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La tragédie dans la Manche devrait pousser à un tournant dans les politiques migratoires

Les gouvernements français et britannique devraient adopter une nouvelle approche de l'immigration irrégulière

Un groupe de personnes probablement migrantes traversant la Manche à bord d'un petit bateau se dirige en direction de Douvres, dans le Kent, au Royaume-Uni, le 10 août 2020 © 2020 Gareth Fuller/Press Association via AP Images

Au moins 27 personnes, dont une jeune fille, sont mortes dans les eaux glaciales au large de la France, hier, alors qu'elles tentaient de passer au Royaume-Uni dans un canot pneumatique. Cette tragédie a intensifié le différend entre les dirigeants britanniques et français sur la question de savoir qui est responsable de ces traversées.

Les deux gouvernements accusent les passeurs tout en négligeant leur propre rôle dans le développement des traversées irrégulières de la Manche, qui ont dépassé 25 000 cette seule année.

Les traversées à bord de petites embarcations ont augmenté de façon spectaculaire en 2018, alors que le Royaume-Uni a de plus en plus restreint - et, après le Brexit, éliminé - les quelques options légales disponibles pour les personnes migrantes cherchant à se rendre au Royaume-Uni depuis le nord de la France. Les accords frontaliers entre les deux pays comprennent un important financement du gouvernement britannique pour développer un arsenal de sécurité et de surveillance visant à stopper la migration irrégulière plutôt qu'à identifier et à soutenir les personnes en besoin de protection.

Les autorités françaises ont poursuivi une stratégie consistant à infliger des conditions de vie misérables aux personnes vivant dans les camps de migrants dans le nord de la France. Les expulsions systématiques, la confiscation des effets personnels, la restriction de l'accès à la nourriture et à l'eau, et le harcèlement des équipes humanitaires sont utilisés pour dissuader les personnes de se regrouper dans la région.

L’approche défectueuse de l'Union européenne, selon laquelle la plupart des personnes doivent demander l'asile dans le premier pays d’entrée dans l'UE, a aussi sa part de responsabilité. Il s'agit souvent de la Grèce, où les personnes sont confrontées à des conditions de vie désastreuses dans des camps surpeuplés et où, jusque l’année dernière, les enfants non accompagnés étaient régulièrement enfermés dans des cellules de police. Ou encore de la Croatie, où la police des frontières a refoulé de force des personnes en Bosnie, les frappant à coups de matraque et détruisant leurs biens.

Il n'est pas surprenant que de nombreuses personnes ne considèrent pas ces pays comme des endroits sûrs où s'installer. Et même si les règles de l'UE et du Royaume-Uni n'étaient pas aussi problématiques, les personnes poussées à bout et épuisées ne sont pas toujours en mesure de prendre des décisions éclairées.

Il est temps que les responsables des deux côtés de la Manche admettent que leur stratégie de dissuasion est un échec flagrant et qu'elle a en fait provoqué d'immenses souffrances.

Les autorités françaises devraient proposer des hébergements alternatifs qui donnent aux personnes la stabilité et le temps de décider si et où demander l'asile ou s'il est préférable de rentrer dans le pays d’origine.

Le gouvernement britannique devrait abandonner son projet de repousser les bateaux - ce qui mettrait encore plus de vies en danger - et plutôt proposer des voies régulières permettant aux migrants de se rendre au Royaume-Uni pour y chercher refuge ou retrouver des membres de leur famille.

Les deux gouvernements devraient faire en sorte que de telles tragédies ne se reproduisent plus jamais.

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