Un homme exhibe les blessures subies lors d'une attaque par des rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (Lord's Resistance Army, LRA) armés de machettes près de Ngilima, dans le nord de la RD Congo. le 21 février 2009.

(Kampala, le 28 mars 2010) - Au cours d'un massacre qui a duré quatre jours en décembre 2009 et qui n'avait pas encore été documenté, l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) a tué au moins 321 civils et enlevé 250 autres personnes, dont au moins 80 enfants, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui. Ce massacre a été perpétré dans la région de Makombo, située dans le Nord-est de la République démocratique du Congo.

« Le massacre de Makombo est l'un des pires jamais commis par la LRA dans ses 23 ans d'histoire sanglante, pourtant il n'a pas été signalé pendant des mois », a souligné Anneke Van Woudenberg, chercheuse senior pour la division Afrique à Human Rights Watch. « Ces quatre jours d'atrocités démontrent que la LRA reste une menace grave pour les civils et non un groupe affaibli, comme le prétendent les gouvernements ougandais et congolais. »

Le rapport de 76 pages, « Le chemin de la mort : Atrocités commises par la LRA dans le Nord-est du Congo », est la première recherche documentée détaillée sur le massacre de Makombo et d'autres atrocités perpétrées par la LRA au Congo en 2009 et début 2010. Le rapport, qui s'appuie sur une mission de recherche conduite en février par Human Rights Watch dans la région du massacre, documente les meurtres violents commis lors de l'attaque bien planifiée menée par la LRA du 14 au 17 décembre dans la région reculée de Makombo, située dans le district du Haut Uélé.

Les forces de la LRA ont attaqué au moins 10 villages, capturant, tuant et enlevant des centaines de civils, y compris des femmes et des enfants. La grande majorité des victimes étaient des hommes adultes que les combattants de la LRA ont d'abord ligotés, avant de les tuer à coups de machettes ou de leur écraser le crâne à coups de hache et de lourds gourdins. Au moins 13 femmes et 23 enfants figuraient parmi les victimes, dont la plus jeune, une fillette de 3 ans, a été brûlée vive. Les combattants de la LRA ont attaché certaines victimes à des arbres avant de leur écraser le crâne à coups de hache.

Les combattants de la LRA ont aussi tué les personnes enlevées qui marchaient trop lentement, ou essayaient de s'enfuir. Les membres des familles des victimes et les autorités locales ont trouvé plus tard des corps tout au long du trajet effectué par la LRA, sur une distance de 105 kilomètres dans la région de Makombo et la petite ville de Tapili. Les témoins interrogés par Human Rights Watch ont expliqué que pendant des jours et des semaines après l'attaque, cette vaste région a été remplie de l'« odeur de la mort ».

Les enfants et les adultes qui ont réussi à s'échapper ont fait des récits similaires, témoignant de l'extrême brutalité du groupe. Nombre des enfants capturés par la LRA ont été forcés à tuer d'autres enfants qui avaient désobéi aux règles de la LRA. Dans de nombreux cas documentés par Human Rights Watch, les enfants ont reçu l'ordre d'encercler la victime et de la frapper chacun à leur tour sur la tête avec un gros gourdin jusqu'à ce que mort s'ensuive.

La mission de maintien de la paix des Nations Unies au Congo (MONUC) dispose d'environ 1 000 soldats du maintien de la paix dans les régions du Nord-est du Congo touchées par la LRA - bien trop peu nombreux pour protéger la population correctement, étant donné l'étendue de cette zone. Néanmoins au lieu d'envoyer d'autres troupes, la force de maintien de la paix, sous la pression du gouvernement congolais pour qu'elle se retire du pays d'ici juillet 2011, envisage de retirer des troupes du Nord-est d'ici juin, dans la première phase de sa réduction d'effectifs.

« Les habitants du Nord-est du Congo ont désespérément besoin de davantage - et non pas moins - de protection », a ajouté Anneke Van Woudenberg. « Le Conseil de sécurité de l'ONU devrait arrêter tout retrait de soldats de maintien de la paix de la MONUC des zones où la LRA menace de tuer et d'enlever des civils. »

À la mi avril, le Conseil de sécurité doit se rendre au Congo pour discuter des plans de la force de maintien de la paix concernant le retrait et la protection des civils.

Le massacre de Makombo s'inscrit dans une pratique récurrente d'atrocités et d'exactions perpétrées par la LRA en Ouganda, au Sud-Soudan, en République centrafricaine (RCA) et au Congo. Repoussée hors du nord de l'Ouganda en 2005, la LRA opère désormais dans la zone frontalière reculée entre le Sud-Soudan, le Congo et la RCA. En juillet 2005, la Cour pénale internationale a émis des mandats d'arrêt à l'encontre de hauts dirigeants de la LRA pour des crimes commis dans le nord de l'Ouganda, mais ces personnes sont toujours en fuite.

