Camp de déplacés internes pour des Peuls à Sibut, dans la province de Kemo, en République centrafricaine, où vivaient des survivants de l’attaque d’Amo en octobre 2019.

© 2019 Human Rights Watch

(Nairobi) – La force de maintien de la paix en République centrafricaine, dont le mandat a été renouvelé par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 14 novembre 2019, devrait renforcer la protection des civils ainsi que son rôle pour garantir la justice. La mission de maintien de la paix, connue sous le nom de MINUSCA, devrait travailler avec la cour spéciale du pays pour les crimes graves commis par les groupes armés afin de déterminer comment remplir au mieux son mandat pour soutenir le tribunal.

Human Rights Watch continue à recevoir des rapports d’attaques contre des civils depuis la signature d’un accord de paix en février, y compris dans les provinces d’Ouham-Pendé, de Kemo, d’Ouaka et de Vakaga. L’accord de paix, signé avec 14 groupes armés qui contrôlent de vastes territoires dans le pays, a conduit à l’intégration de certains combattants des groupes dans la nouvelle armée et à la nomination de leurs leaders à des fonctions gouvernementales. Toutefois, les violences se sont poursuivies à l’extérieur de Bangui, la capitale. Même si certains leaders de groupes armés ont depuis quitté leurs fonctions au sein du gouvernement, l’accord bénéficie toujours du soutien international.

« Alors que la MINUSCA s’engage pour une autre année dans le pays, elle devrait accorder la priorité absolue à la prévention des meurtres de civils et au soutien à la justice », a expliqué Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Le Conseil de sécurité de l’ONU et la MINUSCA devraient indiquer clairement aux groupes armés que la mission fera tout ce qui est en son pouvoir pour s’assurer que les responsables des crimes graves seront traduits en justice. »

Un survivant de 30 ans de l’attaque du camp Peul près d’Amo, en République centrafricaine, montre les cicatrices laissées par des balles, le 19 avril 2019.

© 2019 Human Rights Watch

La MINUSCA est mandatée pour protéger les civils et employer la force si nécessaire conformément au chapitre VII de la Charte des Nations Unies. Sa présence a permis une stabilité essentielle, a déclaré Human Rights Watch. L’accord de paix signé en février n’a cependant pas conduit à une sécurité renforcée et la MINUSCA devrait utiliser son mandat renouvelé pour protéger les civils dans le contexte de sécurité fragile du pays.

Alors que les Casques bleus ont fourni un soutien essentiel aux civils dans de nombreux cas, des incidents ont eu lieu au cours des derniers mois dans lesquels la MINUSCA avait des troupes stationnées près des civils et n’a pas assuré une protection en temps voulu. Dans un cas, en avril, dans le village d’Amo, dans la province de Kemo, des combattants d’une milice locale ont tué sept civils peuls, dont deux enfants, à 35 kilomètres de Sibut, la capitale de la province. Dans un autre cas, en mai, dans la province d’Ouham-Pendé, le groupe armé « Retour, Réclamation et Réhabilitation » ou 3R a tué au moins 46 civils lors de trois attaques coordonnées.

À la fin du mois de septembre, des affrontements ont éclaté entre les groupes anti-balaka et des combattants de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), dans les villages de Bangao et de Lihoto dans la province d’Ouaka. Les combats ont entraîné la destruction de près de 60 maisons et le déplacement d’environ 9 000 personnes. La MINUSCA a une présence dans la province d’Ouaka, notamment à Grimali et Kouango.

La MINUSCA devrait identifier les raisons pour lesquelles ses forces n’ont pas assuré la protection des civils dans ces incidents et résoudre les éventuels problèmes opérationnels ayant empêché une intervention plus rapide. Elle devrait s’assurer d’affecter les ressources nécessaires à la protection des civils.

Les attaques menées depuis la signature de l’accord de paix de février soulignent l’importance de progrès de la nouvelle Cour pénale spéciale (CPS). La cour – créée par une loi en juin 2015 – réunit un ensemble de juges, de procureurs et de personnel internationaux et nationaux, et travaille avec un important soutien logistique et autre de l’ONU.

Après un démarrage lent, la cour a tenu sa première session officielle en octobre, et des enquêtes sont maintenant en instance auprès du bureau du Procureur et devant les juges d’instruction de la cour. Mais la cour devra intensifier ses enquêtes et recruter de toute urgence du personnel pour garantir une progression efficace afin de rendre justice pour les crimes de guerre et les autres crimes graves, a indiqué Human Rights Watch dans un rapport datant de juillet.

La MINUSCA, qui fournit un soutien essentiel à la cour, a pour mandat d’assurer la sécurité et l’assistance technique pour les recherches, les analyses et les enquêtes. Alors que les affaires progressent, les Casques bleus devront aussi jouer un rôle central pour procéder aux arrestations en étroite collaboration avec le personnel de la cour.

« Les civils continuent d’être exposés à des attaques meurtrières en République centrafricaine, et la MINUSCA joue un rôle clé pour faire en sorte que les civils soient en sécurité et que la justice pour les pires crimes soit rendue », a conclu Lewis Mudge. « En renouvelant son mandat, le Conseil de sécurité a envoyé un signal indiquant que la mission bénéficie de son soutien total pour prendre des mesures fortes afin de protéger les civils, qui ont subi des années de violence et de danger permanents. »

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