(Tunis) – Les autorités frontalières algériennes et marocaines empêchent apparemment deux groupes de demandeurs d’asile syriens de quitter la zone frontalière située près de la ville marocaine de Figuig, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Ces Syriens, y compris des femmes et des enfants, ont été retenus sur place depuis le 18 avril 2017, dans des conditions déplorables, a ajouté Human Rights Watch.

Des personnes sur le territoire algérien près de la frontière entre le nord-ouest de Algérie et le nord-est du Maroc, le 31 juillet 2011. 

© 2011 Youssef Boudlal/Reuters

Selon le bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au Maroc, ces deux groupes comprennent au total 55 personnes, dont 20 femmes – deux d’entre elles enceintes de plusieurs mois – et 22 enfants. Une des femmes a accouché dans la zone frontalière dans la soirée du 23 avril. On ignore si elle a bénéficié d’une assistance médicale. Les autorités des deux pays devraient conjointement assumer leurs responsabilités, envisager des demandes de protection en fonction des préférences des demandeurs d’asile syriens et veiller à leur garantir un accès aux services nécessaires, en particulier aux femmes enceintes et allaitantes.

« Alors que les autorités algériennes et marocaines se querellent pour déterminer lequel des deux pays doit accueillir les Syriens, des hommes, des femmes et des enfants sont pris au piège dans une zone désertique près de la frontière, où ils dorment à la belle étoile et sont dans l’incapacité de demander l’asile », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice exécutive de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

Les autorités marocaines ont indiqué qu’elles accorderaient des visas d’entrée à neuf Syriens dont des membres de leurs familles vivent légalement au Maroc, a précisé le porte-parole du HCR à Human Rights Watch, le 3 mai.

Les deux groupes sont arrivés à la frontière après avoir quitté la Syrie et traversé la Libye et l’Algérie. Les autorités marocaines ont accusé publiquement l’Algérie d’expulser les demandeurs d’asile vers le Maroc. Le ministère algérien des Affaires étrangères a nié ces allégations, rétorquant qu’elles visent à « nuire à l’Algérie », sans toutefois donner sa propre version des événements.

Une femme appartenant à l’un des groupes de demandeurs d’asile syriens a déclaré à Human Rights Watch le 24 avril que son groupe avait quitté l’Algérie vers le 17 avril, avec l’aide de populations locales. Cependant, le lendemain, les forces de sécurité marocaines les ont interceptées et repoussés vers l’Algérie, a-t-elle expliqué :

Nous étions un groupe de 14 personnes, principalement des femmes et des enfants, et un seul homme. Nous avons voyagé vers l’Algérie après avoir quitté la Syrie, et traversé la Libye et le Soudan. Nous avons traversé la frontière marocaine avec l’aide de populations locales, mais les gardes-frontières marocains nous ont interceptés et nous ont fait passer la nuit sur place. Le lendemain, ils nous ont repoussés vers l’Algérie. Mais les gardes-frontière algériens nous ont à leur tour interceptés et ne nous ont pas permis d’entrer sur le territoire algérien. Maintenant, nous voilà bloqués entre les frontières algérienne et marocaine et personne ne nous offre de nourriture ou d’assistance. Des membres de ma famille vivent au Maroc, c’est pourquoi je voulais m’y rendre.

Expulser des demandeurs d’asile de son territoire ou les priver du contrôle des autorités marocaines sans leur donner la possibilité de demander le statut de réfugié constitue une violation des obligations internationales du Maroc, de même que les expulser vers un pays où ils risquent de subir des persécutions ou des traitements inhumains et dégradants ou qui pourraient les refouler vers un pays tiers où ils risqueraient d’être confrontés à de tels traitements. De telles décisions peuvent également violer l’article 29 de la loi marocaine 02-03 sur l’entrée des étrangers et leur présence dans le royaume. Cet article interdit également l’éloignement de femmes enceintes.

Bien que le droit international n’interdise pas l’expulsion de femmes enceintes ou allaitantes, les deux pays devraient veiller à ce que tous les demandeurs d’asile pris au piège, en particulier les femmes enceintes ou allaitantes, aient accès à des services appropriés pendant le traitement de leur dossier. Si les pays ordonnent des expulsions légitimes, le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes a déclaré qu’ils devraient « traiter chaque cas individuellement, en tenant dûment compte des circonstances liées au genre ».

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