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« Où est la justice » pour les femmes transgenres marocaines ?

Le podcast AfroQueer met en lumière les conditions de vie dangereuses pour les personnes LGBT au Maroc

Le drapeau de la fierté transgenre, créé en 1999 par l’activiste transgenre américaine Monica Helms. Les bandes sont en trois couleurs : bleu (couleur traditionnelle des garçons), rose (couleur traditionnelle des filles), et blanc (symbolisant ici les personnes intersexes ou en période de transition). © Wikimedia Commons

Alors qu’elle rentrait chez elle après une fête du Nouvel An le premier janvier 2019, Manal, vêtue d’une robe de dentelle bleue, a eu un accident de la route mineur. Lorsque la police est arrivée sur les lieux, elle a procédé à l’arrestation de Manal, l’a harcelée en raison de son genre revendiqué, puis révélé son identité en divulguant sur Internet des photos d’elle et une copie de sa carte d’identité, en violation des lois marocaines relatives à la confidentialité.

Dans le dernier épisode du podcast AfroQueer, intitulé Une Nuit à Marrakech, Manal décrit la persécution qu’elle a subie en tant que femme transgenre au Maroc, où des obstacles juridiques lui interdisent d’entrer en possession d’un document officiel reflétant son identité de genre et le nom qu’elle s’est choisi. Elle s’exprime depuis la France, où elle a demandé l’asile après la divulgation illégale de ses informations personnelles et avoir subi des brimades, du harcèlement et des menaces en ligne.

Manal relie sa propre expérience à la récente campagne de « outing » lancée contre les homosexuels et les personnes trans au Maroc. De faux comptes ont été créés sur des applications de rencontres réservées aux homosexuels et des utilisateurs mis en danger en raison de la publication de leurs données privées sur les réseaux sociaux, provoquant des tentatives d’intimidation et des discours de haine. Le Maroc criminalise les relations homosexuelles et les personnes « dénoncées » y sont exposées au risque d’expulsion, de perte d’emploi et de marginalisation.

Manal, qui travaillait sans relâche pour conserver son travail d’assistante médicale et son domicile, a tout perdu après avoir été « dénoncée » par la police. Sa situation est emblématique de la vulnérabilité que connaissent de nombreuses personnes trans au Maroc, contraintes à l’autocensure pour survivre quotidiennement.

Manal évoque également la diversité des expériences des personnes trans au Maroc. « Le pouvoir économique et la renommée séparent la femme trans victime de violence et celle qui est protégée. Les identités trans sont acceptées au Maroc tant qu’elles servent de divertissement sur scène, mais pas dans la vie ordinaire. »

« Où est la justice ? », se demande Manal. A Paris, elle est au chômage et s’inquiète de l’état de santé de ses parents vieillissants, alors qu’elle est contrainte de vivre loin d’eux. Les personnes trans ne devraient jamais avoir à payer un tel coût pour assumer leur vérité.

Au Maroc, la Direction générale de la Sûreté nationale aurait émis l’ordre de sanctionner les policiers qui ont harcelé Manal. Cependant, le gouvernement marocain a omis de la protéger de manière adéquate, et n’y parviendra pas pour d’autres personnes queer et trans, à moins d’abroger des lois discriminatoires.

Cette tribune est la deuxième d’une collaboration en six volets entre Human Rights Watch et le podcast AfroQueer, qui cherche à donner une portée supplémentaire aux voix des Africains lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT).

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