Les élections législatives anticipées de 2024 ont privé le président Macron d'une majorité à l'Assemblée nationale, entraînant la chute de quatre gouvernements. L'instabilité politique post-électorale s'est poursuivie en 2025, marquée par une polarisation politique croissante et d'importantes manifestations contre les inégalités sociales et fiscales. Le pays a été confronté à une crise de confiance grandissante envers ses institutions démocratiques et à un rétrécissement de l'espace de la société civile. Le recours par le gouvernement à des pouvoirs administratifs pour dissoudre des organisations non gouvernementales a menacé l'État de droit. La répression policière des manifestations a restreint les libertés d'expression et d'association. Les discriminations à l'encontre des minorités ont persisté et le nombre de crimes de haine est en hausse. Les migrants et les demandeurs d'asile ont été confrontés à un environnement de plus en plus hostile.
L’État de droit
En décembre, CIVICUS, une organisation non gouvernementale évaluant les libertés civiques dans le monde, a rétrogradé l'espace civique français de « réduit » à « obstrué ».
La loi française de 2021 sur le « séparatisme » a continué d'avoir un impact négatif sur les droits. Un rapport publié en juin par le Forum civique européen a noté que le « Contrat d’engagement républicain » prévu par la loi, qui exige des organisations qu’elles s’engagent en faveur de la laïcité et des valeurs républicaines en échange de subventions publiques, agit comme un « levier pour restreindre la liberté d’association et d’expression. »
En avril, le ministre de l'Intérieur a engagé des procédures de dissolution à l'encontre d'Urgence Palestine, une importante organisation de solidarité propalestinienne, de Lyon Populaire (un groupe d'ultra-droite) et de Jeune Garde (un groupe antifasciste). Alors que ces deux derniers groupes ont été dissous par décret en juin, la dissolution d'Urgence Palestine n’avait pas été confirmée au moment de la rédaction de ce rapport.
Dans son rapport de 2025 sur l'État de droit en Europe couvrant les événements de 2024, l'ONG Liberties a constaté que la vidéosurveillance algorithmique adoptée sous le prétexte des Jeux olympiques de 2024, la loi visant à prévenir les ingérences étrangères, et la loi sur le « séparatisme » restreignaient les libertés d'expression et d'association, ainsi que les droits à la vie privée et à la non-discrimination.
Une nouvelle loi sur le trafic de stupéfiants a été adoptée qui, sans inclure une disposition qui risquait d'affecter considérablement le chiffrement de bout en bout et le droit à la vie privée, confère néanmoins à la police de nouveaux pouvoirs de surveillance intrusifs.
Des organisations de défense de la liberté de la presse ont condamné les violences policières contre des journalistes, alors qu’ils couvraient des manifestations. L'ONG Liberties a constaté un recul de la liberté de la presse, exacerbé par la concentration des médias.
Les attaques verbales contre le système judiciaire se sont multipliées après la condamnation en mars de Marine Le Pen, assortie d'une peine d’inéligibilité de cinq ans, et la condamnation en septembre de l'ancien président Nicolas Sarkozy à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs en vue d'utiliser illégalement des fonds libyens pour sa campagne de 2007. Les autorités ont ouvert des enquêtes après les menaces de mort proférées contre la magistrate du procès de Sarkozy.
Droits économiques, sociaux et culturels
En janvier, Oxfam France a rapporté que les 10 % les plus riches de la population détiennent près des deux tiers de la richesse nationale, tandis que le niveau de vie des 90 % restants a stagné ou diminué. Un rapport de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), publié en juillet 2025, a révélé que le taux de pauvreté a atteint en 2023 son niveau le plus élevé depuis 1996, touchant 15,4 % de la population.
La Fondation pour le Logement des défavorisés a alerté en février sur le fait que la France « s'enfonce dans une crise du logement », avec 350 000 personnes sans abri en 2024.
Discrimination et intolérance
Les données officielles publiées en 2025 ont révélé un niveau élevé d’infractions racistes, antisémites, xénophobes ou antireligieuses recensées en 2024 (9 350 actes recensés), avec une augmentation de 11 % par rapport à 2023 (8 428 actes recensés). Les actes antimusulmans ont diminué de 29 %, tandis que les autres actes racistes et xénophobes ont augmenté de 15 %. Entre janvier et juin, les actes antisémites ont diminué de 27,5 % par rapport à la même période en 2024, mais sont restés plus de deux fois supérieurs à ceux du premier semestre 2023, avant le déclenchement de la guerre à Gaza. La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) a souligné que la sous-déclaration des faits racistes et antisémites reste un problème important.
