Une femme afghane avec sa fille de 15 ans polyhandicapée, allongée au sol à l'extérieur du camp de Moria sur l'île grecque de Lesbos. 5 octobre 2015.

© 2015 Human Rights Watch
(New York) – Dans les situations de conflit, de déplacements et de relèvement de crises humanitaires, les personnes handicapées font face à des risques accrus d'abandon, de négligence et d’accès inégal à l’aide alimentaire, aux soins de santé et à d’autres formes d'assistance, ont déclaré aujourd’hui la Christoffel-Blindenmission (CBM), Handicap International, l'Alliance internationale des personnes handicapées, la Commission des femmes pour les réfugiés et Human Rights Watch, à la veille du Sommet humanitaire mondial, qui se tiendra les 23 et 24 mai 2016, à Istanbul.

Les gouvernements, donateurs et organismes d'aide sont submergés par de nombreuses priorités concurrentes en période de conflit et de catastrophe naturelle. Mais ils doivent veiller à ce que les droits et préoccupations des personnes handicapées soient pris en compte dans le cadre de l’aide, notamment en promouvant la Charte pour l'inclusion des personnes handicapées dans l'action humanitaire, qui contient des lignes directrices pour une réponse humanitaire inclusive. Cette Charte a été conjointement préparée par des organisations non gouvernementales et les organismes des Nations Unies dans le cadre d'un processus ouvert et transparent.

« Les dirigeants présents au Sommet humanitaire mondial doivent concrétiser leurs engagements écrits pour que les personnes handicapées, l'un des segments les plus marginalisés de la population, obtiennent l'aide dont elles ont besoin et à laquelle elles ont pleinement droit », a déclaré Vladimir Cuk, Directeur exécutif de l'Alliance internationale des personnes handicapées. « Ces engagements consistent à s’assurer que les personnes handicapées ne soient pas victimes de discriminations et que la planification d'une réponse inclusive aux situations de crise prenne en compte leurs besoins spécifiques ».

Safi, 30 ans, (à droite) est un réfugié syrien d'Alep. Il marche sur l’autoroute M1 dans les environs de Budapest, en Hongrie, en direction de Vienne, en Autriche, étant donné que les autorités hongroises ont refusé aux réfugiés et aux demandeurs d'asile l'accès aux trains à destination de l'Allemagne. 4 septembre 2015.

© Daniel Etter pour Human Rights Watch

Si de nombreuses personnes touchées par les crises ont besoin d'aide, celles qui présentent un handicap sont particulièrement vulnérables, selon ce regroupement d’ONG. Les obstacles physiques ou à la communication, entre autres, aggravent les défis posés par les guerres, les catastrophes naturelles et autres situations de crises qui menacent les populations civiles. Les personnes handicapées ont souvent des difficultés à obtenir de l’aide par manque d’accessibilité ou de langage approprié.

Plus d’un milliard de personnes, soit environ 15 pour cent de la population mondiale, présentent un handicap, et environ 6,7 millions d’entre elles sont contraintes au déplacement en raison de persécutions et d'autres violations des droits de l'homme, des conflits et de violences généralisées. La Commission des femmes pour les réfugiés indique que les femmes et filles handicapées, confrontées à des risques accrus de violences sexuelles, sont souvent exclues des programmes de protection et d’autonomisation destinés aux femmes dans des situations de crises humanitaires. En outre, les enfants handicapés, également menacés d'abandon et de violences en situations d'urgence, voient leurs besoins spécifiques souvent négligés dans le cadre des efforts d'aide.

La Charte répond à ces préoccupations dans cinq domaines clés : veiller à l’absence de discriminations ; garantir l'égalité d'accès aux services humanitaires ; garantir la participation des personnes handicapées et des organisations qui défendent leurs droits à la planification de la réponse ; élaborer des lignes directrices mondiales pour améliorer les stratégies, la collecte des données et le suivi de l'inclusion; et encourager une collaboration plus étroite entre acteurs humanitaires et partenaires locaux.

Ambroise, un jeune homme paralysé des deux jambes depuis l’âge de 14 ans, dans le camp de M’Poko, lieu de refuge pour des milliers de personnes déplacées par le conflit en République centrafricaine, dans la banlieue de Bangui.

© 2015 Marcus Bleasdale/VII pour HRW

Plus de 160 pays ont ratifié la Convention des Nations Unies relatives aux droits des personnes handicapées. Outre des droits à l'accessibilité, aux soins de santé et à l'éducation, ce traité contient une disposition spécifique appelant les gouvernements à assurer la sécurité et la protection des personnes handicapées dans les situations de crises et d'urgence humanitaire.

« Alors que tant de conflits et de catastrophes se disputent les attentions de la communauté humanitaire, les défis auxquels font face des millions de personnes handicapées continuent d'être invisibles », a déclaré Vladimir Cuk. « Les gouvernements, les organismes des Nations Unies et les organisations œuvrant à répondre aux urgences humanitaires devraient s’assurer que les personnes handicapées ne soient plus négligées ».