Scène de dévastation dans une rue d’Alep, en Syrie, le 7 mars 2014, suite à l’explosion de « bombes-barils » larguées, selon des militants locaux, par les forces du président Bachar al-Assad.

© 2014 Reuters

(New York, le 24 mars 2014) – L’analyse de nouvelles images satellite et de vidéos, ainsi que des récits de témoins oculaires, révèlent le caractère aveugle de la campagne aérienne de grande envergure menée par le gouvernement syrien depuis novembre 2013 contre des quartiers d’Alep tenus par l’opposition, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Les attaques dans des zones à forte densité de population à Alep et dans sa campagne environnante continuent malgré la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, en date du 22 février 2014, exigeant que toutes les parties mettent immédiatement fin à « l'emploi indiscriminé d'armes dans des zones peuplées, tels que les tirs d'obus et les bombardements aériens, tels que l'emploi de barils d'explosifs ».

Les attaques aériennes sur Alep et ses zones rurales ont tué et blessé de nombreux civils et ont entraîné un déplacement massif d’habitants. Selon les estimations d’un groupe local, les attaques menées entre le 1er novembre 2013 et le 21 mars 2014 dans le gouvernorat d’Alep ont tué 2 321 civils.

« De nouvelles images satellite et des témoignages montrent l’ampleur de la destruction dans plusieurs quartiers d’Alep », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Le largage de bombes-barils sur des quartiers résidentiels a eu le résultat escompté : des centaines de civils sont morts et des milliers ont dû fuir leurs maisons. Si ces armes aveugles maniées de façon rudimentaire parvenaient à atteindre une cible militaire, cela serait uniquement par le plus grand hasard. »

En analysant des images satellitaires, Human Rights Watch a identifié au moins 340 sites distincts dans des quartiers d’Alep tenus par l’opposition, endommagés entre début novembre 2013 et le 20 février 2014, date de l’image la plus récente analysée.La majorité de ces sites identifiés porte des marques de destruction qui correspondent selon toute probabilité à l’explosion de « bombes-barils ». Il s’agit de bombes non guidées hautement explosives, fabriquées localement, à peu de frais et constituées généralement de gros barils d’huile, de cylindres à gaz ou de réservoirs d’eau qui ont été vidés de leurs contenus et remplis de puissants explosifs ainsi que de ferraille afin de renforcer l’effet de fragmentation, et ensuite larguées par des hélicoptères.

 

Carte des 340 principaux sites d'attaques menées à Alep entre le 1er novembre 2013 et le 20 février 2014.

Les sites endommagés sont largement répartis à travers presque tous les quartiers contrôlés par l’opposition ; on note également une majorité de bombes tombées dans des zones résidentielles à forte densité de population loin de la ligne de front. Dans la plupart des cas où Human Rights Watch a pu discuter avec des témoins, ces derniers ont indiqué qu’il n’y avait pas de cibles militaires à proximité, ce qui souligne la nature aveugle de ces attaques.

A la mi-mars - après que le Conseil de sécurité ait appelé à cesser les bombardements au moyen de barils d’explosifs – des réfugiés récemment arrivés en Turquie et d’autres populations déplacées à l’intérieur de la Syrie, ont décrit à Human Rights Watch des attaques aériennes aveugles récurrentes et quasi-quotidiennes dans des zones résidentielles et commerciales d’Alep, le plus souvent en utilisant des bombes-barils. Ces sources ont également souligné l’absence de cible militaire concevable à proximité des bombardements. Les résidents ont décrit avec constance avoir vu des hélicoptères en train de larguer sur eux des bombes-barils, le bruit caractéristique de ces bombes en train de tomber, mais aussi les bombes non-explosées et les restes de ce qui fut sans aucun doute des \ engins de ce type.

