Une femme syrienne âgée de 58 ans, photographiée en mai 2016 dans le centre « hotspot » VIAL – site d’une ancienne usine – sur l'île grecque de Chios. Près de 200 personnes – hommes, femmes et enfants ayant fui leurs pays – y résident dans des conditions d’insalubrité, d’insécurité et de surpeuplement.

© 2016 Privé / Human Rights Watch

(Athènes, le 19 mai 2016) – La police manque à son devoir de protection des personnes lors des fréquents épisodes de violence qui se produisent dans les centres fermés se trouvant sur les îles grecques, également connus sous le nom de « hotspots », a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les centres ont été mis en place afin d’accueillir et d’identifier les demandeurs d’asile et les migrants et de gérer leur demande. Aucun des trois centres que Human Rights Watch a visités sur Samos, Lesbos et Chios à la mi-mai 2016 ne sépare les femmes seules des hommes adultes sans lien de parenté ; et les trois sont insalubres et fortement surpeuplés.

« Dans les camps de réfugiés en Europe, les femmes et les enfants qui ont fui la guerre font face à une violence quotidienne et vivent dans la peur », a indiqué Bill Frelick, directeur de la division Droits des réfugiés à Human Rights Watch. « L’absence de protection policière, la surpopulation et l’insalubrité créent une atmosphère de chaos et d’insécurité dans les camps insulaires grecs clôturés par du fil barbelé. »

Lors des visites effectuées du 9 au 15 mai, Human Rights Watch a constaté que les trois sites étaient fortement surpeuplés avec des pénuries importantes en matière d’hébergement et se trouvaient dans un état de saleté et d’insalubrité notoires. Les longues queues formées par les réfugiés dans l’attente d’une nourriture de mauvaise qualité, la mauvaise gestion et le manque d’informations contribuent à l’atmosphère chaotique et instable dans les trois hotspots, a déclaré Human Rights Watch.

Le 13 mai, une bagarre entre près de 200 hommes a éclaté et s’est poursuivie pendant plusieurs heures dans le centre d’accueil de Vathi sur l’île de Samos, un centre de 250 lits qui comptait 945 personnes ce jour-là. Lors de sa visite du centre le 14 mai, Human Rights Watch a vu des taches de sang sur les sols et les vêtements, des trous dans les abris contre lesquels des pierres avaient été jetées ainsi que du verre brisé et d’autres détritus à la suite des altercations. Les chercheurs ont également constaté des ecchymoses et des lacérations sur le visage et le corps d’hommes et de femmes. De nombreux habitants du camp ont indiqué que la police chargée de la sécurité du site est partie lorsque la bagarre a éclaté. D’après le personnel humanitaire travaillant auprès de Boat Refugee Foundation, organisation non gouvernementale néerlandaise qui dispense des soins de santé sur le site, 14 personnes ont été hospitalisées, certaines d’entre elles avec des bras et jambes cassés.

Human Rights Watch a été dans l’obligation d’écourter sa visite du 14 mai à Vathi pour des problèmes de sécurité mais a revisité le site le 15 mai.

Les habitants du camp et les prestataires de services ont déclaré que Vathi est tous les jours le théâtre de bagarres et que la police se replie lorsque les rixes éclatent et n’intervient pas pour protéger les gens. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), qui était présente lors des trois jours de visite de Human Rights Watch, a indiqué que Vathi n’a aucun directeur de camp. Personne ne paraissait être en charge de l’administration du site les jours où Human Rights Watch a visité le camp. Les habitants des deux autres camps, Moria sur l’île de Lesbos et VIAL sur l’île de Chios, ont également indiqué que la police n’intervient pas dans les bagarres.

Malgré un arrêté policier qui ordonne à tous les agents de police travaillant auprès des réfugiés et des migrants de garantir la protection et la sécurité des femmes et des enfants, les centres de Chios et Samos n’ont aucune section séparée pour les femmes seules, les familles ou les femmes avec enfants. Human Rights Watch a observé des enfants non accompagnés et des familles vivant dans les zones communes à Moria. Moria dispose de sections pour les enfants et les familles mais ces sections ne sont pas assez grandes pour accueillir l’ensemble des femmes et des enfants du centre.

