(Johannesburg) – Les gouvernements d'Afrique australe  – l’Afrique du Sud, l’Angola, et le Zimbabwe – ont pris peu de mesures pour améliorer les droits humains dans leurs pays respectifs et dans la région en 2014, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui dans son Rapport mondial 2015.

« Le bilan médiocre de l'Afrique du Sud en matière de protection des droits sociaux et économiques est une préoccupation majeure », a déclaré Daniel Bekele, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch. « L'Angola et le Zimbabwe ont également pris peu de  mesures visant à améliorer la vie des personnes tout en violant les droits civils et politiques fondamentaux. »

Lors de l’année écoulée, plusieurs pays de la région de l'Afrique australe – le Botswana, l’Île Maurice, le Mozambique et la Namibie – ont organisé des élections pour l’essentiel libres et démocratiques. Toutefois, la répression politique et l’élimination de la dissidence persistent en Angola, au Swaziland et au Zimbabwe. La Communauté régionale de développement de l'Afrique australe (SADC) n'a pas fait assez d’efforts pour aborder les questions des droits humains dans ces pays. En août, le Zimbabwe a assumé la présidence de la SADC, mais n'a pas utilisé cet organisme régional pour faire progresser les protections des droits humains.

Cette 25e édition annuelle du Rapport mondial de Human Rights Watch, dont la version anglaise comprend 656 pages (et la version abrégée en français 186 pages), examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son introduction, le directeur exécutif Kenneth Roth invite les gouvernements du monde à reconnaître que les droits humains constituent un repère moral efficace lors de périodes agitées, et que les violations de ces droits risquent de déclencher ou d’aggraver de graves problèmes sécuritaires. Les avantages à court terme obtenus en portant atteinte aux valeurs fondamentales que sont la liberté et la non-discrimination compensent rarement le coût à long terme de telles violations.

Afrique du Sud
La politique étrangère incohérente de l'Afrique du Sud sur les droits humains a une fois de plus été mise en avant en 2014. Alors que s’agissant de mettre fin aux conflits sur le continent, ce pays est un soutien et un médiateur régulier, il s’est avéré réticent devant le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies à protéger les droits des victimes et a parfois pris des décisions contraires à ses principes en matière de droits humains. Il joue un rôle important dans la promotion des droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) à l'étranger, mais n'a pas fait preuve de cohérence – par exemple, par sa réticence à condamner publiquement l'introduction de lois anti-LGBT en Ouganda, au Nigeria et en Gambie.

La capacité et l’aptitude des services de police sud-africains à contrôler des émeutes d'une manière qui respecte les droits ont soulevé des préoccupations sérieuses. En 2014, des incidents de violence policière ont été signalés dans dans le canton de Mothutlung à Brits, dans la province du Nord-Ouest, à Relela près de Kgapane, dans la province du Limpopo, et dans la ville de Bekkersdal, dans la province de Gauteng. Des incidents de violence contre des ressortissants étrangers et le pillage de magasins appartenant à des étrangers ont mis en évidence l'incapacité du gouvernement à lutter contre la xénophobie ou à s’attaquer aux causes qui y contribuent.

Angola
Le président José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis 35 ans, a été confronté à des critiques croissantes pour corruption généralisée, mauvaise gouvernance et répression politique. En 2012, les autorités angolaises ont intensifié les mesures restreignant la liberté d'expression, d'association et de réunion et ont encore une fois retardé des élections locales attendues depuis longtemps.

Le gouvernement s’en prend aux journalistes ou aux militants qui expriment des critiques, et recourt à des poursuites pénales pour diffamation, à des arrestations arbitraires, à des procès inéquitables, à l'intimidation, au harcèlement et à la surveillance. La police a fait un usage excessif de la force et a procédé à des arrestations arbitraires pour entraver les manifestations antigouvernementales pacifiques et autres rassemblements pacifiques. Le gouvernement a également intensifié les actions violentes de masse pour éliminer les commerçants de rue, y compris les femmes enceintes et les femmes accompagnées d’enfants, dans la capitale, Luanda, ainsi que dans d'autres villes.

Zimbabwe
Le gouvernement du président Robert Mugabe a ignoré les dispositions relatives aux droits humains dans la nouvelle constitution du pays, en ne procédant ni à l'adoption de lois pour mettre la nouvelle constitution en vigueur, ni à la modification des lois existantes pour les mettre en conformité avec la constitution ainsi qu’avec les conventions régionales et internationales des droits humains. La police utilise des lois archaïques et abusives afin de violer des droits fondamentaux comme la liberté d'expression et de réunion, et elle harcèle fréquemment les militants, les défenseurs des droits humains et les personnes LGBT. Il n’y a eu aucun progrès vers la justice pour les violations des droits humains et la violence politique passée.

Le gouvernement a violé les droits de 20 000 personnes qu’il a déplacées du barrage de Tokwe-Mukorsi dans la province de Masvingo en février 2014. Il a omis de payer une indemnisation équitable ou de fournir suffisamment de terres pour la réinstallation de ces personnes, et il a utilisé des subventions à mauvais escient  pour faire pression sur les personnes déplacées afin qu’elles acceptent de se réinstaller sur des terres dont le titre de propriété fait l’objet de litiges.

Dans la capitale, Harare, où un grand nombre de personnes ont un accès limité aux services d'eau potable et d'assainissement, le gouvernement n'a pas garanti le droit à l'eau, à l'assainissement et à la santé.

« L’Afrique du Sud, l'Angola et le Zimbabwe devraient œuvrer par le biais de la SADC afin de faire pression pour l'amélioration des droits humains dans toute la sous-région », a conclu Daniel Bekele. « Les dirigeants de la SADC devraient répondre aux besoins réels des personnes ordinaires et faire appliquer de façon énergique les normes régionales et internationales des droits humains. »