Une telle attaque menée le 19 décembre 2013 dans la ville de Hraytan, au nord-ouest d’Alep, a décapité Noura al-Abdu, 13 ans, et gravement blessé sa sœur de 9 ans. Celle-ci a indiqué à Human Rights Watch qu’elle était en train de descendre l’escalier de son bâtiment quand la bombe est tombée, arrachant sa jambe au-dessus du genou et tuant sa sœur. « Nous avons entendu l’hélicoptère, mais je n’ai pas eu le temps [de me cacher] », a-t-elle rapporté. « Le baril est tombé, il a tué Noura et arraché mes jambes. »

L’emploi répété des bombes-barils et d’autres bombes hautement explosives non guidées dans des zones résidentielles et densément peuplées montre que ce ne sont pas des incidents isolés, mais qu’il s’agit au contraire d’une stratégie d’attaques délibérées sur ces zones. Ainsi, une image satellitaire montre plus de 30 sites probablement endommagés par des attaques aériennes dans les quartiers résidentiels de Masaken Hanano et de Jouret Awad, dans la ville d’Alep. Ces frappes aériennes ont entraîné la destruction de plus de 100 bâtiments. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de s’entretenir avec des témoins de Jouret Awad, mais deux témoins de Masaken Hanano ont indiqué que si des casernes utilisées par l’opposition étaient présentes dans le quartier, ni ces casernes ni aucune autre cible militaire ne se trouvait à proximité des zones visées par des bombes-barils.

D’après le Centre de documentation des violations ( Violations Documentation Center, VDC), basé en Syrie, il y a eu plus de 266 attaques aériennes sur Alep et ses zones rurales entre le 1er novembre 2013 et le 31 janvier 2014, ayant entraîné la mort d’au moins 1 380 civils, dont 441 enfants, 78 femmes et 14 combattants. D’après les entretiens avec les médecins et les hôpitaux, le centre VDC estime que plus de 20 000 personnes ont été blessées suite à ces attaques. L’organisation a signalé 2 321 victimes des attaques aériennes dans la même zone entre le 1er novembre 2013 et le 21 mars 2014. Le Réseau syrien des droits de l’homme (Syrian Network for Human Rights, SNHR), un autre groupe local, a rapporté que les attaques aériennes menées par le gouvernement sur la ville d’Alep et les zones rurales environnantes ont tué 2 426 personnes dont 2 401 civils entre le 1er novembre 2013 et le 24 février 2014.

La campagne aérienne a également déplacé une grande partie des populations civiles habitant les zones d’Alep tenues par l’opposition. Un coordinateur humanitaire syrien, basé dans la ville frontalière turque de Kilis et qui enregistre les réfugiés vivant dans les zones urbaines, a indiqué à Human Rights Watch à la mi-mars qu’entre 5 000 à 6 000 familles d’Alep ont cherché refuge à Kilis depuis que l’offensive aérienne gouvernementale s’est intensifiée en novembre 2013.

Dans la résolution adoptée à l’unanimité le 22 février dernier, le Conseil de sécurité de l’ONU a exigé que toutes les parties « mettent immédiatement fin à toutes attaques contre les civils », mentionnant explicitement l’arrêt de« l'emploi indiscriminé d'armes dans les zones peuplées, y compris les tirs d'obus et les bombardements aériens, tels que l'emploi de barils d'explosifs ». Le Conseil de sécurité a également explicitement exprimé son intention de « prendre des mesures supplémentaires en cas de non-respect de cette résolution ».

Les dirigeants militaires ne devraient pas, par principe, ordonner l’utilisation d’armes explosives à grande échelle dans des régions densément peuplées, en raison des dommages prévisibles envers la population civile, a déclaré Human Rights Watch. En utilisant les barils d’explosifs dans de telles zones, les forces du gouvernement syrien ont utilisé des moyens et des méthodes de guerre qui ne pourraient pas faire la distinction entre les civils et les combattants, rendant ainsi ces attaques indiscriminées et donc illégales.

