En 2025, la situation des droits humains au Mali s’est détériorée, alors que des attaques contre des civils perpétrées par des groupes armés islamistes et des opérations de contre-insurrection abusives par les forces armées maliennes et des combattants étrangers associés se sont poursuivies.
Fin août, plus de 737 000 Maliens étaient déplacés à l’intérieur et à l’extérieur du pays, et 1,5 million de personnes faisaient face à une grave insécurité alimentaire.
La junte militaire, arrivée au pouvoir à l’issue d’un coup d’État en 2021, a continué à réprimer les médias, la dissidence et l’opposition politique, réduisant ainsi l’espace civique. Entre avril et juillet, la junte a interdit tous les partis politiques et élevé le général Assimi Goïta au poste de président jusqu’en 2030 sans élection, formalisant un coup de force visant à éviter une transition vers un régime civil et à refuser aux Maliens le droit à la liberté d’expression.
En juin, le groupe Wagner, lié à la Russie, a annoncé qu’il se retirait du Mali, ayant « accompli » sa mission. Les combattants du groupe Wagner ont été remplacés par Africa Corps, un groupe paramilitaire sous le contrôle direct du gouvernement russe qui a été créé après la mort du fondateur du groupe Wagner, Evgueni Prigojine, en 2023.
En janvier, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), limitant la possibilité pour les citoyens de demander justice devant la Cour de justice de la CEDEAO pour des violations des droits humains. En septembre, les trois pays ont annoncé leur retrait prévu du Traité de la Cour pénale internationale (CPI). Iyad Ag Ghaly, le chef du GSIM, recherché par la CPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis au Mali, était toujours en fuite.
Le code pénal malien prévoit une peine pouvant aller jusqu’à sept années de prison en cas de relations entre personnes du même sexe.
Atrocités commises par les groupes armés islamistes
Plusieurs attaques par des groupes armés islamistes ont ciblé des communautés ou des individus qu’ils accusaient de collaborer avec les forces armées maliennes.
Le 7 février, des combattants islamistes non identifiés ont attaqué un convoi civil escorté par des soldats maliens dans le nord-est du Mali, tuant au moins 34 civils. Les combattants ont ouvert le feu sur le convoi alors que celui-ci arrivait dans le village de Kobé et les soldats ont riposté. L’attaque s’est produite dans une zone où le groupe armé État islamique au Sahel (EIS) opère depuis plus de trois ans.
Le groupe armé islamiste Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen, JNIM) a multiplié ses opérations contre l’infrastructure économique malienne dans le but d’affaiblir l’autorité du gouvernement en bloquant la prestation de services et l’accès aux routes principales. Le GSIM a mené des opérations de sabotage visant les équipements de construction le long des routes. Depuis septembre, le groupe armé assiège la capitale du pays, Bamako, et coupe l’approvisionnement en carburant. Ce siège a perturbé les transports et l’accès à l’électricité, ce qui a contraint la junte à fermer provisoirement tous les établissements scolaires et les universités.
Le 7 novembre, des combattants présumés membres du GSIM ont exécuté Mariam Cissé, une influenceuse sur les réseaux sociaux à Tonka, dans la région de Tombouctou, l’accusant de soutenir l’armée malienne.
Exactions perpétrées par les forces de sécurité étatiques et des forces alliées
Les forces armées maliennes et des combattants associés au groupe Wagner et à Africa Corps, tous deux liés à la Russie, ont été impliqués dans des exécutions illégales de civils et dans la destruction de biens civils lors d’opérations de contre-insurrection. Un grand nombre des victimes appartenaient à l’ethnie peule. Les groupes armés islamistes ont concentré leurs efforts de recrutement au sein de la communauté peule, alors que les forces gouvernementales assimilent de longue date les Peuls à des combattants islamistes, les prenant pour cible lorsque des meurtres ou d’autres exactions sont commis.
Le 23 janvier, des soldats maliens sont entrés dans le village de Kobou, dans la région de Douentza, à la recherche de combattants islamistes. Ils ont tué trois hommes peuls ; les corps de deux d’entre eux ont été retrouvés les yeux bandés et les mains liées derrière le dos. Les soldats ont aussi incendié 30 maisons.
Le 19 mars, des soldats maliens et des combattants du groupe Wagner ont battu et arrêté 12 hommes peuls au marché au bétail du village de Kourma, dans la région de Ségou, les accusant de collaborer avec le GSIM. Les soldats auraient emmené les 12 hommes à leur base de Sokolo. Le lendemain, des parents des hommes arrêtés ont signalé l’incident aux gendarmes de Sokolo, mais aucune enquête n’a été ouverte, et les 12 hommes sont toujours portés disparus.
