre nous s'est enfui et je l'ai retrouvé mort sur le sol. L'officier a craché sur le policier qui avait tiré et lui a dit : "Pourquoi ne lui as-tu pas tiré dans l'œil ?" »
– Un étudiant en informatique décrivant la scène au moment où les forces de sécurité sont entrées dans le bâtiment où lui et d'autres manifestants s'étaient réfugiés