Affiche annonçant la tenue du sommet de la Communauté du développement de l’Afrique australe (SADC) à Mbabane, au Swaziland, en août 2016. Slogan en bas de l'affiche : "Enrichir les nations".

© 2016 Dewa Mavhinga/Human Rights Watch

(Johannesburg) – La Communauté du développement de l’Afrique australe (Southern African Development Community, SADC) devrait prendre des mesures concrètes pour améliorer le respect des droits humains dans ses 15 pays membres. Les chefs d’État de la SADC se réuniront le 30 et le 31 août 2016 à Mbabane au Swaziland, à l’occasion du 36e sommet de cette organisation.

« La répression politique et le mépris des droits élémentaires ont caractérisé plusieurs pays de la SADC cette dernière année », a déclaré Dewa Mavhinga, chercheur senior auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les gouvernements de la SADC doivent veiller à respecter leurs obligations relatives aux droits humains et à améliorer la qualité de vie des personnes les plus vulnérables. »

Le mariage des enfants reste une préoccupation majeure dans de nombreux pays d’Afrique australe, a ajouté Human Rights Watch. La moitié des filles au Malawi et un tiers des filles au Zimbabwe sont mariées avant l’âge de 18 ans. Les filles qui se marient jeunes interrompent souvent leur éducation, rencontrent de graves problèmes de santé causés par des grossesses multiples et précoces, et souffrent d’un plus grand nombre de violences sexuelles et familiales.

Les pays membres de la SADC devraient mettre leurs lois en conformité avec la loi type du Forum parlementaire de la SADC sur l’éradication du mariage des enfants adoptée en juin, notamment par l’établissement et l’application d’un âge minimum de 18 ans pour le mariage.

Les questions des droits humains en Angola, en République démocratique du Congo, au Mozambique, au Swaziland, en Afrique du Sud et au Zimbabwe devraient recevoir une attention particulière, a annoncé Human Rights Watch. Les pays membres de la SADC ont identifié la paix, la sécurité et la promotion des droits humains comme principales préoccupations dans la région, mais chaque pays doit prendre des mesures pour veiller au respect des droits humains et à la primauté du droit.

En Angola, le gouvernement du Président José Eduardo dos Santos a promis d’améliorer ses réalisations sur le plan des droits, mais au lieu a restreint drastiquement les droits à la liberté d’expression et d’association. Les forces de sécurité ont pratiqué l’usage excessif de la force, des arrestations arbitraires et des mesures d’intimidation pour empêcher des protestations anti-gouvernement pacifiques, des grèves et d’autres rassemblements. En avril, des coups de feu tirés par la police ont blessé au moins trois personnes lors d’une manifestation pacifique d’étudiants contre la hausse des frais scolaires à Caluquembe, dans la province de Huila. Le 6 août, des soldats ont tiré des munitions réelles au cours d’une protestation pacifique à Luanda, entraînant la mort d’un adolescent. Des cas d’usage excessif de la force pour expulser des personnes dans le cadre de projets de développement et d’agriculture ont également été signalés.

Au Zimbabwe, le gouvernement du Président Robert Mugabe a ignoré les dispositions relatives aux droits prévues par la nouvelle constitution du pays, n’adoptant pas les lois visant à appliquer la nouvelle constitution et ne modifiant pas les lois existantes afin de les rendre conformes à la constitution et aux obligations du Zimbabwe en vertu des conventions régionales et internationales sur les droits humains. La police a recours à des lois obsolètes et abusives afin de violer des droits élémentaires tels que la liberté d’expression et de réunion et de harceler des activistes, des défenseurs des droits humains et des personnes de la communauté LGBT. Aucun progrès n’a été fait pour traduire en justice les abus des droits humains commis dans le contexte de violence politique passé.

Itai Dzamara, activiste en faveur de la démocratie et défenseur des droits humains, est toujours porté disparu depuis sa disparition forcée le 9 mars 2015. Dirigeant d’un petit groupe protestataire Occupy Africa Unity Square inspiré des révolutions du Printemps arabe, Itai Dzamara avait mené une pétition pour demander la démission de Robert Mugabe et pour réformer le système électoral.

