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Journée mondiale de la santé mentale : Soutenir les personnes ayant survécu à des conflits

Les gouvernements devraient garantir l’apport de services psychosociaux basés sur le respect des droits humains, l’autonomie et la dignité

« Farhan » (pseudonyme), un homme afghan de 29 ans originaire de la province de Kapisa, a déclaré qu'il ne pouvait pas dormir pendant la nuit : « Je suis dans mon lit [en France], mais mon esprit est en Afghanistan. » © 2022 John Holmes pour Human Rights Watch

(Bruxelles) – Les gouvernements, les agences des Nations Unies et les organisations humanitaires devraient agir concrètement pour développer le soutien psychosocial aux personnes affectées par des conflits armés et investir dans de telles mesures, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Conformément au thème de la Journée mondiale de la santé mentale 2022, le 10 octobre, « faire de la santé mentale pour tous une priorité mondiale », il faudrait mettre l’accent sur des services communautaires, respectueux des droits, que ce soit dans les pays en conflit ou ceux où des personnes cherchent refuge.

Les violences liées aux conflits peuvent entraîner une détresse psychologique, de la dépression, de l’anxiété, voire un stress post-traumatique. Les recherches de Human Rights Watch dans des pays comme l’Afghanistan, le Cameroun, l’Éthiopie, l’Irak, la République centrafricaine, le Soudan du Sud et la Syrie , ainsi qu’à Gaza, montre que les habitants – en particulier les femmes et les personnes handicapées – y sont souvent confrontés à de nombreux obstacles pour bénéficier de services de santé mentale.

« Alors que des millions de personnes du monde entier subissent les impacts dévastateurs de la guerre sur leur santé mentale, très peu d’entre elles reçoivent le soutien dont elles ont besoin », a déclaré Shantha Rau Barriga, directrice de la division Droits des personnes handicapées à Human Rights Watch. « Comme nous le rappelle la guerre en Ukraine, les gouvernements et les organisations humanitaires devaient reconnaître que la santé mentale est une priorité et faire en sorte que des services de soutien psychosocial soient dispensés à toutes les personnes affectées par les conflits. »

Le Sommet mondial sur la santé mentale, qui se tiendra les 13 et 14 octobre à Rome, sera l’occasion pour les dirigeants d’affirmer l’impact des conflits armés en matière de santé mentale et de s’engager à fournir un soutien psychosocial approprié à tous ceux et celles que cela concerne, y compris aux femmes et aux personnes handicapées. Les gouvernements, les donateurs et les organisations d’aide humanitaire devraient privilégier des services communautaires et respectueux des droits qui mettent en avant l’autonomie et la dignité des personnes.

On estime qu’environ 22 % des personnes vivant dans les zones affectées par les conflits armés ont des problèmes de santé mentale, alors qu’elles sont 13 % dans la population générale. Pourtant les services disponibles sont souvent insuffisants.

En Syrie, où 7,5 millions d’enfants et d’adolescents ont actuellement besoin de soutien psychologique, les parents interrogés par Human Rights Watch ont décrit l’impact dévastateur qu’avait le conflit sur la santé mentale de leurs enfants. Toutes ces personnes, sauf une, ont affirmé que leurs enfants n’avaient accès à aucun soin de santé mentale et aucun service de soutien psychosocial.

Le père d’un garçon de 13 ans ayant un handicap de développement a témoigné : « Cette situation l’a rendu plus renfermé. Il reste assis tout seul, il ne veut pas interagir avec les autres enfants. » Le père d’un garçon de dix ans présentant un handicap intellectuel a expliqué lui aussi que les multiples attaques militaires dans la région avaient particulièrement affecté son fils : « Il a beaucoup changé. Il a tout le temps peur, même quand c’est quelque chose dont il ne devrait pas avoir peur. »

En Afghanistan, qui a été dévasté par 40 ans de conflit armé, on estime que plus de la moitié de la population, y compris de nombreuses personnes ayant survécu à la violence des conflits, éprouvent des sentiments de dépression, d’anxiété ou de stress post-traumatique, mais que moins de 10 % seulement reçoivent un soutien psychosocial adéquat de l’État, d’après les documents du gouvernement précédent.

