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Libye : Le chemin de la paix doit passer par la justice

L’année 2020 a été calamiteuse pour les droits humains

Des combattants du Gouvernement d'entente nationale (GNA) libyen, soutenu par l'ONU, perchés sur un véhicule lors d'affrontements avec les Forces armées arabes libyennes (LAAF) sur le front d'Aïn Zara, dans la banlieue sud de Tripoli, la capitale. © 2020 Amru Salahuddien/picture-alliance/dpa/AP Images 

(Tunis) – Les groupes armés qui soutiennent les deux gouvernements libyens rivaux, ainsi que leurs commanditaires internationaux, se sont rendus responsables de très nombreux décès de civils, ainsi que de déplacements et de destructions massives lors de l’année 2020, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2021. Il est nécessaire et urgent que la nouvelle mission exploratoire en Libye, créée récemment par les Nations Unies, enquête sur ces violations et rende publiques ses conclusions.

Les participants au Forum de dialogue politique libyen (FDPL), qui négocient les modalités d’un cadre de gouvernance et de futures élections, doivent s’assurer que des mesures robustes d’établissement des responsabilités constituent une priorité absolue. La feuille de route adoptée sous l’égide de l’ONU, en novembre à Tunis, n’aborde pas de manière adéquate le terrible bilan de la Libye en matière de droits humains et sur le plan humanitaire au bout de 15 mois de combats irresponsables.

« Le fait que le forum de dialogue politique ait adopté une feuille de route qui ne contient pas un engagement direct à rendre justice et à exiger des comptes pour les graves crimes commis est symptomatique d’une politique de conciliation », a déclaré Hanan Salah, chercheuse senior sur la Libye à Human Right Watch. « Le seul moyen de mettre fin au cercle vicieux des graves violations des droits humains est de faire en sorte que les commandants et les responsables de haut rang qui ordonnent ou excusent la commission de graves abus aient à répondre de leurs actes. »

Dans son Rapport mondial 2021 (version abrégée en français), de 761 pages et dont c’est la 31ème édition annuelle, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 100 pays. Dans son essai introductif, le Directeur exécutif, Kenneth Roth, soutient que la nouvelle administration américaine devrait ancrer les droits humains dans ses politiques intérieure et étrangère, afin que le respect des droits fondamentaux puisse survivre sous de futures administrations moins enclines à les défendre. Kenneth Roth souligne qu’alors que l’administration Trump abandonnait dans une large mesure la protection des droits humains, d’autres gouvernements se sont manifestés pour les défendre. L’administration Biden devrait chercher à rejoindre à ce nouvel effort collectif, et non à le supplanter.

Le conflit, qui a fait rage d’avril 2019 à juin 2020, a fait de très nombreuses victimes parmi les civils et causé d’importants dégâts aux structures essentielles du pays, ainsi que le déplacement de dizaines de milliers de personnes à l’intérieur des frontières. Des parties au conflit, dont la Turquie, qui soutient le Gouvernement d’union nationale (GUN), et la Russie, les Émirats arabes unis et l’Égypte, qui appuient le groupe armé connu sous le nom de Forces armées arabes libyennes (FAAL) et dirigé par Khalifa Haftar, ont violé à maintes reprises l’embargo sur les armes imposé à la Libye par le Conseil de sécurité de l’ONU. Ils ont fourni des armes et des munitions à des groupes locaux et les ont soutenus en effectuant des frappes aériennes ou à l’aide de drones, et en leur fournissant des combattants.

Human Rights Watch a constaté un recours intensif à des armes considérées comme illégales par le droit international comme les mines et pièges anti-personnels, et parfois aux bombes à sous-munitions, par les FAAL et ses affiliés. Human Rights Watch a également documenté des frappes aériennes et de drones illégales par des groupes affiliés aux FAAL, qui ont tué des civils, ainsi que des exécutions sommaires, accompagnées de profanations de cadavres, par les forces affiliées aux FAAL.

Les autorités du GUN ont affirmé avoir découvert au moins 120 cadavres dans 27 fosses communes à Tarhouna, au sud-est de Tripoli, la capitale, une zone qui avait été sous le contrôle de la milice Al-Kani, principale alliée des FAAL dans l’ouest de la Libye, en plus de dizaines d’autres corps découverts en d’autres emplacements dans les faubourgs du sud de Tripoli.

Hanan al-Barassi, une avocate qui avait ouvertement critiqué les violations commises par des groupes armés dans l’est de la Libye, a été assassinée par balles le 10 novembre à Benghazi par des individus masqués non identifiés. Elle était apparue fréquemment en direct sur Facebook, dénonçant une corruption généralisée parmi les membres des groupes armés actifs dans l’est de la Libye et les accusant d’avoir commis des agressions et des viols.

Les migrants et les demandeurs d’asile vivent dans des conditions inhumaines dans des lieux de détention gérés par le ministère de l’Intérieur du GUN et par des trafiquants. Ils risquent d’être mis aux travaux forcés, passés à tabac et agressés sexuellement.

Une mission exploratoire de l’ONU sur la Libye, créée en juin, a pour mandat d’enquêter sur les graves violations des droits humains commises dans le pays depuis 2016. La Cour pénale internationale a été mandatée pour enquêter sur les crimes de guerre, et les crimes contre l’humanité et de génocide commis en Libye depuis 2011.

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