Un soldat thaïlandais joue avec des élèves de l’école primaire Ban Pakaluesong dans la province de Pattani, en Thaïlande, en 2010. Une grand-mère interrogée par Human Rights Watch a expliqué que sa famille avait fini par retirer six enfants de cette école « parce que mes petits-enfants avaient peur des soldats ».

© 2010 David Hogsholt/Reportage by Getty Images

(New York) – Les gouvernements devraient approuver la nouvelle Déclaration sur la sécurité dans les écoles lors du débat du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les enfants et les conflits armés qui se tiendra le 18 juin 2015, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Human Rights Watch a diffusé une courte vidéo sur la protection des écoles pendant les conflits armés où l'on voit Ziauddin Yousafzai, conseiller spécial des Nations Unies sur l'éducation mondiale et père de Malala Yousafzai, militante en faveur de l'éducation et lauréate du prix Nobel de la paix.

« Des centaines de milliers d'enfants partout dans le monde voient leurs écoles attaquées ou devenir le théâtre des forces combattantes pour faire la guerre », a déclaré Zama Coursen-Neff, directrice de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « La Déclaration pour des écoles sûres offre un moyen concret aux pays de s'engager en faveur de la protection de l'éducation des enfants, y compris lors des conflits armés. »

Actuellement, 38 pays ont souscrit à la Déclaration sur la sécurité dans les écoles rendue publique à Oslo, Norvège, le 29 mai. Les signataires approuvent sans réserve les nouvelles Lignes directrices pour la protection des écoles et des universités contre l’utilisation militaire durant les conflits armés (version anglaise) qui appellent les parties à des conflits armés à éviter d'utiliser les infrastructures scolaires ou d'en faire des cibles d'attaque. Cette Déclaration est le résultat d'un processus lancé en 2012 par la Coalition mondiale pour la protection de l'éducation contre les attaques (Global Coalition to Protect Education from Attack), menée par les gouvernements de la Norvège et de l'Argentine depuis 2014. Tout pays peut adhérer à la Déclaration  sur la sécurité dans les écoles en l’indiquant publiquement et par écrit au ministre des Affaires étrangères norvégien.

Des écoles et des universités ont été utilisées à des fins militaires par des forces gouvernementales et des groupes armés non étatiques dans au moins 26 pays depuis 2005, soit la majorité des pays où un conflit armé a lieu. Les écoles ont servi de bases, de casernes, de centres de détention, de dépôts d'armes et de postes de tireurs embusqués. Cette pratique met en danger les étudiants et les professeurs en faisant de leurs écoles des cibles pour les attaques ennemies. Des étudiants et des professeurs ont été blessés et tués lors de telles attaques.

Cette pratique expose également les étudiants à la violence sexuelle, au travail forcé et à l'enrôlement forcé de la part des soldats qui partagent leurs écoles. Les étudiants doivent alors soit rester chez eux et interrompre leurs études, soit étudier à côté de combattants armés en se retrouvant potentiellement dans la ligne de tir.

Une étude récente a établi l'existence d'un schéma systématique d'attaques contre l'éducation dans 30 pays partout dans le monde entre 2009 et 2013.

Début 2011, le Conseil de sécurité des Nations Unies a demandé la surveillance accrue des attaques contre les écoles et les professeurs, et contre l'utilisation des écoles à des fins militaires. En 2014, le Conseil a encouragé l'ensemble des pays membres à « envisager l'adoption de mesures concrètes afin de dissuader les forces armées gouvernementales et les groupes armés non étatiques de recourir à l'utilisation des écoles en violation du droit international applicable ».

Le rapport annuel du Secrétaire général des Nations Unies sur les enfants et les conflits armés publié le 12 juin (ang fra) apporte de nouvelles preuves sur les attaques répétées subies par les écoles et les professeurs et sur l'utilisation des écoles à des fins militaires, soulignant la nécessité urgente de protéger l'éducation dans les conflits. Ce rapport adressé au Conseil de sécurité des Nations Unies dresse la liste des parties aux conflits armés ayant perpétré de graves violations du droit international humanitaire à l'encontre des enfants. Cette année, neuf parties ont rejoint la « liste de la honte » pour avoir attaqué des écoles et des hôpitaux.

Human Rights Watch a exhorté le Conseil de sécurité à demander au Secrétaire général des Nations Unies d'inclure dans sa liste annuelle les auteurs d'enlèvement d'enfants.

« L'utilisation des écoles à des fins militaires est un problème courant pourtant soluble », a affirmé Zama Coursen-Neff. « Les pays qui agissent maintenant pour mettre un terme à cette pratique seront les chefs de file des actions visant à faire des écoles des lieux sûrs pour les enfants. »