Dans ses observations finales sur la France, le Comité des Nations Unies contre la torture (UN CAT) a exprimé sa profonde préoccupation face aux nombreuses allégations de recours excessif à la force et de mauvais traitements par les forces de l'ordre, qui touchent de manière disproportionnée les personnes d'origine africaine et arabe ainsi que les ressortissants étrangers.
Dans un arrêt historique, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a condamné la France pour profilage racial en raison de contrôles d'identité répétés effectués par la police sans « justification objective et raisonnable » visant un citoyen français noir. La Cour a rejeté les plaintes de cinq autres Français et a omis d’aborder le caractère systémique du profilage racial pratiqué par la police en France.
Un rapport du Défenseur des droits a établi que les jeunes hommes perçus comme arabes, noirs ou nord-africains ont quatre fois plus de risques d'être contrôlés par la police. Une étude, soutenue par le Défenseur des droits, a conclu que les pratiques policières de contrôles répétés et de « multi-verbalisations » ciblant les jeunes hommes racisés issus de quartiers populaires étaient discriminatoires. Un rapport de la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance a préconisé la création d'une base de données de suivi des contrôles de police.
Le rapport annuel de SOS Homophobie, publié début 2025, a révélé une augmentation de 57 % des agressions physiques contre les personnes LGBT en 2024 par rapport à 2023.
Demandeurs d’asile et migrants
En août, la France et le Royaume-Uni ont lancé un projet pilote d’accord migratoire dit « un pour un », en vertu duquel lequel la France doit reprendre une personne arrivée irrégulièrement par bateau au Royaume-Uni pour chaque demandeur d’asile que le Royaume-Uni accepte d’accueillir en provenance de France. Des organisations de défense des droits des migrants ont condamné cet accord, le jugeant déshumanisant et opaque. Au moment de la rédaction de ce rapport, des dizaines de personnes avaient été « échangées » dans le cadre de cet accord.
Le Comité de l’ONU contre la torture (CAT), dans ses observations finales sur la France, a exprimé sa préoccupation face aux refoulements illégaux fréquents de demandeurs d'asile et de migrants à la frontière franco-italienne, y compris d'enfants non accompagnés, les privant ainsi d'accès à l'asile en France.
En août, le gouvernement a suspendu un programme qui avait permis l’accueil en France de 292 Palestiniens de Gaza depuis janvier, après l'ouverture d'une enquête par les autorités contre l'une d'entre eux pour « apologie du terrorisme » en raison de messages antisémites diffusés sur les réseaux sociaux. Des associations de défense des droits et des associations de juristes ont déposé une plainte, arguant que cette décision violait les droits à la vie, à la dignité humaine et au regroupement familial. La France aurait repris les évacuations de Palestiniens depuis Gaza en octobre.
En juin, le ministre de l'Intérieur a déployé plus de 4 000 policiers, gendarmes et militaires pendant deux jours pour effectuer des contrôles d'identité ciblant les personnes migrantes dans les gares et les bus. Les organisations de défense des droits des migrants ont condamné ces opérations, les qualifiant de rafles stigmatisantes.
Droits des enfants
Selon l'UNICEF et la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) plus de 2 100 enfants dormaient dans la rue en 2025, soit une augmentation de 6 % par rapport à 2024 et de 30 % par rapport à 2022.
Dans le département d'outre-mer de Mayotte, le droit à l’éducation n’est pas garanti pour de nombreux enfants en raison d’un manque d'infrastructures, de classes surchargées, d'une pénurie d'enseignants, ainsi que de l'absence de cantines scolaires et d'activités périscolaires. Des milliers d'enfants restent exclus du système scolaire.
Le Comité de l’ONU contre la torture s'est inquiété du fait que des enfants demandeurs d'asile, y compris des enfants non accompagnés, sont fréquemment détenus avec des adultes sans lien de parenté dans des zones d'attente aux frontières, augmentant le risque d’abus. Le comité a jugé préoccupant que l’application de l’interdiction de la rétention d’enfants migrants, adoptée en 2024 à l’échelle nationale, ait été reportée à janvier 2027 à Mayotte, où un grand nombre d’enfants seraient détenus dans des centres de rétention sans garanties adéquates. En octobre, le Comité des droits de l'enfant des Nations Unies a conclu que la France était responsable de violations graves et systématiques des droits des enfants migrants non accompagnés.
En septembre, la France a rapatrié trois femmes et dix enfants détenus dans des camps en Syrie, la première opération de ce type depuis juillet 2023. Ce rapatriement porte à 179 le nombre total d'enfants rapatriés depuis 2019. Selon les avocats des familles, 110 enfants et une cinquantaine de femmes françaises sont toujours détenus arbitrairement dans des conditions indignes, en violation des obligations de la France.
