Kenneth Roth dirige Human Rights Watch depuis 1993. Pour Libération, il analyse l’impact de l’épidémie de coronavirus sur les droits humains.

« On ne peut concevoir la santé publique sans prendre en compte le respect des droits humains, y compris le libre accès à l’information et l’engagement à protéger les plus vulnérables. Malheureusement, certains leaders peu scrupuleux voient la pandémie actuelle comme l’occasion de poursuivre d’autres buts, même au détriment des droits humains. Le coronavirus touche désormais tous les pays mais cela n’empêche pas certains de blâmer les étrangers ou les migrants. C’est contre-productif en termes de santé publique : si une telle diabolisation conduit certains à craindre d’être testés ou de réclamer un traitement (c’est le cas des sans-papiers aux Etats-Unis) alors le virus va se répandre dans certains groupes et se renforcer, menaçant tout le monde ! Les germes ne partagent pas les biais des leaders politiques.

Le président chinois Xi Jinping semble essentiellement préoccupé par son image, cherchant à cacher tout ce qui pourrait l’écorner. Ce qui a conduit à la censure de ces médecins courageux de Wuhan qui ont essayé de nous alerter sur cette épidémie. En les réduisant au silence, le pouvoir chinois a donné au coronavirus une avance de deux à trois semaines, avec les conséquences désastreuses que nous connaissons. Le gouvernement chinois déploie aujourd’hui d’énormes moyens pour réprimer toute condamnation publique sur les réseaux sociaux, une sorte de censure à son profit.

De nombreux gouvernements voient le coronavirus comme une occasion de renforcer la surveillance d’Etat. Une fois que l’on aura donné aux gouvernements la possibilité d’accéder sans entraves à nos données, ce sera très difficile de remettre le génie dans la bouteille. Depuis longtemps, nous jouissons de notre anonymat dans l’espace public. Certes la police peut facilement nous retrouver mais cela coûte cher et prend du temps, cela arrive donc rarement. Mais si la police devient libre de nous surveiller via nos téléphones ou les technologies de reconnaissance faciale, les autorités sauront tout de nos vies, jusqu’aux détails les plus intimes. Il faut réglementer de toute urgence afin de préserver notre droit à la vie privée. »

Propos recueillis par Elif Shafak (traduit de l’anglais par Alexandra Schwartzbrod). 

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