Les femmes ont signalé des cas fréquents de harcèlement sexuel dans les trois hotspots. « Les hommes se saoulent et essaient d’entrer dans nos tentes chaque nuit », a expliqué une jeune Erythréenne célibataire de 19 ans qui vit dans le centre de Vathi. « Nous sommes allées voir la police et avons demandé à être placées dans une zone du camp éloignée de celle des hommes qui essaient d’abuser de nous mais la police a refusé de nous aider. Nous avons fui notre pays pour cette même raison et, ici, dans ce camp, nous avons peur de quitter notre tente ». Les femmes du hotspot de Moria sur l’île de Lesbos et du hotspot de Chios ont fait part de problèmes similaires et ont exprimé de profondes inquiétudes pour leur sécurité et celle de leurs enfants.

Depuis l’accord migratoire du 20 mars conclu entre l’Union européenne et la Turquie, les autorités grecques arrêtent automatiquement tous les demandeurs d’asile et les migrants. Le 2 avril, le parlement grec a adopté en toute hâte une loi qui permet une « restriction de la liberté de circulation » générale sur les nouvelles arrivées à l’intérieur des sites fermés aux points d’entrée aux frontières – comme les îles – pendant une période pouvant aller jusqu’à 25 jours pendant l’accueil et l’identification. Le HCR et plusieurs agences d’aide non gouvernementales ont suspendu un grand nombre d’activités lorsque les hotspots ont été transformés en centres de détention, même si le HCR continue de surveiller les conditions de vie dans les camps et de fournir des services limités.

Les hotspots, officiellement appelés « Centres d’accueil et d’identification » sont en principe administrés par le Service de premier accueil du gouvernement grec, sous l’autorité du ministère en charge de la politique migratoire. Deux agences européennes ont une présence plus visible : Frontex, l’agence européenne pour la gestion des frontières extérieures, qui réalise les premiers entretiens pour l’inscription et l’analyse de nationalité et les opérations de relevé d’empreintes digitales en collaboration avec la police grecque ; et le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO) qui mène des entretiens d’admissibilité et soumet au Service grec d’aide à l’asile des recommandations sur l’admissibilité pour la procédure d’asile. Le Service d’aide à l’asile est également présent sur les sites même si ses bureaux de Vathi étaient fermés les jours où Human Rights Watch a visité le camp. La police grecque est chargée de la sécurité du camp.

Les autorités grecques et européennes doivent prendre des mesures immédiates pour garantir la sécurité et la protection des femmes et des enfants dans les hotspots ainsi que de tous les autres habitants des camps, a indiqué Human Rights Watch. Il faut s’assurer que les femmes, les enfants et les familles dorment en toute sécurité et que des toilettes et des sanitaires séparés de ceux des hommes seuls leur sont réservés. La Grèce ne doit pas détenir des personnes dans des sites surpeuplés et insalubres.

La détention générale de tous les demandeurs d’asile et migrants dans des sites fermés n’est pas justifiée compte tenu des options moins restrictives qui existent ; et cette détention s’apparente à une détention arbitraire. Les hotspots sur les îles grecques doivent être transformés en camps ouverts avec des services et des mesures de sécurité appropriés, a indiqué Human Rights Watch.

Nulle personne ayant exprimé le souhait de demander l’asile ne doit être détenue dans des sites insulaires en l’absence de preuves justifiant que la détention s’impose et à des fins ou pour des motifs légitimes, par exemple si la personne représente une menace spécifique et particulière pour la sécurité.

Les pays européens doivent accélérer la procédure d’exécution des obligations qui leur incombent en vertu du mécanisme de relocalisation d’urgence. Ils doivent rapidement libérer un nombre suffisant de places et faciliter la relocalisation des demandeurs d’asile dont les prétentions ont été jugées acceptables par les hotspots des îles grecques. Des circonstances individuelles comme les liens familiaux doivent également être prises en compte.

« Lorsque la Grèce détient des personnes dans des conditions de surpeuplement impropres aux animaux et ne leur assure pas la protection policière fondamentale, cela crée un climat dans lequel la violence se développe », a déclaré Bill Frelick. « Même si l’Union européenne n’est pas directement responsable de la sécurité des camps, nous avons été affligés de voir le personnel de Frontex fuir en toute hâte le camp de Vathi au moment où les tensions ont dégénéré le 14 mai. L’Union européenne et la Grèce doivent immédiatement remédier à cette situation honteuse, mettre rapidement fin à la détention arbitraire et garantir le traitement humain des personnes placées sous leur contrôle. »