Puisque la Syrie continue une guerre aérienne indiscriminée contre des quartiers civils, le Conseil de sécurité devrait imposer un embargo sur les armes au gouvernement syrien, ainsi qu’à tout groupe impliqué dans des abus à l’égard des droits humains, à grande échelle ou menés de manière systématique a déclaré Human Rights Watch. La Cour pénale internationale devrait également être saisie. Un embargo sur les armes limiterait les possibilités pour le gouvernement syrien de mener de nouvelles attaques aériennes, en particulier en empêchant à la Syrie de se procurer de nouveaux hélicoptères ou de procéder à d’éventuelles réparations de ses appareils dans d’autres pays.

Par ailleurs, à la lumière des preuves accablantes indiquant que l’armée et les forces de sécurité syriennes sont responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité qui perdurent à l’encontre du peuple syrien, les entreprises et les personnes qui continuent à fournir des armes, des munitions ou du matériel létal à la Syrie ou aux forces d’opposition impliquées dans des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité, sont susceptibles d’être considérés comme complices de ces crimes, a prévenu Human Rights Watch.

En vertu du droit international, fournir aux forces ou groupes armés en Syrie des armes qui sont susceptibles d’être utilisées pour commettre des crimes contre l’humanité pourrait revenir à contribuer à commettre ces crimes. N’importe quel fournisseur d’armes pourrait voir sa responsabilité pénale engagée et faire l’objet d’une poursuite judiciaire en tant que complice de ces crimes, a déclaré Human Rights Watch.

« Depuis trois ans, le gouvernement syrien s’attaque ouvertement aux populations civiles en ne subissant quasiment aucune conséquence, » a conclu Sarah Leah Whitson. « Le Conseil de sécurité de l’ONU devrait réagir face à ce non-respect de sa résolution, y compris en imposant un embargo sur les armes, afin de démontrer qu’il y aura des sanctions pour ces violations des droits humains à grande échelle. »

 
Informations détaillées

Analyse d’images satellite et de vidéos

L’analyse de quatre images satellites de la ville enregistrées entre le 31 octobre 2013 et le 20 février 2014 a permis à Human Rights Watch d’identifier au moins 340 sites distincts endommagés durant cette période ? dans les quartiers d’Alep tenus par l’opposition. La plus importante concentration parmi ces sites endommagés se trouve dans les quartiers d’al-Marjet, de Jouret Awwad, d’al-Myassar, de Helwaniye/Tariq al-Bab, de Salheen, d’al-Sakhour, d’al-Heidariyya, de Dahret Awwad, et de Masaken Hanano.

Aussi bien l’intensité que les lieux des destructions divergent des dommages subis par Alep avant cette offensive gouvernementale. Environ 300 sites endommagés avaient été identifiés sur des images satellites antérieures, enregistrées entre mi-2012 et le 31 octobre 2013 ; un nombre dépassé cette fois-ci en moins de quatre mois. Le profil-type des sites endommagés a également changé. Les sites précédents étaient davantage concentrés dans certains quartiers et situés à proximité des zones disputées, tandis que les sites plus récents révèlent une destruction à grande échelle de quartiers qui étaient relativement intacts et qui sont localisés plus loin du conflit actif.

Si certains des sites endommagés identifiés par les images satellites l’ont probablement été suite à l’utilisation d’autres armes explosives, tels qu’un bombardement prolongé d’artillerie ou une poignée d’attaques visiblement menées à l’aide de munitions guidées, une très large majorité de ces 340 sites présente les marques de dommages fortement assimilable à la détonation de bombes explosives non guidées à forte puissance.

Les bombes-barils et d'autres bombes non guidées fortement explosives ont tendance à créer des zones de bâtiments détruits plus larges que celles que l’on constate généralement lors des autres types de frappes aériennes et tirs d’artillerie, dans lesquels on peut observer des cratères d’explosion peu profonds, de forme irrégulière et aux « bords dentelés ».

Veuillez déplacer le curseur pourcomparer les images avant et après les attaques.

