Douze généraux cambodgiens. EN HAUT (de g. à d.) : Gén. Kun Kim, vice-commandant en chef de l'armée ; Gén. Mok Chito, vice-commandant de la Police nationale ; Gén. Neth Savoeun, commandant en chef de la Police nationale ; Gén. Pol Saroeun, commandant en chef de l'armée. AU MILIEU (de g. à d.) : Gén. Sao Sokha, commandant de la Gendarmerie nationale ; Gén. Sok Phal, directeur des services d'immigration ; Lt-Gén. Bun Seng, vice-commandant de l'armée ; Lt-Gén. Chap Pheakdey, vice-commandant de l'armée. EN BAS (de g. à d.) : Lt-Gén. Choeun Sovantha, vice-commandant de l'armée ; Lt-Gén. Rat Sreang, vice-commandant de la Gendarmerie nationale ; Gén. Chuon Sovan, vice-commandant de la Police nationale ; Gén.  Chea Mon, vice-commandant de l'armée.

© 2018 Human Rights Watch

(New York, le 28 juin 2018) – De plus en plus dictatoriale, la gouvernance à parti unique au Cambodge est soutenue par des généraux au sein des forces de sécurité qui sont responsables de violations graves et systématiques des droits humains, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans un nouveau rapport. Le Premier ministre Hun Sen et le Parti du peuple cambodgien (CPP) ont bénéficié du soutien inconditionnel de hauts responsables de l’armée, de la gendarmerie et de la police pour neutraliser méthodiquement tous les opposants politiques et dissoudre le principal parti d’opposition, privant ainsi de tout enjeu les élections nationales de juillet 2018.

Le rapport de 213 pages, intitulé  « Cambodia’s Dirty Dozen : A Long History of Rights Abuses by Hun Sen’s Generals » (« Douze généraux cambodgiens aux mains sales : Violations répétées des droits humains par les généraux de Hun Sen »), passe en revue douze officiers supérieurs des forces de sécurité qui forment l’épine dorsale d’un régime politique abusif et autoritaire. Chacun de ces officiers doit sa position élevée et lucrative à des liens politiques et personnels avec Hun Sen datant de deux décennies, voire plus. Chacun a démontré sa volonté de violer les droits humains au nom de Hun Sen. Au lieu de se mettre au service du peuple cambodgien, ces fonctionnaires ont consolidé le règne de Hun Sen, au pouvoir depuis plus de 33 ans. Tout au long de leur carrière, ils ont occupé des postes gouvernementaux assortis de salaires officiels modestes, mais se sont inexplicablement enrichis.

« Au fil des ans, Hun Sen a fidélisé un noyau dur d’officiers des forces de sécurité qui ont exécuté ses ordres de manière impitoyable et violente », a déclaré Brad Adams, directeur de la division Asie de Human Rights Watch. « L’importance du rôle joué par les généraux au Cambodge est devenue encore plus évidente dans la période précédant la tenue des élections en juillet, avec la répression qu’ils mènent à l’encontre des journalistes, des opposants politiques et des manifestants antigouvernementaux, et leur campagne ouvertement en faveur de Hun Sen. »

Human Rights Watch documente depuis longtemps le bilan consternant de Hun Sen en matière de droits humains. Pendant plus de trois décennies, des centaines de personnalités de l’opposition, de journalistes, de dirigeants syndicaux et d’autres ont perdu la vie dans des assassinats politiques. Bien que, dans de nombreux cas, les auteurs aient été identifiés comme des membres des services de sécurité, il n’y a eu aucune enquête ni poursuites judiciaires crédibles, et encore moins de condamnations. Il est arrivé que des tireurs ou des boucs-émissaires soient poursuivis, mais leurs supérieurs n’ont jamais été inquiétés. Les forces de sécurité ont également arrêté de façon arbitraire, passé à tabac, harcelé ou intimidé de nombreux autres dissidents, notamment des défenseurs des droits humains, des militants syndicaux, des défenseurs des droits fonciers et des blogueurs et autres internautes exprimant leurs opinions politiques en ligne.

Hun Sen a bâti son régime répressif en récompensant la loyauté de certains individus plutôt qu’en s’appuyant sur les institutions – armée, gendarmerie et police – au service desquelles ils devraient être, a relevé Human Rights Watch.

