(New York)- Le gouvernement et les forces rebelles qui s'affrontent dans la capitale tchadienne N'Djamena ne doivent pas mettre en danger les civils, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Après trois jours de combats de rue, les agences humanitaires ont signalé un nombre substantiel de victimes civiles.

La semaine dernière, des rebelles tchadiens ont lancé une offensive militaire majeure qui a atteint en fin de semaine N'Djamena, dont la population est d'environ 700 000 personnes. Les forces de sécurité du gouvernement tchadien ont riposté avec des chars et des hélicoptères de combat. Dimanche soir, les rebelles ont annoncé avoir procédé à un retrait « tactique » de la capitale. Des milliers de tchadiens ont depuis franchi la frontière avec le Cameroun, des centaines de milliers d'autres demeurant dans la capitale.  

« Le gouvernement et les rebelles ont pour obligation de ne pas faire courir de risques aux civils pendant les opérations militaires », a déclaré Georgette Gagnon, directrice par intérim de la division Afrique de Human Rights Watch. « La plupart des victimes signalées à N'Djamena depuis le début des combats samedi sont des civils blessés par balle. »  

Human Rights Watch a appelé le gouvernement tchadien à distinguer clairement entre les cibles civiles et militaires lors de toute attaque par hélicoptère ou char contre une position rebelle. Le gouvernement ne doit pas lancer d'attaques non sélectives, ni d'attaques pouvant causer des dommages civils supérieurs aux gains militaires.  

Le droit de la guerre oblige toutes les parties à un conflit à prévenir efficacement les populations civiles de l'imminence d'une attaque. Les parties en guerre doivent prendre toutes les précautions possibles pour minimiser les dommages causés aux civils et elles doivent protéger les civils sous leur contrôle contre les effets de ces attaques. Ces parties doivent également autoriser et faciliter l'aide humanitaire aux civils qui en ont besoin.  

Human Rights Watch a été notifié de l'implication des forces de sécurité du gouvernement tchadien dans des arrestations de responsables de l'opposition au cours des trois derniers jours. Parmi les membres d'importance de l'opposition politique qui auraient été arrêtés figurent Ngarlegy Yorongar le Moiban, Mahamat Saleh Ibni Oumar et Lol Mahamat Choua. La justification de ces arrestations - si elle existe - n'apparaît pas clairement et Human Rights Watch estime qu'il pourrait s'agir d'arrestations arbitraires motivées par des raisons politiques.  

« Nous sommes préoccupés par le fait que le gouvernement tchadien utilise les combats comme prétexte pour régler ses comptes avec l'opposition non armée », a déclaré Gagnon.  

Suite à une offensive rebelle qui a vu les combats s'étendre aux rues de N'Djamena en avril 2006, une mission de recherche de Human Rights Watch a recueilli des informations sur les abus commis par les forces de sécurité du gouvernement, notamment des arrestations arbitraires, des actes de torture et des exécutions sommaires de civils soupçonnés de liens avec les rebelles ainsi que de membres de leur famille. Au moins 291 civils et combattants ont été tués en six heures de combats lors de la tentative de coup d'avril 2006.  

Les rebelles tchadiens impliqués dans les combats de N'Djamena pendant le week-end appartiennent au Commandement militaire unifié, un groupe qui rassemble l'Union des forces pour la démocratie (UFDD), le Rassemblement des forces pour le changement (RFC) et l'UFDD-Fondamental. L'UFDD est dirigée par Mahamat Nouri, qui avant de servir dans le gouvernement d'Idriss Déby, était le bras droit de l'ancien Président du Tchad, Hissène Habré, actuellement au Sénégal, accusé de crimes contre l'humanité. D'autres membres de l'UFDD auraient également des liens avec Habré.  

Si le Tchad tombait aux mains des rebelles, Human Rights Watch serait particulièrement préoccupé par le sort des défenseurs tchadiens des droits humains dont le travail a contribué à l'inculpation d'Habré.  

Human Rights Watch a appelé la France et d'autres pays disposant d'une ambassade à N'Djamena à prendre des mesures pour que ces défenseurs des droits humains et les membres de l'opposition politique soient protégés contre le risque d'une arrestation arbitraire ou d'abus physiques.  

Les groupes rebelles tchadiens ont reçu le soutien du gouvernement soudanais, notamment la possibilité de se replier en toute sûreté au Darfour.  

Au cours des dernières semaines, l'insécurité croissante a rendu difficile le travail des agences humanitaires auprès de plus de 400 000 réfugiés et personnes déplacées vivant dans les camps de l'Est du Tchad. Fin janvier, face à l'escalade de la violence dans le pays, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) a commencé à évacuer le personnel national et international.  

Le 4 février, le Conseil de sécurité des Nations unies a fermement condamné les attaques rebelles et a réservé un bon accueil à l'initiative de l'Union africaine de mandater le colonel Mu`ammar al-Qadhafi, chef de l'état libyen et le Président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso pour mettre un terme aux combats. Le Conseil a également exprimé sa préoccupation quant à la sécurité des civils, notamment des réfugiés, des personnes déplacées et du personnel humanitaire déployé au Tchad, rappelant à toutes les parties qu'elles ont la responsabilité d'assurer leur protection.