 

 

Human Rights Watch a également déterminé, grâce à l’analyse d’images vidéo diffusées sur YouTube et d’images satellites, ainsi qu’au recueil de divers témoignages, qu’un petit nombre de sites endommagés identifiés à proximité des positions de la ligne de front depuis le début de l’offensive gouvernementale, peuvent probablement être attribués aux forces d’opposition. Dans un cas documenté, les forces de l’opposition ont construit des tunnels sous les positions tenues par le gouvernement près de la citadelle et ont fait exploser deux grandes charges explosives, détruisant plusieurs bâtiments et endommageant probablement l’ancienne citadelle entre le 2 et le 20 février 2014.

Les bombes-barils ont causé beaucoup, sinon la plupart, des dommages que la campagne aérienne syrienne a infligé aux quartiers résidentiels d’Alep, a conclu Human Rights Watch, en se basant sur l’examen des images satellites, des séquences vidéo et des témoignages de témoins.

Human Rights Watch a visionné plus de 70 séquences vidéo diffusées sur YouTube pendant cette période, afin de vérifier l’emploi de bombes-barils par les forces gouvernementales, d’évaluer l’ampleur des dommages et d’établir la présence des civils au moment des attaques.

Lorsque cela était possible, les lieux où les vidéos ont été enregistrées ainsi que les sites impactés visibles sur les vidéos ont été déterminés en faisant coïncider les points de repère habituels avec les images satellites.

De nombreuses images vidéo analysées montrent clairement les hélicoptères du gouvernement en train de larguer une ou plusieurs bombes-barils sur des quartiers résidentiels d’Alep ; ces bombes se distinguent par leur grande taille et un mouvement généralement instable lors de la chute libre. Les bombes-barils sont également reconnaissables parce qu’elles sont souvent poussées ou larguées depuis la rampe arrière de l’hélicoptère. Human Rights Watch a également visionné les vidéos de bombes-barils non-explosées retrouvées au sol.

Dans un cas, une vidéo mise en ligne sur YouTube le 2 février 2014, montre un hélicoptère gouvernemental multifonction Mi-8/Mi-17 « Hip » en train de larguer trois bombes-barils sur le quartier de Tariq al-Bab pendant une période de 10 minutes. Human Rights Watch a identifié à la fois la position exacte de l’enregistrement de cette vidéo et l’emplacement du premier site impacté montré dans cette vidéeo, en la recoupant avec les points de repères habituels sur les images satellite. Une deuxième vidéo de la suite de cette première attaque, publiée sur YouTube le même jour, montre la destruction d’au moins trois bâtiments, ainsi qu’une grande présence de civils au moment de l’attaque. En se basant sur les images satellites, Human Rights Watch a déterminé que cet incident s’est déroulé entre le 31 janvier et le 2 février.

Une image satellite (en haut) montre la destruction causée par le largage d’une « bombe-baril » par un hélicoptère de l’armée de l’air syrienne, visible dans des captures d’écran de vidéos (en bas).   PDF haute-résolution

Témoignages d’habitants

Human Rights Watch a également interrogé 30 habitants d’Alep, la plupart après qu’ils aient fui la ville, au sujet des attaques aériennes entre décembre 2013 et mars 2014. Leurs témoignages ont été corroborés à chaque fois que cela fut possible, en analysant les vidéos et les photographies publiées sur internet. Toutes les personnes interrogées ont décrit des hélicoptères en vol stationnaire au-dessus de leurs quartiers en train de larguer des bombes-barils. 

A une exception près, les témoins indiquent qu’il n’y avait pas de cibles militaires à proximité au moment des attaques à base de bombes-barils. Un témoin de Masaken Hanano a indiqué à Human Rights Watch que des combattants de groupes armés de l’opposition étaient en train de dormir dans des bâtiments résidentiels du quartier au moment de l’attaque, mais qu’ils ne se trouvaient pas à proximité du site attaqué et n’ont pas été touché.