Le rapport identifie 12 officiers de haut rang des forces de sécurité qui sont responsables de violations des droits humains au Cambodge depuis la fin des années 1970 jusqu’à aujourd’hui (certains ayant pris momentanément congé de leurs fonctions pour se présenter aux élections du CPP en juillet) :

·         Le général Pol Saroeun, commandant en chef des Forces armées royales cambodgiennes (FARC)

·         Le général Kun Kim, commandant en chef adjoint et chef de l’état-major général mixte des FARC

·         Le général Sao Sokha, commandant en chef adjoint des FARC et commandant de la gendarmerie royale khmère

·         Le général Neth Savoeun, commissaire général de la Police nationale cambodgienne

·         Le lieutenant-général Chea Man, commandant adjoint de l’armée et commandant de la région militaire 4

·         Le général de corps d’armée Bun Seng, commandant adjoint de l’armée et commandant de la région militaire 5

·         Le général de corps d’armée Choeun Sovantha, commandant adjoint de l’armée et commandant de la région militaire 2

·         Le général de corps d’armée Chap Pheakdey, chef adjoint de l’état-major général des FARC et commandant de la brigade parachutiste des forces spéciales 911

·         Le général de corps d’armée Rat Sreang, commandant adjoint de la gendarmerie royale khmère et commandant de la gendarmerie de Phnom Penh

·         Le général Sok Phal, commissaire suprême adjoint de la police nationale et directeur suprême de l’immigration

·         Le général Mok Chito, commissaire suprême adjoint de la police nationale et secrétaire général de l’Autorité nationale de lutte contre la drogue

·         Le général Chuon Sovan, commissaire suprême adjoint de la police nationale et commissaire de police de la municipalité de Phnom Penh

Bien que ces officiers aient la responsabilité légale de représenter l’État en lieu et place d’un parti politique – et d’exercer leurs fonctions de manière impartiale et neutre –, tous ont agi de manière ouvertement et excessivement partisane. Chacun d’entre eux, en sa qualité de membre du Comité central du CCP, l’organe directeur du parti, est tenu de mettre en œuvre toutes ses politiques. Une prérogative qui va à l’encontre des normes internationales relatives aux droits humains, qui protègent les droits des membres des forces de sécurité d’appartenir à une formation politique, de voter et d’exprimer en privé leurs propres opinions. Cependant, les fonctionnaires ne devraient pas se montrer partisans dans l’exercice de leurs fonctions professionnelles ou favoriser un parti politique au détriment d’autres.

Comme Hun Sen, plusieurs de ces hauts fonctionnaires étaient membres du régime des Khmers rouges qui, entre avril 1975 et janvier 1979, a été responsable de la mort de 1,2 à 2,8 millions de Cambodgiens.

Le 12 juin, un treizième membre des services de sécurité, le général Hing Bun Hieng, a été sanctionné par les États-Unis, qui lui ont imposé un gel des avoirs et une interdiction de voyager. Général de corps d’armée, Bun Hieng est le commandant en chef adjoint des Forces armées royales cambodgiennes et commandant de longue date des gardes du corp de Hun Sen, de facto une armée privée. Le département du Trésor américain a déclaré que cette unité « a été impliquée dans de nombreuses attaques contre des Cambodgiens non armés pendant plusieurs années » et « liée à des incidents où il a été fait usage de la force militaire pour menacer des rassemblements de manifestants et l’opposition politique, y compris un incident au cours duquel un citoyen américain a reçu des éclats d’obus ». L’incident en question est la tristement célèbre attaque à la grenade du 30 mars 1997 contre un rassemblement de l’opposition avec sa tête son dirigeant, Sam Rainsy, attaque au cours de laquelle 16 personnes ont été tuées et plus de 150 autres blessées.

« Les sanctions américaines contre un des principaux généraux de Hun Sen et ses plus proches hommes de confiance pour des abus récents et l’attaque à la grenade commises il y a 20 ans contre l’opposition devraient servir de mise en garde pour les responsables et les commandants », a déclaré Brad Adams. « Hun Sen ne pourra pas les protéger éternellement s’ils commettent des atrocités contre les Cambodgiens. »

Hun Sen occupe les fonctions de Premier ministre du Cambodge depuis 1985. Depuis 2015, il préside le CPP, parti au pouvoir depuis 1979. Après la chute de l’ex-président zimbabwéen Robert Mugabe, Hun Sen est aujourd’hui l’un des cinq plus anciens autocrates au monde. En public, il parle de lui-même à la troisième personne et a tenté de bâtir un culte autour de sa personnalité, en prêtant son nom à des centaines d’écoles (financées par de nombreux donateurs). Son titre officiel en khmer est « Samdech Akka Moha Sena Padei Techo Hun Sen », qui se traduit littéralement par « l’immense commandant suprême princièrement exalté des troupes glorieusement victorieuses ». Il s’est également donné pour titre celui de « général cinq étoiles d’or jusqu’à l’infini ».

« Aucun dictateur ne peut atteindre le sommet ou s’y maintenir sans le soutien d’autres individus impitoyables », a conclu Brad Adams. « Sous Hun Sen, un noyau dur de généraux commet des abus contre les Cambodgiens ou les intimide avec le même mépris pour le pluralisme et la démocratie qu’a manifesté Hun Sen pendant ses 33 années au pouvoir. Comme leur patron, ils doivent être dénoncés et tenus pour responsables des nombreux crimes dont ils sont les auteurs. »

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