Les recherches menées par Human Rights Watch ont indiqué que le massacre de Makombo a été perpétré par deux commandants de la LRA - le Lieutenant-colonel Binansio Okumu (également connu sous le nom de Binany) et un commandant connu sous le nom d'Obol. Ils rendent compte au général Dominic Ongwen, l'un des hauts dirigeants de la LRA, dont il semblerait qu'il commande les forces de la LRA au Congo et qui fait partie des personnes recherchées par la Cour pénale internationale. Human Rights Watch a vivement recommandé le lancement d'enquêtes sur la participation présumée de ces commandants à des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.

En décembre 2008, les gouvernements de la région ont lancé une campagne militaire contre la LRA dans le Nord-est du Congo, surnommée « Opération Éclair de tonnerre »  (Operation Lightning Thunder) et dirigée par les forces armées ougandaises, avec le soutien en matière de renseignements et l'appui logistique des États-Unis. Un bombardement aérien surprise sur le camp principal de la LRA n'a pas réussi à neutraliser les dirigeants de la LRA, qui se sont échappés. En représailles, la LRA a attaqué des villages et des villes dans le nord du Congo et au Sud-Soudan, tuant plus de 865 civils pendant la période des fêtes de Noël et dans les semaines qui ont suivi.

Le 15 mars 2009, l'opération « Éclair de tonnerre »  a officiellement pris fin, sous la pression du gouvernement congolais, qui a trouvé politiquement difficile de supporter une présence prolongée de l'armée ougandaise en territoire congolais. Mais la campagne militaire a continué, évoluant en une phase discrète, avec l'approbation tacite du président congolais, Joseph Kabila. Les gouvernements congolais et ougandais maintiennent que la LRA n'est plus une menace sérieuse au Congo et que la plupart de ses combattants soit se sont déplacés en République centrafricaine, soit ont été tués ou dispersés.

Ces déclarations publiques ont peut-être contribué à la non divulgation des informations sur la poursuite des attaques de la LRA, laissant à de nombreuses victimes le sentiment d'être abandonnées. Un chef traditionnel de 80 ans, dont le fils a été tué lors du massacre de Makombo, a déclaré à Human Rights Watch : « Nous avons été oubliés. C'est comme si nous n'existions pas. Le gouvernement dit que la LRA n'est plus un problème, mais je sais que ce n'est pas vrai. Je vous en prie, s'il vous plaît parlez à d'autres de ce qui nous est arrivé. »

Si le massacre de Makombo est l'attaque la plus meurtrière de la LRA documentée depuis les massacres de Noël 2008, des dizaines d'attaques menées contre des civils ont aussi été perpétrées dans d'autres régions ces derniers mois - près des villes de Bangadi et de Ngilima dans le district du Haut Uélé, dans le territoire d'Ango du district du Bas Uélé, ainsi qu'en République Centrafricaine.

Lors des attaques de décembre 2009 près de Bangadi et de Ngilima, les combattants de la LRA ont horriblement mutilé six civils, coupant avec un rasoir les lèvres et une oreille à chacune des victimes. Les combattants de la LRA ont renvoyé les victimes dans leurs villages avec l'avertissement terrifiant pour les autres villageois que celui qui dirait ou entendrait quelque chose à propos de la LRA serait puni de la même façon.

Le 11 mars 2010, le Sénat américain a voté à l'unanimité le projet de loi relative au désarmement de la LRA et à la relance du nord de l'Ouganda (LRA Disarmament and Northern Uganda Recovery Act). Si cette loi est adoptée, elle exigera que l'administration du président Barack Obama développe une stratégie régionale visant à protéger les civils en Afrique centrale contre les attaques de la LRA, s'efforce d'appréhender les dirigeants de ce groupe, et soutienne la relance économique du nord de l'Ouganda. Le projet de loi est actuellement en instance devant le Comité des affaires étrangères de la Chambre des Représentants américaine.

« Les habitants du Nord-est du Congo et des autres régions touchées par la LRA souffrent depuis bien trop longtemps », a conclu Anneke Van Woudenberg. « Les États-Unis et les autres gouvernements concernés devraient collaborer avec l'ONU et les parties prenantes régionales pour élaborer et mettre en œuvre  une stratégie globale visant à protéger les civils, et à appréhender les dirigeants de la LRA ayant commis des exactions. »