Attaques menées depuis l’adoption de la résolution de l’ONU du 22 février

Hraytan

Selon divers témoignages recueillis par Human Rights Watch, une bombe-baril a touché, le 23 février, une enceinte familiale située à environ 100 mètres de la place publique de Hraytan, entraînant la mort de trois civils, dont un enfant, et blessant deux personnes supplémentaires. Human Rights Watch s’est entretenu avec plusieurs membres de la famille Masri, dont la maison a été touchée, et qui ont expliqué que Hassan Mahmoud Masri, âgé d’environ 70 ans, a été tué lors de l’attaque, avec son petit fils de cinq ans et son voisin Fouad Ali Belkesh. Le Centre de documentation des violations a identifié Hassan Masri, Ghaith Masri, un enfant, et Belkesh comme ayant été tués par des attaques de bombes-barils à Hraytan le 23 février.

D’après les membres de la famille, l’attaque a également blessé deux filles adultes de Masri, l’une d’entre elles ayant perdu son bras droit. Human Rights Watch a visionné une vidéo des suites de l’attaque, peu après que celle-ci se soit produite, en présence d’un membre de la famille qui a identifié les victimes. Ce membre de la famille a également expliqué qu’il n’y avait pas de positions militaires à proximité de la maison ou de la place de la ville, qu’il a décrite comme une zone commerciale active.

Quartier d’Anzarat

Selon des témoins, lors des derniers jours de février, deux bombes-barils sont tombées sur un bâtiment résidentiel du quartier d’Anzarat à environ 11h du matin. « Wajih » (les noms entre guillemets ont été changés afin de protéger l’identité des témoins), un des résidents du bâtiment, a fui Azaz dont il est originaire afin d’échapper aux bombardements gouvernementaux. Il a rapporté à Human Rights Watch que l’attaque a eu lieu alors que lui-même, sa femme et cinq enfants, le plus jeune âgé de 20 jours seulement, étaient à la maison. Il a dit que sa femme, son père et son frère ont été tous blessés pendant l’attaque, ainsi qu’une autre femme qui a perdu un bras et un œil. Il a également rapporté avoir vu deux personnes tuées lors de l’attaque : un homme qui habitait le bâtiment et une femme de 45 ans.

« Le baril a détruit notre bâtiment », a indiqué ce témoin. « Mon plus jeune était presque mort pendant 30 minutes mais ils l’ont ranimé. Ma femme a été blessée sur sa bouche, sa main droite, et ses hanches à cause des éclats. Le baril est tombé a seulement 15 mètres devant la maison et la maison s’est écroulée… Nous sommes partis le jour-même, comme la plupart des autres gens. »

 « Wajih » a ajouté que la ligne de front la plus proche était située à 4 kilomètres de là, et que leur maison se trouvait dans un quartier résidentiel avec des écoles et des mosquées, dépourvu de sites militaires, postes de contrôle ou combattants.

Rond-point de Haidariyeh

Les forces aériennes syriennes ont attaqué plusieurs fois le rond-point de Haidariyeh, une intersection clé sur une des routes principales reliant la ville Alep, contrôlée par l’opposition et les zones rurales. Les résidents ont indiqué à Human Rights Watch que le rond-point est aussi un lieu de rassemblement pour les bus qui desservent la campagne et qu’il est donc généralement très fréquenté par les civils. Human Rights Watch a déjà rapporté des attaques sur Haidariyeh, y compris celles des 15 et 16 décembre. Trois témoins ont également dit à Human Rights Watch que le rond-point a été attaqué plus récemment.

Le 17 mars, deux résidents ont indiqué à Human Rights Watch que le rond-point a été attaqué 20 jours plus tôt. « Samer », un des résidents, a déclaré que trois bombes-barils sont tombées sur le rond-point l’une après l’autre, tuant les civils qui se trouvaient là dans les taxis et les microbus. Un deuxième témoin, « Nidal », parlant de la même attaque, a dit qu’au moment où il était en train de quitter Alep pour la campagne, les barils ont frappés le rond-point, touchant les microbus stationnés-là. « Une Suzuki pleine de personnes déplacées a été touché sur le rond-point de Haidariyehet d’autres microbus ont aussi été touchés par la bombe-baril. Treize personnes de la même famille sont mortes », a-t-il précisé.

