Dans un nouveau rapport publiable mardi, Human Rights Watch identifie nommément les officiers du RCD (Rassemblement pour la démocratie au Congo), mouvement rebelle soutenu par le Rwanda impliqué dans les massacres de Kisangani et demande qu'ils soient jugés pour crimes de guerre. Le rapport montre que les rebelles sont responsables de tueries à grande échelle, d'exécutions sommaires, de viols et de pillages perpétrés lors de l'écrasement de la mutinerie qui a éclaté le 14 mai 2002.

"Les officiers responsables de ces crimes de guerre devraient être rapidement arrêtés et poursuivis," a déclaré Suliman Baldo, chercheur de la Divison Afrique de Human Rights Watch.  
 
Baldo s'est félicité de la récente signature d'un accord de paix entre les Présidents du Congo Joseph Kabila et du Rwanda Paul Kagamé. Cet accord appelle au désarmement des ex-Forces armées rwandaises (ex-FAR) et des miliciens interahamwe au Congo, impliqués dans le génocide 1994 au Rwanda et au retrait des forces rwandaises du Congo.  
 
Toutefois, souligne Human Rights Watch, des crimes de guerre et crimes contre l'humanité continuent d'être commis chaque jour et par toutes les parties dans la guerre du Congo, y compris par le supplétif du Rwanda, le RCD-Goma.  
 
"L'impunité est une plaie pour la région des Grands Lacs et tant que les belligérants et la communauté internationale ne se monteront pas déterminés à en finir avec elle, des civils innocents continueront d'être massacrés par des forces sans foi ni loi," a ajouté Baldo.  
 
Le rapport de trente pages, intitulé "Crimes de guerre à Kisangani : la réaction des rebelles soutenus par le Rwanda à la mutinerie de mai 2002," se fonde sur une enquête de trois semaines en République démocratique du Congo.  
 
L'équipe de recherche de Human Rights Watch a établi que des militaires congolais et des membres de la police avaient tenté de se mutiner contre les éléments rwandais du RCD-Goma à Kisangani le 14 mai, brièvement occupé la station de radio locale et tué plusieurs personnes considérées comme rwandaises.  
 
Cette tentative de mutinerie a rapidement pris fin, mais le RCD-Goma a envoyé par avion de Goma ses officiers les plus gradés pour orchestrer une campagne de répression brutale. Human Rights Watch a réuni les preuves de dizaines d'assassinats de civils dans la commune de Mangobo à Kisangani ainsi que de nombreux viols, passages à tabac et pillages à grande échelle, perpétrés dans le cadre de cette répression.  
 
En outre, les éléments loyalistes du RCD-Goma ont exécuté de nombreux détenus, soldats et policiers, notamment sur le Pont de la rivière Tshopo et jeté leurs corps mutilés dans la rivière. Beaucoup de ces corps ont refait surface ultérieurement. Human Rights Watch a également réuni les preuves de tueries commises dans d'autres sites comme celui d'une brasserie abandonnée, de la caserne militaire du Camp Ketele et de l'aéroport de Bangboka (bien Bangboka). Le bilan définitif reste à déterminer mais Human Rights Watch a établi qu'au moins quatre-vingts personnes - sans doute bien davantage - avaient trouvé la mort au cours de la mutinerie et de la répression qui s'ensuivit.  
 
Parmi les officiers directement impliqués dans les tueries se trouvaient : Gabriel Amisi, également connu comme Tango Fort, adjoint au chef d'état-major chargé de la logistique de l'armée du RCD-Goma; Bernard Biamungu, commandant de la Cinquième Brigade basée à Goma ; Laurent Nkunda, commandant de la Septième Brigade basée à Kisangani ainsi que plusieurs autres officiers de haut-rang des Cinquième et Septième Brigades. Biamungu a été vu donnant consigne à ses soldats de se rendre dans le quartier de Mangobo juste avant que les tueries de civils ne commencent là-bas et était présent sur les lieux de certaines tueries. Biamungu, Amisi et Nkunda ont tous trois été vus sur le Pont de la Tshopo peu avant le début des exécutions sommaires sur ce pont dans la nuit du 14 mai.  
 
Human Rights Watch a cherché à savoir si la Mission d'Observation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) avait failli à son mandat d'assurer la "protection des civils exposés à une menace imminente de violence physique." La Mission des Nations Unies comptait plus d'un millier de soldats à Kisangani et était clairement informée des tueries.  
 
Néanmoins, Human Rights Watch a salué l'enquête détaillée menée par la MONUC et le Bureau du Haut Commissariat aux droits de l'homme sur les événements de Kisangani, qui a contribué à dresser un compte-rendu précis des abus commis. En juillet, le Conseil de sécurité a fermement appelé à poursuivre les auteurs de ces tueries.  
 
"Nous nous félicitons de l'appel du Conseil de sécurité en faveur de la justice à Kisangani," a déclaré Baldo. "Mais le Conseil de sécurité doit fournir à la MONUC les moyens de protéger les civils dans les zones où elle est déployée et augmenter le nombre d'officiers des droits de l'homme qui lui sont attachés."