Des policiers anti-émeute, déployés face à des manifestants antigouvernementaux dans le quartier de Los Mecedores dans la capitale du Venezuela, Caracas, le 21 janvier 2019.

© 2019 Federico Parra/AFP/Getty Images

(New York) – Le gouvernement du Venezuela, coupable de nombreux abus, n’est pas digne d’occuper un poste au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, et les États membres devraient voter contre sa candidature, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Depuis des années, les autorités du Venezuela répriment brutalement la dissidence et ne parviennent pas à régler l’urgence humanitaire qu’elles ont elles-mêmes causée et qui a forcé plus de 4,3 millions de Vénézuéliens à fuir le pays.

« Les pays membres des Nations Unies devraient adresser un message clair à ladministration de Nicolás Maduro : ils ne vont tout de même pas le récompenser pour ses politiques cruelles et abusives, qui ont détruit la vie de millions de personnes, en lui accordant un siège dans le principal organe onusien de défense des droits humains », a déclaré José Miguel Vivanco, directeur de la division Amériques à Human Rights Watch. « Lélection du Venezuela serait une insulte envers une institution dont les membres sont censés se conformer aux normes les plus élevées en matière de droits humains. »

Le 17 octobre 2019, l’Assemblée générale de l’ONU élira 14 nouveaux membres du Conseil des droits de l’homme, où siègent 47 pays, pour un mandat de trois ans démarrant en janvier 2020. Jusqu’au 3 octobre, le groupe régional Amérique latine et Caraïbes des Nations Unies ne proposait que deux candidats pour les deux sièges du Conseil – le Venezuela et le Brésil –, de sorte que leur victoire était quasiment assurée. Mais comme le Costa Rica a annoncé le 3 octobre qu’il concourrait pour un des deux sièges, les 193 nations membres de l’Assemblée générale ont là l’opportunité d’empêcher les représentants de Maduro d’accéder au Conseil, a déclaré Human Rights Watch.

Les autorités vénézuéliennes sont responsables de violations systématiques des droits humains, notamment d’arrestations arbitraires, de tortures infligées aux opposants et de pratiques policières abusives, comme des exécutions extrajudiciaires, a déclaré Human Rights Watch. Par ailleurs elles n’ont pas su régler l’urgence humanitaire dévastatrice dont elles sont largement responsables. La justice du Venezuela ne travaille pas de façon indépendante et l’impunité de ces violations systématiques est la norme. Tout cela a résulté en une profonde crise des droits humains qui a provoqué le plus vaste exode de l’histoire récente de l’Amérique latine.

Le 27 septembre, le Conseil des droits de l’homme a adopté une résolution créant une mission d’enquête indépendante chargée d’enquêter sur les exécutions extrajudiciaires, les disparitions forcées, les arrestations arbitraires, les tortures et les autres traitements cruels, inhumains ou dégradants commis au Venezuela depuis 2014. La résolution a été proposée par l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Guatemala, le Guyana, le Honduras, le Paraguay et le Pérou – pays membres du groupe de Lima qui ont pris la tête des efforts internationaux visant à faire pression sur les autorités vénézuéliennes pour modérer leurs abus.

Les membres du Conseil des droits de l’homme ont le devoir de coopérer avec cet organe onusien dédié aux droits humains, et pourtant le Venezuela a déjà annoncé qu’il rejetait cette résolution – une preuve de plus qu’il n’est pas digne de siéger au Conseil, a déclaré Human Rights Watch.

En juillet, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, sous la direction de la Haute-commissaire Michelle Bachelet, a publié un rapport accablant sur le Venezuela. Ce rapport détaille des abus qui rejoint les observations des organisations vénézuéliennes et internationales de défense des droits humains et souligne la nécessité que leurs auteurs rendent des comptes. Parmi ces abus, on peut citer les arrestations arbitraires, la torture, les exécutions extrajudiciaires et les violations du droit à l’eau et à la nourriture.

En février 2018, la Procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, a annoncé l’ouverture d’un examen préliminaire de la situation au Venezuela. En septembre 2018, les gouvernements de l’Argentine, du Canada, du Chili, de la Colombie, du Paraguay et du Pérou ont demandé à la Procureure de la CPI d’enquêter sur les possibles crimes contre l’humanité commis au Venezuela depuis le 12 février 2014. Le Costa Rica, la France et l’Allemagne ont ensuite apporté leur soutien à cette requête.

En annonçant la candidature de son pays, le président costaricien Carlos Alvarado Quesada a tweeté le 3 octobre qu’« en raison des graves violations des droits humains mis en évidence par le rapport de la haute-commissaire aux droits de lhomme, le régime vénézuélien nest pas le bon candidat pour le Conseil des droits de lhomme de lONU. Le Costa Rica sest proposé comme alternative. » Contrairement au Venezuela, le Costa Rica a depuis longtemps joué un rôle clé pour faire progresser les droits humains dans la région et par le biais des institutions multilatérales, y compris durant la période où ce pays siégeait précédemment au Conseil des droits de l’homme.

L’autre candidat à un siège au Conseil est le Brésil, dont le président, Jair Bolsonaro, a adopté un discours hostile aux normes des droits humains. Son gouvernement a de fait donné le feu vert à des réseaux criminels qui détruisent la forêt tropicale amazonienne et qui intimident et agressent les défenseurs de l’environnement forestier. Le Brésil est par ailleurs confronté à des atteintes chroniques aux droits humains telles que les violences policières et des conditions de prison abjectes. D’un autre côté, alors que le Venezuela tente régulièrement d’entraver la capacité du Conseil des droits de l’homme à agir contre les abus, le Brésil a soutenu de nombreuses résolutions du Conseil s’attaquant à diverses violations dans le monde.

La Résolution 60/251 de l’Assemblée générale demande aux pays élisant les membres du Conseil des droits de l’homme de « prendr[e] en considération le concours que chaque candidat a apporté à la cause de la promotion et de la défense des droits de lhomme ». Ces directives s’appliquent aux efforts que les pays candidats ont réalisés pour promouvoir et défendre les droits humains sur leur propre territoire aussi bien qu’à l’étranger. Les membres élus du Conseil des droits de l’homme sont censés « observe[r] les normes les plus strictes en matière de promotion et de défense des droits de lhomme » et « coopére[r] pleinement avec le Conseil ».

« Tous les membres du Conseil des droits de lhomme ne sont pas exemplaires, loin de là, mais clairement le Venezuela dépasse toutes les bornes », a conclu José Miguel Vivanco. « Si on invitait les représentants de Maduro à venir saper de lintérieur le Conseil des droits de lhomme, ce serait un affront non seulement aux victimes de son propre gouvernement, mais aussi au-delà, aux victimes de violations dans le monde entier. »

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