Wajih a aussi dit à Human Rights Watch que le 13 mars, alors qu’il était en train de rentrer à Alep, le rond-point a été à nouveau touché par deux bombes-barils au niveau du point de rassemblement des bus de Haidariyeh, là où étaient garés des voitures et des microbus. Il n’a pas pu donner une estimation du nombre de victimes, mais il a dit qu’un grand nombre d’habitants qui étaient situés dans les voitures touchées ont été tués.

Anadan

Lors d’une attaque aérienne qui s’est déroulée le soir du 12 mars, deux bombes sont tombées sur l’est d’Adnan, une ville au nord-ouest d’Alep, tuant des membres de la famille al-Ateek. Un témoin d’Anadan qui a vu les premiers intervenants amener les blessés à l’hôpital et collecter les corps, a indiqué à Human Rights Watch que les cinq membres de la famille d’Ahmed Al-Ateek ont été tués lors d’une attaque aérienne par des bombes-barils qui sont tombées sur leur maison et qu’environ 30 d’autres personnes ont été blessées lors de ces attaques. Le témoin a décrit la zone comme résidentielle et a dit à Human Rights Watch que les groupes armés n’étaient pas présents dans les environs. Le Centre de Documentation des Violations a identifié les quatre membres de la famille al-Ateek qui ont été tués le 12 mars à Anadan lors de l’attaque aérienne: Hassan al-Ateek, Zalegat al-Ateek, et deux enfants, Khadija Mohammed al-Ateek et Imad Mohammed al-Ateek.

 

Carte montrant 17 sites visés selon toute probabilité par des frappes aériennes au moyen de bombes-barils, un quartier résidentiel de Masaken Hanano (Syrie), menées avec une exception en février 2014.

Précédentes attaques à base de bombes-barils

Hryatan

Le 19 décembre un hélicoptère gouvernemental syrien a lancé au moins deux bombes, décrites par les témoins comme des bombes-barils, dans la ville de Hryatan au nord-ouest du centre d’Alep. La seconde de ces bombes a décapité Noura Al Abdu, 13 ans et blessé une deuxième fille, « Wafa » âgée de 9 ans. « J’étais au marché lorsque l’attaque s’est déroulée » a indique la mère de Wafa à Human Rights Watch. « J’ai été informée 10 minutes après l’explosion. Les gens étaient en train de discuter et disaient qu’un baril était tombe juste dans notre rue… Le temps que je revienne à la maison, les gens l’avaient déjà emmenée [à l’hôpital]. »

Wafa a expliqué qu’elle descendait les escaliers dans son immeuble lorsque la bombe est tombée, arrachant sa jambe au-dessus de son genou et tuant son frère. « Nous avons entendu l’hélicoptère, mais je n’ai pas eu le temps [de me cacher]», a-t-elle dit. « Le baril est tombé, il a tué Noura et arraché mes jambes. »

La mère de Wafa a expliqué que l’une des jambes de sa fille avait été arrachée lors de l’attaque, tandis que l’autre jambe, gravement mutilée, avait dû être amputée par la suite dans un hôpital en Turquie. Elle a ajouté qu’il était clair qu’une bombe-baril avait causé ces blessures, car un membre de sa famille avait aperçu le largage de cette bombe par un hélicoptère.  

Elle a précisé qu’il n’y avait pas de positions militaires appartenant à l’opposition armée dans leur ville mais seulement une station de police tenue par l’opposition, néanmoins cettedernière était éloignée d’un kilomètre. Bien qu’il s’agisse de la première bombe-baril à tomber sur le quartier, la mère de Wafa a expliqué que ce n’était pas la première fois que ce quartier résidentiel avait été bombardé.

