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Syrie : Les enfants handicapés manquent de protection

L’ONU et les gouvernements devraient faciliter l’acheminement de l’aide à ces enfants, renforcer leur inclusion dans la société et mieux les protéger

(Beyrouth) – Les enfants handicapés piégés par le conflit qui sévit en Syrie sont exposés à des dangers supplémentaires et manquent d’accès aux soins de santé, à l’éducation ou à l’aide humanitaire nécessaires pour protéger leurs droits fondamentaux, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport rendu public aujourd’hui. L’ONU, les autorités syriennes et les gouvernements préoccupés par cette situation devraient d’urgence assurer la protection et l’assistance requises pour répondre aux besoins des enfants handicapés en Syrie.

Le rapport de 71 pages, intitulé « ‘‘It Was Really Hard to Protect Myself’’ : Impact of the Armed Conflict in Syria on Children with Disabilities » (« C’était vraiment difficile de me protéger : L’impact du conflit armé syrien sur les enfants atteints de handicap ») se penche sur les abus auxquels sont confrontés les enfants handicapés, notamment les risques accrus lors d’attaques et le manque d’accès aux services de soutien de base dont ils ont besoin. L’absence de programmes inclusifs et universels – notamment en matière d’éducation, d’acheminement de l’aide humanitaire et de services de santé mentale et de soutien psychosocial – aggrave les difficultés que connaissent déjà les enfants handicapés en Syrie. 

« L’un des conflits les plus meurtriers au monde, qui entre dans sa douzième année, continue d’avoir un impact dévastateur sur les enfants handicapés », a constaté Emina Ćerimović, chercheuse senior auprès de la division Droits des personnes handicapées de Human Rights Watch. « L’ONU, les autorités syriennes et les autres gouvernements devraient faciliter l’accès humanitaire et s’assurer qu’un soutien est disponible pour répondre aux besoins des enfants concernés et protéger leurs droits. »

Human Rights Watch s’est entretenu avec 34 enfants et jeunes adultes handicapés et des membres de leurs familles, ainsi qu’avec 20 employés de l’ONU, des secteurs de la santé et de l’humanitaire. Human Rights Watch s’est principalement intéressé aux personnes vivant dans le nord-ouest et le nord-est de la Syrie, car les besoins humanitaires y sont particulièrement importants et les infrastructures insuffisantes. 

Selon l’ONU, environ 28 % des Syriens sont atteints de handicap, soit près du double de la moyenne mondiale, notamment en raison des blessures de guerre et du manque d’accès aux soins et aux services. Les personnes handicapées en Syrie, y compris les enfants, ont souvent du mal à fuir les attaques, notamment en raison du manque d’accès pour les appareils thérapeutiques ou d’avertissements préalables efficaces et inclusifs.

« Bien souvent, j’ai refusé de quitter la maison [pendant une attaque] et de tenter de m’échapper ; c’était tout simplement trop difficile pour moi de courir avec des béquilles », a expliqué Thara J., âgée de 18 ans, et qui a perdu une jambe lors d’une frappe aérienne lorsqu’elle avait 13 ans, sans aucun moyen de se procurer une prothèse par la suite. « Il faudrait plusieurs personnes pour m’aider à monter dans la voiture. » Elle a exprimé sa crainte que son incapacité à fuir ne mette sa famille en danger.

Le conflit a contribué à la crise économique en Syrie, affectant la capacité des habitants, en particulier des enfants handicapés et de leurs familles, à exercer leurs droits et à répondre à leurs besoins fondamentaux, notamment en matière de nourriture et de logement. La pauvreté découlant du conflit, associée à la destruction des infrastructures physiques et des systèmes de soutien, a affecté les familles des enfants atteints de handicap qui ont besoin de soins de santé, de thérapies, d’appareils fonctionnels et de services sociaux.

