La représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères, Catherine Ashton, rencontre le Premier ministre chinois Wen Jiabao à Pékin, le 10 juillet 2012. 

© 2012 Reuters

(Bruxelles) – L'Union européenne (UE) devrait saisir l'occasion de sa prochaine rencontre au sommet avec la Chine pour démontrer son nouvel engagement à protéger et promouvoir les droits humains à travers le monde, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Le sommet UE-Chine doit se tenir le 20 septembre à Bruxelles.

Les ministres des affaires étrangères des pays de l'UE ont promis en juin 2012 que désormais, l'UE « soulèverait vigoureusement les questions relatives aux droits humains dans tous les cadres appropriés de dialogue bilatéral, y compris au plus haut niveau».

« La Chine représente souvent un test de vérité pour jauger la volonté des autres gouvernements de soulever la question des droits humains», a déclaré Sophie Richardson, directrice de plaidoyer pour la Chine. « Le prochain sommet est l'occasion idéale pour l'UE de renoncer à sa vieille habitude de réticence dès qu'il s'agit d'aborder les problèmes de droits humains avec les responsables chinois. »

En 2012, Human Rights Watch a continué de documenter de graves violations des droits humains en Chine. Celles-ci comprennent, entre autres, l'imposition de restrictions accrues aux libertés d'expression, de mouvement et de religion pour les Tibétains, qui ont probablement contribué à la crise des auto-immolations au Tibet; le rapatriement forcé de plus de 4.000 réfugiés kachins de la province chinoise du Yunnan vers une zone de conflit dans le nord de la Birmanie; l'adoption d'un deuxième Plan d'action national pour les droits humains qui affaiblit grandement le langage contenu dans de précédents engagements rhétoriques en faveur de l'universalité de ces droits; et la croissance alarmante et la puissance incontrôlée des forces de sécurité intérieures.

Dans le passé, l'UE a eu une attitude timorée face aux problèmes de droits humains en Chine, exprimant des inquiétudes seulement quand une majorité de ses Etats membres acceptaient de le faire et s'abstenant fréquemment de soulever ces questions, de peur de mettre en péril les relations économiques. À l'approche du précédent sommet UE-Chine, tenu en février 2012, Human Rights Watch avait exhorté l'UE à soulever un certain nombre de sujets relatifs aux droits humains; il n'y a guère d'indices montrant que ces recommandations ont été suivies. En mai 2012, l'UE a tenu la 31ème session de ses discussions officielles sur les droits humains avec la Chine. Même si cette session n'a pas été soudainement annulée par le gouvernement chinois, comme cela s'était produit fin 2011, l'occasion a été une fois de plus manquée d'établir des critères de référence à respecter par le gouvernement chinois pour pouvoir poursuivre ces discussions. En outre, le gouvernement chinois a déclaré à plusieurs reprises au cours de l'année écoulée que ce dialogue devrait se tenir une fois par an, au lieu de deux.

À certaines occasions, l'UE a fait des interventions fermes sur des questions de droits humains. Lors de la session de juin 2012 du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, les diplomates de l'UE ont présenté une déclaration très ferme dans le cadre du point nº 4 de l’ordre du jour. Ils exprimaient leurs préoccupations au sujet de la liberté d'expression, des arrestations arbitraires, des droits des minorités, du recours à la peine de mort et des disparitions forcées, entre autres questions.

Dans un document de référence sur les droits humains adopté le 25 juin 2012, les ministres des affaires étrangères de l'UE ont pris l'engagement de promouvoir les droits humains, la démocratie et l'état de droit «dans tous les domaines d'activité extérieure de l'UE, sans exception» et ont promis que l'UE « placerait les droits humains au centre de ses relations avec tous les pays tiers, y compris avec ceux qui sont des partenaires stratégiques». À l'époque, Human Rights Watch avait déclaré que pour juger de la validité de cet engagement, il faudrait attendre de voir comment l'UE honorerait sa promesse de mettre « tout son poids à l'appui des défenseurs de la liberté, de la démocratie et des droits humains à travers le monde».

Mais le 26 juin 2012, à la fin de la 3ème session du Dialogue stratégique de haut niveau entre l'UE et la Chine, le communiqué conjoint ne faisait aucune mention des droits humains. Dans ses déclarations publiques, la Haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton, a fait état d'« un bon échange de vues sur les questions de droits humains. Nous avons abordé les droits individuels, la protection des groupes vulnérables et l'importance de l'état de droit.» Elle n'a fourni aucun détail sur les dossiers ou sur les cas individuels abordés, et n'a pas non plus dit clairement quelles autres mesures auraient été proposées pour mieux défendre les droits humains.

« La Haute représentante Catherine Ashton a l'embarras du choix entre les nombreuses questions qu'elle pourrait soulever avec les responsables chinois», a conclu Sophie Richardson. « Que ce soit la crise des auto-immolations de Tibétains, la poursuite de la politique de persécution des défenseurs des droits humains ou le rapatriement de force de réfugiés birmans vers une zone de conflit, l'essentiel est de faire preuve d'une vraie détermination à mettre en œuvre la nouvelle politique de l'Union européenne.»