Des soldats chinois croisent un moine tibétain au cours de leur patrouille dans la capitale de la région autonome du Tibet, Lhassa, en 2009.

© 2009 Reuters

(Londres, le 7 novembre 2011) - Le gouvernement chinois doit s'employer à résoudre les causes du mouvement de protestation qui a conduit 11 Tibétains à s'immoler depuis le mois de mars, ont déclaré Amnesty International et Human Rights Watch aujourd’hui.

Dans une lettre adressée au président chinois Hu Jintao le 3 novembre, les deux organisations de défense des droits humains ont appelé le gouvernement chinois à procéder à un examen approfondi de la situation des droits humains sur le plateau tibétain, et à mettre un terme aux restrictions qui portent atteinte aux droits humains dans cette région.

« Le gouvernement chinois doit mettre un terme aux politiques répressives qui restreignent les libertés fondamentales des Tibétains », a déclaré Salil Shetty, Secrétaire général d’Amnesty International. « Au lieu de tenir compte des revendications des Tibétains, les autorités chinoises ont eu recours à des mesures autoritaires qui n'ont fait qu'alimenter et renforcer le ressentiment de cette communauté. Elles doivent respecter le droit des Tibétains à pratiquer leur religion et à jouir de leur culture.»

Les récentes immolations s'apparentent à des gestes de protestation désespérés contre les restrictions des libertés fondamentales et contre les mesures de sécurité punitives imposées à plusieurs monastères dans la région, selon Amnesty International et Human Rights Watch. Des Tibétains ont continué à s'immoler par le feu en dépit de la vague de répression à laquelle se sont livrées les autorités.

La réaction du gouvernement chinois face au mouvement de protestation s'est traduite par des arrestations massives, des incarcérations et probablement des homicides commis par les forces de sécurité. Parmi les personnes arrêtées figurent 300 moines du monastère de Kirti, que les autorités ont dit avoir envoyés suivre un programme d'« éducation patriotique ».

« La restriction sévère des droits des Tibétains pendant des années n’a fait qu’engendrer plus de troubles ainsi que des actes de désespoir », a observé Kenneth Roth, directeur général de Human Rights Watch. « Il est grand temps que le gouvernement chinois revoie de façon fondamentale sa politique tibétaine, en écoutant les revendications de cette communauté  et en tâchant d’y répondre. »

Neuf moines et anciens moines tibétains, ainsi que deux religieuses tibétaines, se sont immolés par le feu dans la province du Sichuan depuis le mois de mars ; six d'entre eux seraient décédées de leurs blessures. Dans l’incident le plus récent, jeudi 3 novembre, c'est une religieuse du monastère de Tawu âgée de 35 ans, Palden Choetso, qui est décédée après s'être immolée.

Le gouvernement chinois doit révéler ce qu’il est advenu de toutes les personnes arrêtées, y compris celles qui sont emmenées après s'être immolées par le feu en geste de protestation, ont déclaré les deux organisations de défense de droits humains.

Le gouvernement chinois devrait aussi mette fin à l'endoctrinement politique obligatoire auquel sont soumis les religieuses et les moines tibétains dans le cadre des programmes gouvernementaux d'éducation patriotique. De nombreux Tibétains se sont plaints de ce que cette politique portait atteinte à leur droit à la liberté d'expression et au libre exercice de leur religion.

Les deux organisations ont également demandé au gouvernement de réduire la présence massive des forces de sécurité à l'intérieur et autour des institutions religieuses tibétaines.