À quelques jours du premier tour de la présidentielle, force est de constater que les droits humains, ainsi que des sujets majeurs de politique étrangère, ont le plus grand mal à se faire une place dans la campagne. Certes, les frappes aériennes américaines en Syrie après une attaque chimique meurtrière à Khan Sheikhoun il y a dix jours, ont obligé les candidat.e.s à se positionner sur le sujet. Mais au vu de l’importance des enjeux qu’elles recouvrent, les questions liées aux droits humains et la place qu’elles devraient avoir dans la politique nationale et internationale de la France continuent globalement de faire figure de grands absents de la campagne.

A un moment où les valeurs des droits humains, de la démocratie et de l'Etat de droit subissent les attaques les plus virulentes depuis des décennies dans le monde et en Europe, ce constat est inquiétant. Comment les candidats s'y prendront-ils pour défendre et mettre en œuvre dans leur politique nationale ces principes essentiels pour chaque personne en France ? Comment les défendront-ils sur la scène internationale alors qu’ils sont indispensables à la construction d'un monde plus juste, plus équitable et plus sûr ? 

Ces questions ne sont pas théoriques, encore moins naïves. 

A l’échelle globale, la xénophobie et l'intolérance progressent, semant dans leur sillon la division et la violence. Des gouvernements autoritaires réprimant contre-pouvoirs et société civile s’imposent en Russie, en Chine, en Egypte, aux Philippines et inspirent des dirigeants en Turquie, en Hongrie et ailleurs en Europe. Des attaques odieuses sont délibérément et impunément perpétrées contre les civils en Syrie, au Yémen ou encore au Soudan du Sud, violant les règles élémentaires du droit international et nourrissant le désespoir et l'exil.

Pendant ce temps-là, la Russie provoque de fait la paralysie du Conseil de Sécurité des Nations unies. Et aux États-Unis, Donald Trump fait montre de son hostilité à l’égard des organisations multilatérales. La justice pénale internationale, pour sa part, a plus que jamais besoin de soutien politique et financier pour en finir avec l'impunité dont bénéficient de nombreux auteurs d'atrocités à travers le monde, engendrant un profond sentiment d'injustice chez les victimes.

Les candidats à l'élection présidentielle française ne peuvent faire l'impasse sur ces enjeux majeurs. 

La place de la France au sein de l'Europe, particulièrement à l'heure du Brexit, sa position de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, son histoire aussi, qui l'a vu donner naissance à la déclaration des droits de l'Homme, lui donnent une responsabilité immense, au plan national comme régional et international. La personne qui très bientôt accèdera à la présidence de la République y sera confrontée dès le lendemain de son élection. La France fait également face à des défis majeurs au niveau national comme la question des contrôles d’identité discriminatoires contre des jeunes, les abus commis dans le contexte d’un état d’urgence sans cesse prolongé ou encore le traitement des enfants non-accompagnés demandant l’asile.

Ceux des candidats qui se réclament des valeurs démocratiques et d'une tradition humaniste devraient affirmer sans ambiguïté leur attachement à l'égalité, la tolérance, la justice et la liberté et les mettre au cœur de leur campagne. Au-delà des discours, ils devraient expliquer clairement et précisément aux électeurs de quelle manière elles irrigueront leur politique au plan national et international 

Quant à celles et ceux tentés de mettre opportunément de côté ces principes au nom d'enjeux sécuritaires ou commerciaux et à celles et ceux qui, pire encore, les foulent ostensiblement du pied en jouant des peurs et des frustrations d'une partie de la population contre une autre, ils prennent le risque d'éroder les fondements de l'Etat de droit, d’exacerber les divisions intérieures du pays, ainsi que d’affaiblir le rôle de la France sur la scène internationale.  

Car non seulement les valeurs des droits humains appliquées à tous et à chacun n'empêchent pas la bonne conduite d'une démocratie ni ne gênent son rayonnement mondial, elles en sont au contraire la condition et le fondement.