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De la nourriture et des produits ménagers sont disposés pour être donnés aux personnes dans le besoin à l'association caritative Dads House dans le quartier de West Brompton à Londres, au Royaume-Uni, le 13 octobre 2022. © 2022 Mary Turner/Bloomberg via Getty Images

Le rassemblement annuel de l'élite mondiale qui débute aujourd'hui à Davos me rappelle une discussion que j'ai souvent avec un vieil ami. 

La discussion commence toujours avec un article sur le nombre de milliardaires quelque part : « Les États-Unis se portent très bien, regardes combien de milliardaires ils ont ! » Ou encore : « On peut voir que la Chine s’améliore grâce au nombre croissant de milliardaires là-bas » Ou encore « Regardes combien de milliardaires il y a en Inde aujourd'hui ! ».  

La perspective de voir apparaître le premier « trillionnaire » au monde (multimilliardaire dont la fortune dépasse 1 000 milliards de dollars) rend mon ami presque insupportablement enthousiaste : « Qui sera-t-il ? » 

À ces provocations amicales, je finis par craquer et répondre quelque chose du genre : l'humanité a-t-elle vraiment besoin d'un « trillionnaire » ? En quoi le monde sera-t-il meilleur lorsque quelqu'un deviendra le premier  « trillionnaire » ?  

Ensuite, je lui rappelle que le nombre de super-riches ne dit rien de la grandeur d'un pays. Pour moi, la grandeur a beaucoup plus de rapport avec le bonheur global de sa population. Certains disent que les milliardaires créent de la richesse (et donc du bonheur, à leurs yeux), mais, pratiquement par définition, on dirait plutôt qu'ils la concentrent. 

Les grandes richesses ont toujours suscité l'admiration de beaucoup de gens comme mon ami, mais elles ont aussi nourri l'envie et le ressentiment d'autres personnes. Un système perçu comme profitant injustement à une poignée de personnes, tandis que la grande majorité est contrainte de vivre des restes de ce que les riches laissent derrière eux, ne me semble pas être un système stable. Je n'y vois aucun avantage au niveau national. 

De plus, les inégalités extrêmes sont une question de droits humains. Elles contribuent notamment à la corruption et à la mauvaise gestion des ressources publiques, ce qui réduit encore l'accès à une vie digne : des soins de santé abordables, une éducation de qualité, un logement adéquat, un salaire décent, une protection sociale et de l'eau potable. 

Les recherches de Human Rights Watch révèlent fréquemment que les personnes en situation de pauvreté sont souvent plus vulnérables à la violation de leurs droits. Des disparités extrêmes en termes de richesse signifient des disparités extrêmes en termes de pouvoir, et donc un plus grand risque de violations des droits humains, ce qui, bien sûr, a tendance à arriver davantage à ceux qui n'ont pas de pouvoir qu'à ceux qui en ont. 

Pour coïncider avec le début de l'arrivée des jets privés des milliardaires pour la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, Oxfam a publié un nouveau rapport sur l'inégalité dans le monde. On peut y lire ce qui suit :  

« Depuis 2020, les cinq hommes les plus riches du monde ont doublé leur fortune. Au cours de la même période, près de cinq milliards de personnes se sont appauvries. Les conditions de vie difficiles et la faim sont une réalité quotidienne pour de nombreuses personnes à travers le monde. Au rythme actuel, il faudra 230 ans pour mettre fin à la pauvreté, alors que nous pourrions voir pour la première fois la fortune d'un multimilliardaire franchir le cap des 1 000 milliards de dollars dans dix ans. » 

Ce n’est pas vraiment ça la grandeur pour moi. 

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