Un homme qui avait 23 ans lorsque Human Rights Watch l’a interrogé en 2019 ne s’est pas vu proposer d’aide psychologique après un attentat-suicide à la bombe qui avait tué au moins 20 personnes. On a soigné ses blessures à l’hôpital militaire, mais « personne ne m’a demandé comment je me sentais dans ma tête », a-t-il déclaré. « Ils n’ont soigné que mon corps. » Deux ans après, il a cherché de l’aide, mais le traumatisme demeure : « J’ai toujours des flashbacks, la nuit je ne peux pas dormir. Je m’énerve facilement, [surtout] lorsque les gens font du bruit. Mais je gardais toute cette colère en moi, et j’étais très triste. Je ne sais pas quel genre de traitement devrait être dispensé, mais il devrait y avoir quelqu’un qui demande de quoi on a besoin. »

La guerre en cours en Ukraine a déjà eu de profondes conséquences sur la santé mentale des personnes affectées, y compris celles qui ont réussi à s’enfuir pour être en sécurité. Les besoins demeurent élevés en Ukraine et dans d’autres situations de crise qui ont moins attiré l’attention, le soutien psychosocial est souvent négligé.

À l’échelle mondiale, ce sont plus de 100 millions de personnes qui ont été déplacées par force, dont des personnes réfugiées, demandeuses d’asile et déplacées internes. Outre le fait qu’elles sont subissent les répercussions psychologiques des événements traumatisants qui poussent les gens à quitter leurs foyers, les recherches montrent que souvent les personnes déplacées de force ressentent aussi une grande détresse pendant et après leur fuite, lorsqu’elles s’adaptent à un nouvel endroit.

Les pays d’accueil ont l’obligation de leur fournir une aide psychosociale dans le cadre de leur engagement international en faveur du droit à la santé. Ce point est reconnu par des traités internationaux relatifs aux droits humains, comme le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) et la Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH).

« Roya » (pseudonyme), une jeune femme afghane de 19 ans qui a été évacuée vers la France avec sa mère, a déclaré que les séances avec un psychologue et les séances de thérapie de groupe et d'art-thérapie l'ont aidée à parler de ses émotions et à se remettre de son traumatisme. © 2022 John Holmes pour Human Rights Watch

En août 2021, lorsque les forces des talibans ont pris le contrôle de l’Afghanistan, de nombreuses personnes afghanes ont fui le pays en urgence, laissant parfois leur famille derrière elles. Les recherches de Human Rights Watch en France ont démontré que malgré d’importants efforts pour accueillir, loger rapidement et aider les Afghan·e·s évacué·e·s, beaucoup rencontraient des obstacles significatifs pour obtenir un soutien psychosocial. Une femme a déclaré à Human Rights Watch : « J’étais en état de choc et je suis toujours en état de choc. Je n’arrête pas d’oublier des choses, j’oublie jusqu’à mon nom. »

Les recherches de Human Rights Watch dans d’autres pays, notamment en Éthiopie et en Irak, ont documenté l’impact des violences sexuelles liées aux conflits sur la santé mentale des femmes. Une femme tigréenne a déclaré à Human Rights Watch qu’un soldat et des civils l’avaient violée en groupe trois mois plus tôt et qu’elle ressentait toujours de l’anxiété, de la culpabilité et de la honte : « Je suis stressée, je suis affectée mentalement... Ce moment-là me revient à l’esprit chaque jour... Je me rappelle toujours ce jour-là. »

« Il est fondamental de rendre les services de santé mentale plus accessibles aux personnes ayant survécu à la violence des conflits », a conclu Shantha Rau Barriga. « Il est essentiel de prévenir la persistance des souffrances ainsi que les conséquences à long terme pour les individus, leurs familles et les communautés tout entières. »

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