Human Rights Watch a également visionné cinq vidéos tournées peu après l’attaque. Dans une de ces vidéos, on peut voir une fille, identifiée comme Noura par le vidéaste, portée par un homme.

Tariq al Bab

Lors d’une attaque menée le 28 décembre, un témoin civil qui a vu un hélicoptère dans le ciel et ensuite la destruction causée par le bombardement, a dit à Human Rights Watch que des bombes-barils avaient frappé la zone ouest du marché de légumes du quartier de Tariq al Bab entre midi et 15 heures. « Ils bombardent des zones de ce type dans lesquelles les gens rassemblent, afin qu’ils partent », a-t-il ajouté. « Il n’y a pas de positions militaires [tenues par l’opposition armée] ici. »

Selon ce témoin, la cible militaire la plus proche se trouvait à environ cinq kilomètres. Le témoin a indiqué qu’il pensait qu’une douzaine de personnes fréquentant le marché a été tué dans l’attaque. Le Réseau syrien pour les droits humains a identifié 36 personnes, dont 7 enfants, tués par les bombes-barils sur le marché de légumes de Tariq al Bab le 28 décembre. Le Centre de documentation des violations a identifié quant à lui 20 victimes, dont 4 enfants.

Quartier de Masaken Hanano

Human Rights Watch a identifié un total de 35 sites touchés dans le quartier de Masaken Hananoau nord-est d’Alep, entre le début novembre 2013 et le 20 février 2014. La majorité de ces attaques s’est déroulée entre le 6 et le 20 février. La plupart des sites présentent des marques de dommages caractéristiques des bombes-barils, mais également des bombes conventionnelles lancées par des hélicoptères. Les lieux touchés sont pratiquement tous situés dans des quartiers résidentiels de forte densité. En plus des 35 sites principaux recensés, de nombreux cratères résultant de bombardements à l’artillerie lourde ont également été identifiés, ce qui indique que le quartier a été vise à la fois par les forces gouvernementales au sol et aériennes.

Human Rights Watch a parlé à deux témoins de Masaken Hanano qui ont décrit deux attaques distinctes, utilisant des bombes-barils, survenues en février dans le quartier et au cours desquelles des civils ont été tués ou blessés.

« Bassel », un journaliste militant deMasaken Hanano, a expliqué à Human Rights Watch avoir documenté le 6 février un bombardement à base de bombes-barils sur la partie est du quartier. Avant l’attaque, il observait un hélicoptère en vol stationnaire au-dessus du quartier, lorsqu’il a reçu un appel d’un ami l’informant que l’hélicoptère venait de jeter là-bas une bombe-baril. Il ajoute qu’en arrivant sur place environ 20 minutes après l’explosion de la bombe-baril, il a dénombré 14 civils tués, dont quatre femmes et deux enfants, deux immeubles détruits et plusieurs autres endommagés, ainsi que six véhicules détruits. Bassel a identifié 11 victimes par leurs noms : Abdul Kader Tabakh, Mohammed Rihawe, Abd al-Mohsen al-Hamawi, Mohamed Mahmoud Tedabli (16 ans), Ahmad Ramadan al-Sharif, Bushra Abdulkader Tabakh, Shahla Abdulkader Tabakh, Hiba Abdulkader Tabakh, `Ala’ Tabakh, Ameen Abdulkader Tabakh (6 ans) et Sama al-Hassan (6 ans).

« Un homme tenait dans ses bras un enfant mort qui semblait avoir environ cinq ans »,  a-t-il déclaré à Human Rights Watch. D’autres étaient blessés : « Les blessures que j’ai vues étaient principalement des jambes et des mains arrachées et des blessures causées par des éclats de bombes. » Il a précisé : « Je ne me rappelle pas le nombre de blessés mais j’en ai vu au moins 20. » Bassel a également déclaré  à Human Rights Watch qu’une seconde bombe-baril a été larguée sur le nord du quartier le même jour, mais qu’il n’a pas pu documenter cette attaque. Il a enfin souligné qu’il n’y avait pas d’opposition armée présente à ce moment-là, pas plus qu’il n’y avait de combattants, de points de contrôle ou de base militaire et que le front se trouvait à 10 kilomètres de là.