Le 30 mars, des soldats maliens et des combattants du groupe Wagner sont entrés dans le village de Belidanédji, dans la région de Ségou, et ont sommairement exécuté six hommes peuls pour punir la communauté locale pour sa présumée collaboration avec le GSIM. Le même jour, des soldats déployés à l’extérieur du village ont arrêté deux hommes peuls, les ont torturés en les battant violemment, et les ont emmenés à la base militaire de Molodo, où ils ont été détenus au secret dans un conteneur pendant deux semaines.
Le 12 avril, des soldats maliens et des combattants du groupe Wagner ont arrêté une centaine d’hommes peuls dans le village de Sebabougou, dans la région de Kayes, les accusant de collaborer avec des combattants islamistes. Les soldats ont emmené les villageois au camp militaire de Kwala, à une trentaine de kilomètres de là, où ils auraient exécuté un grand nombre d’entre eux. Ces constatations ont été corroborées dans un rapport des Nations Unies.
Le 12 mai, des soldats maliens ont mené une opération à Diafarabé, le long du fleuve Niger, dans la région centrale de Mopti au Mali. Ils ont placé en détention au moins 27 hommes peuls et leur ont fait traverser le fleuve. Le 15 mai, une délégation de résidents de Diafarabé escortée par l’armée s’est rendue sur le site où les hommes avaient été emmenés, de l’autre côté du fleuve Niger, et y a découvert 22 corps dans deux fosses communes. Un survivant a confirmé les exécutions, déclarant que les soldats avaient accusé les victimes de collaborer avec le GSIM.
Le 14 mai, des soldats maliens, accompagnés de combattants du groupe Wagner et de miliciens dozos (une milice issue majoritairement de l’ethnie bambara), ont mené une opération de recherche dans le village de Sikere, dans la région de Ségou. Ils ont rassemblé toutes les personnes de l’ethnie peule près de la mosquée, les accusant de collaborer avec le GSIM, et ont abattu quatre hommes.
Le 2 octobre, des soldats maliens et des Dozos ont tué au moins 21 hommes et incendié au moins dix maisons dans le village de Kamona, dans la région de Ségou. Onze jours plus tard, ils ont tué neuf hommes et une femme dans le village de Balle, dans la même région. Des témoins ont déclaré que les soldats et les Dozos avaient commis ces exactions après avoir accusé les villageois de collaborer avec le GSIM.
Attaques contre les droits civils et politiques
La junte a réprimé la dissidence, l’opposition politique et les médias, réduisant ainsi l’espace civique et politique du pays. Les forces de sécurité ont arrêté de manière arbitraire et fait disparaître de force plusieurs opposants politiques. Le chef du coup d’État Assimi Goïta a consolidé son pouvoir, retardant le retour à un régime civil.
En mai, la junte a adopté une loi abolissant le multipartisme dans le pays. Cette nouvelle loi interdit l’ensemble des réunions politiques, discours et organisations de l’opposition. En juillet, le parlement de transition a adopté une loi accordant au général Goïta un mandat présidentiel de cinq ans, renouvelable « autant de fois que nécessaire » sans élection.
Le 5 février, des hommes en tenue civile ont enlevé Daouda Magassa, un détracteur de la junte, à Bamako. La famille et les collègues de Daouda Magassa sont restés sans nouvelle de lui, bien qu’ayant réclamé des informations auprès des autorités, jusqu’à sa libération le 11 mars.
Entre les 8 et 11 mai, Abba Alhassane, El Bachir Thiam et Abdoul Karim Traoré, trois dirigeants de l’opposition politique et détracteurs de la junte, ont été portés disparus à Bamako, suscitant des craintes quant à leur possible disparition forcée. Abba Alhassane et Abdoul Karim Traoré ont été libérés début juin, tandis qu’El Bachir Thiam est toujours porté disparu.
Le 1er août, les forces de sécurité ont arrêté l’ancien premier ministre Moussa Mara après sa publication d’un message sur Twitter dans lequel il faisait part de sa solidarité avec des prisonniers politiques suite à ses visites de plusieurs personnalités politiques en détention. Accusé d’« atteinte au crédit de l’État » et d’« incitation au trouble à l’ordre public », il a été condamné à deux ans de prison le 27 octobre.
Le 26 octobre, des gendarmes à Bamako ont arrêté et soumis à une disparition forcée Cheick Oumar Diallo, ancien membre d’un syndicat et éminent détracteur de la junte.
Obligation de rendre des comptes pour les exactions commises
Il n’y a eu aucun progrès dans les enquêtes gouvernementales sur plusieurs incidents lors desquels des exactions avaient été signalées.
Les autorités ont ignoré les appels à tenir les auteurs d’abus responsables de leurs actes et n’ont pas respecté leurs obligations juridiques internationales d’enquêter sur les violations graves des droits commises par leurs forces de sécurité et les groupes armés islamistes et de traduire les responsables en justice.