Le président chinois Xi Jinping prononce un discours au Palais des Nations, siège européen des Nations Unies à Genève, le 18 janvier 2017.

© 2017 Denis Balibouse/Reuters

(Genève, le 5 septembre 2017) – Le gouvernement chinois devrait mettre fin à ses tentatives d’affaiblir les mécanismes des Nations Unies dédiés au respect des droits humains, a déclaré Human Rights Watch dans un nouveau rapport aujourd'hui. Les agences des Nations Unies devraient s’opposer fermement aux tentatives par la Chine de restreindre l'accès à l’ONU pour les activistes chinois et organisations de défense des droits humains.

« La Chine poursuit un dialogue avec l'ONU au sujet des droits humains, mais souvent dans le but de faire taire les critiques et d’entraver l'accès des activistes qui travaillent sur les questions des droits dans ce pays », a déclaré Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch. « La Chine n'est pas le seul pays à se comporter de façon indésirable à l'ONU, mais son appartenance au Conseil de sécurité, son influence mondiale et sa répression féroce contre la société civile en font un modèle de mauvaise foi qui porte atteinte à l'intégrité du système des droits de l'ONU. »

Le rapport de 96 pages, intitulé The Costs of International Advocacy: China’s Interference in United Nations Human Rights Mechanisms (« Les coûts du plaidoyer international : Ingérence de la Chine dans les mécanismes de droits humains des Nations Unies ») décrit les efforts de la Chine pour harceler les activistes indépendants, surtout les ressortissants chinois. Des représentants chinois ont photographié et filmé des activistes dans les bâtiments de l'ONU en violation des règles des Nations Unies, et ont empêché des activistes chinois de voyager à Genève pour y témoigner devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU. La Chine a également utilisé son adhésion au Comité du Conseil économique et social chargé des organisations non gouvernementales (ONG) pour empêcher les ONG qui critiquent la Chine d'obtenir l'accréditation de l'ONU, et elle a réussi –à placer sur des listes noires les activistes accrédités désireux de participer aux événements de l'ONU.

Le rapport s’appuie en grande partie sur des entretiens menés auprès de 55 personnes – 20 fonctionnaires et experts de l'ONU, 15 diplomates étrangers et 20 représentants de la société civile chinoise – ayant une connaissance directe des interactions de la Chine avec les mécanismes de droits humains de l'ONU.

Les autorités chinoises ont parfois harcelé et intimidé des membres du personnel des Nations Unies, des experts sur les organes conventionnels ainsi que des experts indépendants se penchant sur des questions spécifiques relatives aux droits humains. Un expert a déclaré à Human Rights Watch que « l'ensemble des mécanismes de l'ONU cherche à créer de l'espace pour la société civile alors que les mécanismes [de la Chine] travaillent en sens inverse, en essayant de réduire l'espace pour les ONG. » La Chine limite fortement les visites des experts de l'ONU en Chine, fait pression pour que l'ONU exclue des comités les experts potentiellement critiques et fournit rarement des réponses substantielles aux questions des organismes des Nations Unies chargés des droits humains.

Dans un exemple particulièrement flagrant, les autorités en Chine en 2013 ont détenu l’activiste Cao Shunli après qu’elle ait exhorté Pékin à consulter la société civile chinoise lors de la rédaction de son rapport devant être examiné à l’ONU dans le cadre de l’Examen periodique universel consacré à ce pays, et lorsqu’elle a tenté de se rendre à Genève pour participer à des sessions de formation aux droits humains. En mars 2014, suite au décès de Cao Shunli qui était soit tombée gravement malade lors de sa détention, la délégation chinoise à Genève a pris la mesure extraordinaire de contester et de bloquer une décision du président du Conseil des droits de l'homme permettant un moment de silence demandé par les ONG.

« Le prochain Examen périodique universel de la Chine est prévu pour 2018, mais la mort de Cao Shunli a adressé un message durable et sinistre aux activistes chinois : Participez à vos risques et périls », a déclaré Kenneth Roth.

Les hauts responsables de l'ONU, dont le Secrétaire général, Antonio Guterres, et le Haut-commissaire aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, réaffirment régulièrement l'engagement de l'ONU envers la société civile indépendante, ainsi que leur confiance envers elle s’agissant des informations et des analyses. Dans certains cas, des responsables de l’ONU ont contrecarré ou ignoré les tentatives de la Chine visant à influencer leur travail.

Toutefois, dans d'autres circonstances, par exemple concernant l'accès à l'ONU pour des détracteurs du gouvernement chinois, notamment le Dalaï Lama, chef spirituel en exil du Tibet, et Dolkun Isa, un éminent activiste ouïghour, les responsables de l'ONU ont capitulé sous la pression chinoise, sans doute pour éviter la confrontation avec la Chine.

Une telle tolérance parfois a conduit à mettre en sourdine les préoccupations de l'ONU au sujet du bilan de la Chine en matière de droits humains, a déclaré Human Rights Watch. En janvier 2017, lorsque le président chinois Xi Jinping s’est rendu à Genève pour prononcer un discours au Palais des Nations de l'ONU, les responsables de l'ONU ont pris les mesures très inhabituelles de renvoyer tôt chez eux un grand nombre des quelque 3 000 employés et d’empêcher les organisations non gouvernementales d'assister au discours.

« Le système de l’ONU offre l'un des rares canaux restants pour que les militants de la Chine expriment leurs points de vue et fassent pression pour améliorer le bilan abyssal de Pékin en matière de droits humains », a conclu Kenneth Roth. « À moins que l'ONU et les gouvernements concernés ne mettent fin aux efforts de la Chine pour manipuler ou affaiblir les mécanismes de droits humains de l'ONU, la crédibilité de l'ONU et sa capacité à défendre les droits en Chine et dans le monde entier sont en danger. »

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