« Mon mari me frappe. Il abuse de moi. Ma famille ne m’aide pas. Ils me disent: “sois patiente, il va changer”. La première fois, je suis allée à la police. Ils ne m’ont pas crue et m’ont dit de rentrer à la maison. »

Ainsi commence une nouvelle vidéo réalisée par la comédienne marocaine Mounia Magueri, connue pour ses sketches comiques sur les questions de société. Dans cette vidéo, elle joue tour à tour les rôles d'une victime de violences conjugales, d’un mari brutal, d'un officier de police et d'un procureur. Les propos tenus par chaque personnage fictif illustrent le problème de la violence domestique.

Dans cette vidéo, la comédienne et activiste féministe Mounia Magueri joue le role d’une victime de violence domestique, d’un mari violent, d’un officier de police, et d’un procureur—soulignant ainsi le problème de la violence conjugale sous plusieurs angles.

Le Maroc ne dispose pas de loi contre la violence conjugale et les brutalités commises à l'encontre des femmes sont monnaie courante. Une étude effectuée en 2009-10 par le gouvernement a établi que près des deux tiers des femmes avaient subi des violences physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques. Parmi elles, environ 55% ont signalé avoir subi des violences « conjugales ».

En février, Human Rights Watch a publié un communiqué sur la faible réponse du Maroc  face au problème de la violence familiale, en termes de prévention des violences, de protection des victimes, et de poursuites à l'encontre des agresseurs. Nous avons interrogé 20 victimes de violences familiales. Elles ont affirmé que leurs maris, leurs partenaires ou d'autres membres de leur famille leur avaient asséné des coups de poing ou de pied, les avaient brûlées, poignardées et violées.

Beaucoup de ces femmes nous ont dit que la police n'avait pas enregistré leurs dépositions, leur avait dit de partir et avaient refusé d'ouvrir une enquête ou d'arrêter les auteurs de ces abus, même quand des procureurs leur en avaient donné l'ordre. En l'absence de loi sur les violences domestiques, les responsables marocains manquent de directives sur la manière de traiter ce genre d'affaire. Ils sont également dépourvus de mécanisme comme les « ordonnances de protection », très courantes dans d'autres pays, qui interdisent aux agresseurs d'approcher de nouveau leur victime. Les récits de quatre de ces femmes ont été mis en lumière dans une campagne lancée par Human Rights Watch dans les médias sociaux à l'intention de la ministre marocaine des Femmes et de la Famille, Bassima Hakkaoui, avec le hashtag arabe الحقاوي_عطيني_حقي#, qui signifie « Hakkaoui: Donne-moi mes droits. »

Le gouvernement marocain a rédigé un projet de loi sur les violences faites aux femmes, mais le projet est en attente d'examen et d'adoption depuis 2013. Bien que ce projet comporte des éléments positifs, il ne contient pas de définition forte de la violence familiale, et ne considère pas le viol conjugal comme un crime.

Aujourd'hui est la Journée internationale de la Femme, et les femmes marocaines exigent que le gouvernement adopte une loi vigoureuse sur les violences à leur égard.

Dans sa vidéo, Mounia Magueri interpelle ainsi la ministre marocaine des Femmes et de la Famille : « Bougez-vous un peu, s’il vous plait, retroussez vos manches et sortez-nous un projet de loi sérieux. » 

Nous ne saurions mieux dire.

-------------------

Liens vers quatre témoignages :

« Jihan »   (« Reste avec lui, même s'il veut te tuer »)

« Fatima »  (« Il m'enfermait à la maison pour que je n'aille pas à la police »)

« Ilham »   (« Même couverte de sang, la police ne faisait rien pour moi »)

« Khadija »    (« Il sait que je n'ai nulle part où aller »)

----------------

À lire aussi :

H24info.ma 08.03.16

TelQuel.ma 09.03.16

Femmes du Maroc 10.03.16