Rescapés du massacre d’environ 600 détenus de la prison de Badoush près de Mossoul, en Irak, commis par l’État islamique le 10 juin 2014.

© 2014 Human Rights Watch

(Erbil, le 30 octobre 2014) – Des combattants de l’État islamique ont systématiquement exécuté près de 600 détenus d'une prison située à proximité de la ville de Mossoul, en Irak, le 10 juin 2014, selon les témoignages de survivants recueillis par Human Rights Watch. Toutes les victimes du groupe extrémiste sunnite étaient des hommes, dont une grande majorité de chiites.

Après avoir saisi la prison de Badoush près de Mossoul, les combattants de l'État islamique (précédemment connu sous le nom d’État islamique en Irak et au Levant, ou EIIL), ont séparé les détenus sunnites de détenus chiites. Ils ont forcé les prisonniers chiites à s’agenouiller au bord d'un ravin situé près de la prison et ont tiré sur eux en se servant de leurs fusils d'assaut et armes automatiques, selon 15 prisonniers chiites qui ont survécu au massacre et dont Human Rights Watch a recueilli les témoignages. Les combattants de l’EIIL ont également tué plusieurs détenus kurdes et yézidis de cette prison de Badoush, selon les survivants.

« Les révélations effroyables sur le meurtre de masse de prisonniers aux mains de l’État islamique sont une nouvelle preuve de la turpitude de ce groupe extrémiste », a déclaré Letta Tayler, chercheuse senior sur les questions de terrorisme et contre-terrorisme auprès de Human Rights Watch. « Toutes les personnes, quelle que soit leur ethnie ou religion, devraient condamner ces actes horribles et presser les autorités iraquiennes et internationales de traduire les responsables en justice. »

De telles exécutions sommaires de masse constituent des crimes de guerre et selon toute probabilité des crimes contre l'humanité, a précisé Human Rights Watch.

Au cours de ses opérations militaires en Irak, l’État islamique a de manière systématique tué, enlevé ou expulsé les musulmans chiites ainsi que les membres d’autres minorités religieuses et ethniques, et a imposé des mariages forcés à des femmes et filles yézidies.

Au lendemain du massacre du 10 juin, l’État islamique a commis des meurtres de masse de soldats chiites dans la ville de Tikrit, située à 225 kilomètres au sud de Badoush. Le groupe armé a affirmé avoir exécuté 1 700 soldats chiites et a mis en ligne des vidéos montrant des hommes armés qui tiraient sur des centaines de captifs. Une analyse par Human Rights Watch d’images satellite a permis de dénombrer entre 560 et 770 victimes, sans exclure la forte probabilité que le nombre total était beaucoup plus élevé.

Human Rights Watch a par ailleurs documenté les exécutions manifestement illégales d'au moins 255 prisonniers sunnites commises en juin dernier dans six villes et villages de l’Irak par les forces gouvernementales irakiennes – pour la plupart chiites - et par des milices chiites pro-gouvernementales.

Le Conseil des droits de l'homme de l’ONU a ordonné en septembre l’ouverture d’une enquête sur les crimes commis par l’État islamique. Cette enquête devrait inclure un examen approfondi du massacre des prisonniers de Badoush afin d'identifier les responsables et veiller à ce qu'ils répondent de leurs actes, selon Human Rights Watch. L'enquête de l'ONU devrait également porter sur les crimes graves commis par les forces gouvernementales irakiennes et les milices chiites pro-gouvernementales, y compris des frappes aériennes aveugles, les exécutions de masse de prisonniers sunnites, ainsi que les exécutions sommaires de sunnites à travers le pays.

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