Site d'une frappe menée le 29 août 2012 par un drone américain à proximité du village de Khashamir, dans l’est du Yémen. Cette frappe a tué trois membres présumés d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQAP), mais aussi un policier et un dignitaire religieux qui avait prêché contre les actions de ce groupe armé.

© 2012 Reuters

(Washington, le 22 octobre 2013) - Des frappes aériennes ciblées menées par les États-Unis contre des terroristes présumés au Yémen ont tué des civils en violation du droit international, selon un rapport de Human Rights Watch publié aujourd'hui. Ces frappes, souvent à l'aide de drones armés, suscitent en outre auprès des habitants des réactions de colère qui sapent les efforts entrepris par les États-Unis contre le groupe armé Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQAP).

Le rapport de 102 pages, intitulé « ‘Between a Drone and Al-Qaeda’: The Civilian Cost of US Targeted Killings in Yemen » (« Situés entre un drone et Al-Qaïda : Pertes civiles liées aux assassinats ciblés menés par les États-Unis au Yémen ») examine six opérations menées par les États-Unis au Yémen, l'une en 2009 et les cinq autres en 2012-2013.

Ce rapport a été rendu public lors d’une conférence de presse menée conjointement avec Amnesty International, qui a publié son propre rapport sur des frappes de drones américains au Pakistan.

« Le gouvernement américain affirme qu'il prend toutes les précautions possibles dans le cadre des assassinats ciblés, mais ces frappes ont néanmoins tué illégalement des civils au Yémen et endommagé des bâtiments dont on peut douter qu’il s’agissait de cibles militaires légitimes », a déclaré Letta Tayler, chercheuse senior sur les questions liées à la lutte antiterroriste à Human Rights Watch et auteur du rapport.

Lors d’une mission  menée au Yémen au cours de six semaines en 2012 et 2013, les chercheurs de Human Rights Watch ont interrogé plus de 90 personnes, y compris des témoins des frappes aériennes, des proches des victimes, des avocats, des défenseurs des droits humains, ainsi que des responsables gouvernementaux. Human Rights Watch a examiné divers éléments de preuves, y compris des fragments de munitions retrouves sur les sites de certaines attaques, ainsi que des vidéos..

Les six frappes étudiées par Human Rights Watch ont tué 82 personnes, dont au moins 57 civils. Selon Human Rights Watch, ces frappes n’ont pas respecté les lignes directrices relatives aux assassinats ciblés dévoilées par le président américain Barack Obama en mai 2013. Le président Obama avait alors déclaré que les Etats-Unis ne mènent ce type d’opération que contre des individus qui constituent une « menace imminente pour le peuple américain » et dont la capture est jugée impossible, et que lorsqu’il existe une « quasi-certitude qu'aucun civil ne sera tué ou blessé ».

Human Rights Watch et Amnesty International ont conjointement appelé ​​le Congrès américain à enquêter sur les cas documentés par les deux organisations ainsi que sur d'autres frappes potentiellement illégales, et à divulguer publiquement toute preuve éventuelle de violations de droits humains. Les responsables d'homicides illégaux devraient faire l’objet de sanctions ou de poursuites judiciaires appropriées.

Human Rights Watch a par ailleurs appelé l’administration Obama à rendre public, de manière détaillée, son interprétation des bases juridiques justifiant des assassinats ciblés au Yémen et ailleurs.

Pour lire le communiqué intégral en anglais, veuillez cliquer ici.

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Reportage de Human Rights Watch :

(Euronews) Réaction de l'administration Obama - Letta Tayler @ 0:53