Droits des femmes et des filles
Le rapport de 2025 du Haut Conseil pour l'égalité a mis en évidence une augmentation des stéréotypes sexistes dans les médias et une hausse des violences fondées sur le genre, tout en soulignant la persistance des inégalités entre les femmes et les hommes dans l'éducation et la vie professionnelle.
La Cour européenne des droits de l'homme a condamné la France à deux reprises pour son incapacité à prévenir efficacement les actes sexuels non consentis. En octobre, le Parlement a adopté une loi définissant le viol comme un rapport sexuel sans consentement. La définition précédente requérait le recours à la violence, à la contrainte, à la menace ou à la surprise.
Justice internationale
En janvier, des juges français ont émis un nouveau mandat d'arrêt à l’encontre de l'ancien président syrien Bachar el-Assad pour complicité de crimes de guerre ; la Cour de cassation a annulé en juillet un mandat d'arrêt distinct émis en 2023 sur la base du principe de l'immunité personnelle des chefs d'État. Depuis, des juges ont délivré deux mandats d'arrêt contre Bachar el-Assad — l'un en août pour complicité de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité commis en 2012, et l'autre en octobre pour des attaques à l'arme chimique perpétrées en 2013.
Le procès de Roger Lumbala Tshitenga, accusé de crimes contre l'humanité commis en République démocratique du Congo en 2002 et 2003, s’est ouvert en novembre.
Politique étrangère
Dans un contexte de crises mondiales et d'attaques virulentes contre le système multilatéral menées par de grandes puissances, notamment les États-Unis, la Russie et la Chine, la France a réexprimé son engagement pour le multilatéralisme et le droit international. Elle s'est engagée dans des efforts diplomatiques concernant les conflits en Ukraine, Israel-Palestine, dans l’est de la République démocratique du Congo, ainsi que dans la crise en Haïti et la situation en Syrie.
Mais trop souvent, la France n'a pas agi face à de graves violations des droits humains et à l'impunité. La réduction continue de l’aide internationale française, s’ajoutant à la suspension de l’aide internationale des États-Unis, a contribué à mettre en péril des programmes humanitaires essentiels et compromet la capacité de l'ONU à poursuivre son action en faveur des droits humains.
La reconnaissance de l’État palestinien par la France et ses efforts diplomatiques à l’ONU dans ce sens ainsi que ses critiques croissantes à l’égard de la conduite d’Israël dans le Territoire palestinien occupé, ne se sont pas accompagnés de mesures concrètes pour prévenir un génocide à Gaza, mettre fin aux échanges commerciaux avec les colonies israéliennes illégales en Cisjordanie et lutter contre l'impunité pour les crimes graves. La France n’a pas suspendu ses livraisons d’armes à Israël malgré le risque de complicité.
La France a condamné les sanctions des Etats-Unis contre des magistrats de la Cour pénale internationale, dont un juge français, et a réaffirmé son soutien à la Cour.
La France s’est mobilisée pour accroître la pression internationale et les sanctions contre la Russie à la suite de son invasion à grande échelle de l'Ukraine, notamment en accueillant la « coalition des volontaires » multinationale œuvrant à des garanties de sécurité pour l'Ukraine. Elle s’est engagée pour le soutien à la reconstruction, l’aide humanitaire, la justice transitionnelle et les efforts de responsabilisation dans la Syrie post-Assad. Mais elle a également renforcé ses liens avec l’Inde malgré la répression croissante de la société civile par le gouvernement Modi.
La France a condamné les violations des droits humains perpétrées dans l’est de la RD Congo, notamment par le M23, ainsi que le soutien du Rwanda à ce groupe armé. Elle a soutenu la création d'un mandat d'enquête par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU (CDH) ainsi que l’adoption de sanctions de l’UE à l’encontre des commandants responsables d’exactions.
Dans un contexte d’oppression croissante des femmes et des filles par les talibans en Afghanistan, la France a soutenu la création d'un mécanisme d'enquête par le CDH.
En octobre, la France a accueilli la 4ème Conférence ministérielle des diplomaties féministes, qui a abouti à une déclaration politique endossée par 31 États pour défendre les droits des femmes et des filles et l’égalité de genre.
Au Conseil de sécurité de l'ONU, la France a condamné les violations généralisées commises à Port-au-Prince, et a soutenu le renforcement du mandat et des ressources de la mission multinationale à Haïti.
La France a contribué, aux côtés de l'Allemagne, à affaiblir la directive européenne sur le devoir de vigilance des entreprises, ce qui constitue un grave recul pour les droits humains et la protection de l'environnement dans les chaînes d'approvisionnement.