« Lorsque la guerre a commencé, tout a changé – j’ai perdu mon emploi et ma maison », a déclaré Ahmed, dont la fille de 11 ans est atteinte d’un handicap auditif. « [Maintenant] je ne peux même pas me permettre d’acheter les appareils dont elle a besoin ».

Les enfants handicapés sont confrontés à des obstacles accrus dans l’accès à l’éducation en raison de l’inaccessibilité des écoles publiques et du manque de formation adéquate des enseignants pour répondre aux besoins spécifiques des enfants handicapés et de programmes d’études inclusifs, ainsi que de la stigmatisation. La mère de deux fillettes âgées de 7 et 9 ans atteints d’un handicap auditif a déclaré qu’un enseignant lui avait dit qu’il ne pouvait pas assurer à ses filles une scolarité en raison d’un manque de spécialistes. Un seul enfant parmi ceux qui ont fait l’objet d’un entretien dans le rapport de Human Rights Watch était scolarisé.

Malgré des milliards de dollars d’aide, les opérations humanitaires en Syrie n’ont pas réussi à identifier et à répondre suffisamment aux droits et aux besoins des enfants présentant divers types de handicap. « Nous n’avons pas été formés pour soutenir les personnes handicapées et la plupart des humanitaires pensent encore que l’inclusion se résume aux centres de réhabilitation, à la construction de rampes, [et] à la fourniture de chaises roulantes », a expliqué un travailleur humanitaire.

Bien que certaines agences de l’ONU, donateurs et organisations d’aide aient commencé à accorder davantage d’attention aux besoins des personnes handicapées en Syrie, l’action de l’ONU pour aider les enfants touchés par les conflits armés néglige encore largement cette catégorie, a constaté Human Rights Watch. En 2019, le Conseil de sécurité a adopté une résolution sur la protection des personnes handicapées, qui demande spécifiquement au Secrétaire général d’inclure des informations relatives à leur situation dans les conflits armés. Pourtant, aucun des rapports du Secrétaire général de l’ONU sur la situation humanitaire en Syrie ne traite des besoins des enfants atteints de handicap.

Un suivi et des rapports minutieux de l’ONU sur les abus et l’exclusion subis par les enfants handicapés, y compris à partir d’une approche intersectionnelle qui prend en compte toutes les facettes des abus auxquels ils sont confrontés, sont nécessaires de toute urgence pour garantir que la protection et l’assistance sont efficaces pour les enfants handicapés, a déclaré Human Rights Watch.

Le 12 juillet 2022, le Conseil de sécurité de l’ONU a prorogé l’autorisation donnée aux livraisons d’aide transfrontalière pour seulement six mois supplémentaires. Le mandat expirera pendant l’hiver et son renouvellement sera à nouveau soumis à des pressions politiques, ce qui rendra encore plus difficile l’accès à une aide indispensable. Le Conseil de sécurité, les agences de l’ONU et les pays donateurs doivent coopérer avec les organisations de la société civile pour améliorer la coordination et l’assistance afin de garantir que les enfants atteints de handicap bénéficient d’un accès égal et adéquat à la nutrition, aux soins de santé, à l’éducation, aux appareils d’assistance, aux soins de santé mentale et au soutien psychosocial.

Les droits des enfants handicapés dans les conflits armés sont protégés par le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’homme, notamment la Convention relative aux droits des personnes handicapées et la Convention relative aux droits de l’enfant. Le droit international humanitaire interdit les attaques directes, aveugles et disproportionnées contre des civils et les biens à caractère civil, et exige de faciliter l’aide humanitaire aux nécessiteux. Le droit international des droits de l’homme protège les droits des enfants handicapés à la santé, à l’éducation et à un niveau de vie adéquat, ainsi que de la discrimination et des abus.

Toutes les parties au conflit en Syrie devraient respecter le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’homme et faciliter un accès humanitaire rapide et sans entrave aux agences de l’ONU et aux organisations humanitaires afin de fournir une assistance impartiale aux civils dans le besoin à travers toute la Syrie, notamment aux enfants handicapés, a préconisé Human Rights Watch.

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