« Mansour », un journaliste militant du quartier a dit à Human Rights Watch que le 10 février à environ 8:30 du matin, un hélicoptère a jeté quatre bombes-barils dans le sud du quartier, près du cimetière de al-Ahmadiya. Il a indiqué qu’il se trouvait à quelques mètres de l’endroit où l’une des bombes a été jetée sur une rue résidentielle et qu’il a vu un homme et une femme blessés par cette bombe. Mansour a dit à Human Rights Watch que s’il y avait des casernes de l’opposition à Masaken Hanano, la ligne de front se trouvait cinq kilomètres plus loin, près de la base gouvernementale syrienne de la 80e brigade.

Quartier de Nayrib

A la mi-février, à environ 5:30 pm, une bombe que les témoins ont decrit comme une bombe-baril, a frappé une maison à un étage dans le quartier de Nayrib, tuant une mère et ses trois enfants et blessant un quatrième. Les témoins interviewés par Human Rights Watch étaient incapables de se rappeler la date exacte. Le père des enfants a dit à Human Rights Watch que sa femme Diyah Wawee, Hasan (18 mois), Abdelkarim (3 ans) et Ahmed (10 ans), ont été tués dans l’attaque et que son quatrième fils a été blessé. Il a également indiqué à Human Rights Watch que la même bombe a tué Mohammed, le fils de son frère âgé de 10 ans, sa sœur Fatima de 2 ans ainsi qu’un troisième enfant Mohammed al-Ali Wawee. Il a précisé que la bombe a détruit leurs maisons qui se trouvaient dans un quartier résidentiel dans lequel aucune cible militaire n’était présente.

Camp palestinien de Hendarat à Alep

Human Rights Watch a parlé a quatre hommes du camp de refugies palestiniens de Hendarat situé au nord est d’Alep, lesquels ont déclaré avoir fui la zone avec leurs familles à cause des bombardements gouvernementaux sur le camp à base de bombes-barils.

Selon les hommes, les quartiers avoisinants ont été les premiers à être attaqués avec des bombes-barils, avant que le camp lui-même soit bombardé le 21 février. A la suite de ce bombardement, plus de 200 résidents du camp ont décidé de fuir en Turquie. Un homme, « Omar » a dit à Human Rights Watch qu’il s’agissait du troisième déplacement de masse du camp à cause de la guerre et que pratiquement aucun des 7 000- 8 000 personnes qui se trouvaient à l’origine dans ce camp ne s’y trouvait encore.

Un second résident, « Bassam », a déclaré à Human Rights Watch que trois bombes-barils se sont abattues sur une partie du camp le 21 février (la section Mashrou), a environ 11.20 du matin, avant la prière du vendredi. Il a déclaré que l’une de ces frappes a tué une fille et sa mère alors qu’elles marchaient à proximité de la citerne à eau du quartier.

Omar et deux autres résidents ont également parlé à Human Rights Watch de l’attaque du 21 février. Aucun des résidents ne connaissait les noms des femmes et de la fille, tuées ce jour-là ; ils pensaient qu’il s’agissait probablement de syriens qui se sont déplacés pour échapper aux attaques gouvernementales dans d’autres zones du gouvernorat d’Alep.

Les résidents ont également indiqué à Human Rights Watch qu’il n’y avait pas de positions militaires à l’intérieur du camp, décrivant ce dernier comme une zone résidentielle loin des zones de front. Le camp, ont-ils précisé à Human Rights Watch, est administré par un conseil islamique [Sharia] d’opposition local, que les résidents ont décrit comme civil. Ce conseil islamique ne se trouvait pas dans la section Mashrou du camp qui a été touchée.