Des photos du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, placées avec des bougies devant le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, peu après son meurtre en octobre 2018. 

© 2018 Lefteris Pitarakis/AP Photo

(Beyrouth) – L’Arabie saoudite et le prince héritier Mohammed ben Salmane ont suscité un regard approfondi sur la situation des droits humains dans ce pays en 2018, à la suite du meurtre de l’éminent journaliste, Jamal Khashoggi par des agents saoudiens au consulat d’Istanbul le 2 octobre, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2019. Cette attention a jeté un éclairage supplémentaire sur les violations en cours, y compris les attaques illégales lancées au Yémen qui pourraient constituer des crimes de guerre pour la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et l’intensification de la répression des dissidents et des défenseurs des droits saoudiens dans leur propre pays.

« L’assassinat de Khashoggi a non seulement terni la réputation du prince héritier Mohammad bin Salman, mais également mis à jour un comportement anarchique de la part des dirigeants saoudiens », a déclaré Michael Page, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord. « Si l’Arabie saoudite a le moindre espoir de repriser son image en lambeaux, les autorités doivent immédiatement relâcher toutes les personnes emprisonnées pour avoir émis des critiques pacifiques. »

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Dans la 29e édition de son Rapport mondial annuel (version intégrale en anglais 674 pages  – version abrégée en français 233 pages), Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 100 pays au cours de l’année 2018. Kenneth Roth, le directeur exécutif, affirme dans son essai introductif que les populistes qui répandent la haine et l'intolérance dans de nombreux pays sont confrontés à une résistance croissante. De nouvelles alliances de gouvernements respectueux des droits, souvent inspirées et rejointes par des organisations de la société civile et par le public, sont en train d’accroître le prix à payer pour les abus commis par des dirigeants autocratiques. Les succès de leurs démarches illustrent la possibilité de défendre les droits humains - voire la responsabilité de le faire – y compris aux heures les plus sombres.

À la tête d’une coalition ayant débuté des opérations militaires contre les Houthis au Yémen le 26 mars 2015, l’Arabie saoudite a commis de nombreuses violations du droit international humanitaire. Human Rights Watch a documenté environ 90 attaques manifestement illégales de la coalition ayant touché des maisons, des marchés, des hôpitaux, des écoles et des mosquées. Certaines de ces attaques peuvent constituer des crimes de guerre, dont une perpétrée en avril à l’occasion d’un mariage, faisant 22 morts et plus de 50 blessés. Une autre attaque en août contre un bus a tué et blessé des dizaines d’enfants. Les commandants saoudiens sont passibles de poursuites pénales pour crimes de guerre en vertu de la chaîne de commandement.

Le 15 mai, quelques semaines à peine avant que les autorités saoudiennes ne lèvent l’interdiction de conduire pour les femmes le 24 juin, les autorités ont commencé à procéder à une vague d’arrestations d’éminentes défenseuses des droits des femmes et accusé plusieurs d’entre elles de crimes graves, tels que la trahison, semble-t-il en lien avec leurs activisme. En novembre, au moins neuf femmes étaient toujours détenues en l’absence de chef d’inculpation, encore que certaines, des peines de prison pourraient aller jusqu’à 20 ans. En novembre, Human Rights Watch a reçu des informations selon lesquelles des interrogateurs saoudiens auraient torturé au moins trois femmes, notamment au moyen de décharges électriques et de coups de fouet, avant de les peloter et de les embrasser sous la contrainte.

Les procureurs saoudiens ont intensifié leur campagne de longue date contre les dissidents, demandant la peine de mort pour des chefs d’inculpation en relation avec l’activisme pacifique et la dissidence. En novembre, parmi les personnes jugées passibles de la peine de mort, figuraient un éminent clerc, Salman al-Awda, pour ses liens présumés avec les Frères musulmans et son soutien public à des dissidents emprisonnés, ainsi qu’Israa al-Ghomgham, activiste chiite de la province orientale de l’Arabie saoudite, visés par des charges suite à son soutien et à sa participation à des manifestations.

L’Arabie saoudite ne tolère généralement pas de pratiques confessionnelles publiques autres que l’islam. Le gouvernement discrimine systématiquement les minorités religieuses musulmanes, notamment les chiites Twelver et les Ismaéliens, notamment dans les domaines de l’éducation publique, de la justice, de la liberté de religion et de l’accès à l’emploi.

Le système discriminatoire de tutelle masculine en Arabie saoudite demeure en vigueur malgré les réformes gouvernementales de 2017 interdisant l’imposition de restrictions « non officielles » à la tutelle masculine. En vertu de ce système, les femmes adultes doivent obtenir l’autorisation préalable d’un tuteur (généralement un mari, un père, un frère ou un fils) pour voyager, se marier ou être libérées de prison.

« Le monde doit saisir cette occasion pour demander justice pour les graves violations des droits humains et les pratiques néfastes de l’Arabie saoudite, qui ont culminé au cours de l’année écoulée », a conclu Michael Page.

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