Le gouvernement de la République démocratique du Congo a violemment réprimé les personnes ayant dénoncé ou s’étant opposées aux tentatives de prolongation du mandat du Président Joseph Kabila au-delà du 19 décembre 2016, c’est-à-dire de la limite des deux mandats instituée par la constitution. Depuis janvier 2015, les forces de sécurité du gouvernement ont arrêté arbitrairement des chefs et des activistes de l’opposition, ont tiré sur des manifestants pacifiques, ont interdit des manifestations de l’opposition, ont fermé des organismes de presse, ont accusé de jeunes activistes pacifistes en faveur de la démocratie de préparer des actes terroristes et ont empêché des dirigeants de l’opposition de se déplacer librement dans le pays.

Début août 2016, dans l’une de ses dernières tentatives d’entraver les rapports sur les droits humains pendant une période de répression accrue du gouvernement, le gouvernement congolais a empêché une chercheuse senior de Human Rights Watch, Ida Sawyer, de continuer à travailler dans le pays.

Le gouvernement congolais devrait d’urgence libérer tous les prisonniers politiques, permettre aux défenseurs des droits internationaux et congolais de continuer leur travail crucial, autoriser les activistes et les partisans de l’opposition à manifester pacifiquement et à exprimer leurs opinions politiques, et exiger que les auteurs de la répression rendent des comptes.

Dans le même temps, la situation de sécurité dans l’est de la RD Congo, où des dizaines de groupes armés sont toujours actifs, reste hautement instable. Dans la région de Beni, des forces armées ont tué plus de 500 civils lors de massacres depuis octobre 2014, selon des groupes locaux de défense des droits. Le gouvernement doit améliorer la protection des civils dans la région, identifier les auteurs des abus et les tenir responsables de leurs actes.

Au Swaziland, qui endossera la présidence de la SADC ces 12 prochains mois, les conditions en matière de droits humains se sont considérablement dégradées. Le gouvernement a imposé des restrictions sur l’activisme politique et les syndicats qui violent le droit international, y compris des interdictions potentielles en vertu de la loi drastique sur la suppression du terrorisme, et a fait subir des détentions arbitraires et des procès inéquitables à des activistes et à des membres de syndicat.

Au Mozambique, le conflit politique et militaire entre le gouvernement et le parti de l’opposition RENAMO a entraîné une augmentation des violations des droits humains. Depuis octobre 2015, des dizaines de milliers de personnes se sont enfuies au Malawi à cause des abus perpétrés par les militaires, à savoir des exécutions sommaires, des violences sexuelles et la maltraitance de personnes en détention. Dans la province de Zambezia, des hommes armés liés à RENAMO ont attaqué des hôpitaux et des cliniques pour piller des médicaments et des fournitures, menaçant l’accès aux soins de santé pour des dizaines de milliers de personnes dans des zones éloignées. Le gouvernement du Mozambique doit encore publier les résultats de son enquête sur une fosse commune découverte en mai 2016, laquelle contenait au moins 15 corps.

En Afrique du Sud, la confiance du public dans la volonté du gouvernement à s’attaquer aux violations des droits humains, à la corruption et au respect de la primauté du droit s’est érodée. Le gouvernement a fourni peu d’efforts pour s’occuper des questions sur le traitement des migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile, ou des causes profondes de la violence xénophobe. Le gouvernement n’est pas parvenu à garantir l’accès à une éducation de base au demi-million estimé d’enfants en situation de handicap. Les groupes de défense des droits ont exprimé leur inquiétude vis-à-vis de l’incapacité du gouvernement à développer une stratégie nationale pour lutter contre le taux élevé de violence à l’encontre des femmes et contre la communication continue d’informations sous-évaluées sur les viols.

« Pour atteindre l’objectif d’“enrichissement des nations”, qui est le thème du sommet de la SADC, les pays membres de la SADC devraient se concentrer sérieusement sur le respect des droits humains, l’application de la primauté du droit et la réduction de la corruption », a déclaré Dewa Mavhinga. « La transparence et la justice contribueront à un développement économique régional qui améliorera réellement la qualité de vie des habitants. »