Des migrants secourus sont assis sur une côte à quelque 100 kilomètres à l'est de Tripoli, en Libye, le jeudi 25 juillet 2019. L'agence des Nations Unies pour les réfugiés et l'International Rescue Committee affirment que jusqu'à 150 personnes auraient péri en mer au large des côtes libyennes.

© 2019 AP Photo/Hazem Ahmed

Après une année de désaccords et de solutions ad hoc pour sortir de situations d’impasses bloquant des personnes sur des navires de sauvetage pendant des semaines au large des côtes européennes, il semble enfin y avoir des progrès vers une approche coordonnée de l’Union européenne pour l’accueil des migrants arrivant par la mer. Mais la mort tragique d'au moins 150 personnes dans un naufrage au large des côtes libyennes aujourd'hui souligne la nécessité pour les gouvernements de l’UE de faire beaucoup plus.

Lors d'une réunion des ministres de l'Intérieur et des Affaires étrangères de l’UE, convoquée cette semaine à Paris par le président français Emmanuel Macron, 14 pays de l’UE ont approuvé « sur le principe » une proposition franco-allemande pour un « mécanisme de solidarité temporaire » permettant un débarquement rapide dans le port sûr le plus proche et la relocalisation des personnes sauvées en Méditerranée. Huit pays – l’Allemagne, la Croatie, la Finlande, la France, l’Irlande, la Lituanie, le Luxembourg et le Portugal – ont signifié leur intention d’avancer vers un nouveau système. En l’absence de précisions sur la mise en œuvre d’un tel mécanisme, la réunion de suivi annoncée pour septembre à Malte apportera, espérons-le, plus de clarté.

Il ne sera pas facile de parvenir à un consensus. La France, l’Allemagne et d’autres pays estiment que seuls certains demandeurs d’asile devraient être relocalisés, tandis que ceux qui ne sont pas éligibles à une protection internationale devraient rester dans le pays où ils sont débarqués. L'Italie – dont le ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini, a refusé de participer à la réunion et en a rejeté les conclusions – ainsi que Malte soutiennent que tout le monde devrait être relocalisé. Pour résoudre ce problème, il faudra prendre des décisions sur la manière de procéder équitablement à tout examen initial au débarquement et sur la manière de parvenir à un véritable partage de la responsabilité entre les pays de l’UE dans la prise en charge des personnes arrivant de manière irrégulière.

Les participants à la réunion de Paris se sont également penchés sur la situation effroyable en Libye et ont officiellement approuvé un appel aux autorités libyennes pour qu'elles « [mettent] un terme à leur politique de détention systématique »  des réfugiés et des migrants. Emmanuel Macron a mis l’accent sur cet appel dans sa déclaration publique. Il s’agit d’un point vital, tout comme l’engagement exprimé d’accroître et d’accélérer la réinstallation dans les pays de l’UE des réfugiés évacués de Libye.

Dans le même temps, cependant, les gouvernements de l'UE – y compris la France – persistent à soutenir les garde-côtes libyens et à exiger que tou.te.s les capitaines de navire obéissent à leurs instructions. Si les gouvernements de l’UE veulent vraiment prendre des mesures respectueuses des droits humains, ils devraient rapidement mettre en œuvre des politiques soutenant le sauvetage européen en mer, le débarquement sûr et la protection à l'arrivée dans les ports de l’UE, et veiller à ce qu’aucun migrant ne soit renvoyé en Libye, étant donné les graves menaces pour leur vie et pour leurs droits.

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