Le Président américain George W. Bush se rendra en Afrique du 7 au 12 juillet, en visite au Sénégal, en Afrique du Sud, au Botswana, au Ouganda et au Nigéria. Ce document d'information de Human Rights Watch comprend des éléments concernant chaque arrêt tout au long de son voyage.

Une rapide vue d'ensemble de la politique de l'administration Bush à l'encontre de l'Afrique :

Dans son discours sur l'Afrique le 26 juin, Bush met en avant trois thèmes: l'établissement de la paix et de la sécurité, le combat contre le SIDA, et le développement économique au travers de l'aide et du commerce. La guerre contre la terreur a également influencé la politique africaine de l'administration. 

L'agenda des droits humains de l'administration Bush en Afrique a tout d'abord été tourné vers le Zimbabwe et, à moindre niveau, le Soudan. La primauté de la guerre américaine contre le terrorisme signifie que les États Unis ont accordé moins d'attention à l'Afrique que ce qui aurait pu être attendu autrement. Dans le peu de pays africains que l'administration estime comme étant valables stratégiquement, en particulier dans la corne de l'Afrique, les États Unis ont souvent manqué de souligner la question des droits humains.

Malgré quelques intérêts dans les négociations de paix et de maintien de la paix, l'administration Bush n'a pas fourni de leadership pour faire cesser les conflits armés ravageant de larges parties de l'Afrique, en ce compris les guerres au Burundi, en République Démocratique du Congo (RDC), et au Liberia. A l'exception du Soudan, l'administration Bush a eu tendance à laisser les Européens prendre la tête dans la résolution des conflits en Afrique, comme les Anglais l'ont fait en Sierra Leone et les Français en Côte d'Ivoire et en RDC, alors que les États Unis apportaient à peine leur support.

L'administration Bush a montré quelque intérêt à entraîner les armées africaines afin de jouer un rôle de maintien de la paix, mettant en place le programme du contingent africain d'opérations d'entraînement et d'assistance (CAOEA). Mais au même moment, elle a fait mine de couper l'assistance militaire aux pays de la région qui soutiendraient la nouvelle Cour pénale internationale. Vingt et une nations africaines ont ratifié le traité de la CPI. Mais l'administration Bush à forcé la main de certains gouvernements africains pour qu'ils signent des accords bilatéraux qui donneraient l'immunité des poursuites aux Américains et mettraient en péril l'intégrité de la Cour. Alors que treize gouvernements africains ont signé de tels accords, plusieurs pays importants - incluant l'Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya, et l'Ethiopie - ont résisté à cette pression. La visite du Président Bush fait suite à la date butoir du 1 juillet mise en place par le Congrès pour que les gouvernements concluent ces accords ou risquent de perdre toute assistance militaire.

L'administration Bush a annoncé qu'elle utiliserait les critères d'éligibilité des droits humains de la Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA et AGOA II) comme influence pour pousser à une amélioration des droits humains. La loi énonce que les critères de sélections pour AGOA incluent le droit du travail et les droits humains, et requièrent que le rapport annuel des critères de sélection d'AGOA inclue un examen attentif du dossier des droits humains des partenaires d'AGOA, en plus de leurs réformes politiques et économiques. Cependant, même dans les pays où le rapport de l'AGOA démontre que la condition des droits humains est faible - tel qu'en Côte d'Ivoire, en Érythrée, et au Rwanda - les critères d'éligibilité à AGOA ont été accordés; seul l'Érythrée a reçu des indications d'un besoin d'amélioration des droits humains. En échouant à utiliser AGOA de manière constante pour pousser les états bénéficiaires à mettre fin aux abus, l'administration risque de laisser passer un outil potentiellement utile à la promotion des droits humains en Afrique.

L'administration Bush a également lancé le Compte challenge du millénium (MCA), élargissant l'assistance au développement disponible pour les pays qui, d'après les termes du Président Bush, " gouvernent justement, investissent dans le peuple, et encouragent la liberté économique. " Alors que la législation pour le MCA est toujours en suspend devant le congrès, l'administration Bush la présente comme une nouvelle approche de l'assistance au développement. Les critères d'éligibilité pour demander assistance au travers du MCA n'incluent pas explicitement les droits humains, mais se tournent plus largement vers les questions de bonne gouvernance. L'impact du MCA en Afrique aurait tendance à être minimal, dans la mesure où seulement une partie des pays africains est susceptible de se qualifier.

La sécurité de l'énergie reste un point clef pour l'administration Bush. L'administration a spécialement mis l'accent sur son intérêt dans la poursuite des ressources pétrolières africaines comme substitut du pétrole du Moyen Orient. Bien que les États Unis aient périodiquement soulevé la question de la transparence et de la bonne gouvernance dans des pays comme l'Angola, ils paraissent placer une plus grande priorité dans la consolidation de relations avec des producteurs de pétrole africains majeurs et émergeants. Peu ou aucune mention publique n'a été faite par les officiels américains des assassinats extrajudiciaires et autres abus commis par les forces de sécurité nigérienne dans la région pétrolière du Delta du Niger ou ailleurs.

Les défenseurs des droits humains ainsi que d'autres acteurs de la société civile constituent une importante force dynamique pour un changement en Afrique. Jusqu'à présent ces activistes opèrent fréquemment dans des environnements politiques contraignants et font face à de sérieux risques de sécurité, ce inclus en Côte d'Ivoire, en RDC, au Rwanda, en Ethiopie, en Érythrée, au Liberia, au Soudan, et au Zimbabwe. Les défenseurs des droits humains jouent un rôle central pour tenir les gouvernements responsables et pour promouvoir les conditions nécessaires à un développement durable. Ils méritent d'être supportés pleinement par l'administration Bush. Au cours de sa visite, le Président Bush devrait demander à rencontrer les acteurs de la société civile et les activistes des droits humains et souligner les engagements américains pour aider à l'ouverture de l'espace politique pour qu'ils puissent agir, et pour les défendre quand ils sont attaqués par les gouvernements ou par les groupes rebelles qui tentent de les faire taire.