Des soldats congolais à Paida, près de Beni, dans la province du Nord-Kivu, en RD Congo, le 7 décembre 2018.

© 2018 Goran Tomasevic/Reuters

(Goma) – Dans les provinces du Kivu, dans l’est de la  République démocratique du Congo, les groupes armés ont tué 1 900 civils et enlevé plus de 3 300 personnes entre juin 2017 et juin 2019, ont déclaré Human Rights Watch et le Groupe d’étude sur le Congo, basé à l’Université de New York, dans un rapport publié aujourd’hui. Le Baromètre sécuritaire du Kivu (Kivu Security Tracker, KST) projet conjoint des deux organisations, a enregistré plus de 3 000 incidents violents commis par plus de 130 groupes armés.

Le rapport de 17 pages, « Congo, l’oublié : Les chiffres derrière la plus longue crise humanitaire en Afrique », a utilisé les résultats des deux premières années du KST pour examiner les tendances générales des conflits dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, les principaux facteurs contribuant à la violence et les défis plus larges des efforts de maintien de la paix.

« Plus de 130 groupes armés se battent pour d’innombrables raisons dans les provinces du Kivu, dans l’est de la RD Congo, faisant de cette région l’un des endroits les plus violents au monde », a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Comprendre qui commet les atrocités est la première étape pour faire en sorte que les responsables rendent des comptes et pour mettre fin aux abus. »

Au lieu de rétablir la sécurité, les forces de sécurité du gouvernement congolais ont fréquemment commis des exactions contre les civils qu’elles sont censées protéger. Des responsables politiques, des services de renseignement et des forces de sécurité ont créé, soutenu et utilisé des groupes armés au Kivu et ailleurs dans le pays, souvent pour prendre le contrôle de la terre, des ressources minières ou des rackets fiscaux.

Le KST surveille la violence des groupes armés et des forces de sécurité congolaises à l’aide de cartes, de graphiques, de billets de blog et de rapports analytiques. Une équipe de 15 chercheurs congolais basés dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu s’entretient quotidiennement avec des chefs coutumiers, des membres du clergé, des activistes et des responsables gouvernementaux pour documenter les violences les plus flagrantes – notamment les meurtres, les viols de masse, les enlèvements et la répression politique – et tenter d’identifier les groupes armés responsables. Les chercheurs du projet en RD Congo et à l’étranger s’assurent que les informations sont fiables, puis les placent sur une carte interactive en ligne qui montre où les groupes armés sont actifs, où les pires violences ont eu lieu et qui est présumé responsable.

Les résultats montrent que les combats touchant les civils sont restés à des niveaux alarmants au Kivu au cours des deux dernières années. L’épicentre de la violence est le territoire de Beni : presqu’un tiers de tous les meurtres de civils ont eu lieu ici, principalement à cause des combats entre les forces de sécurité congolaises et la rébellion des Forces démocratiques alliées (Allied Democratic Forces, ADF). Les autres points chauds incluent le territoire de Rutshuru, où plus d’un tiers des enlèvements ont eu lieu. Plus au nord, là où les territoires de Rutshuru, Walikale, Masisi et Lubero se rencontrent, d’importants combats ont opposé l’armée congolaise, en alliance avec des milices locales, et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé composé en grande partie de Hutus rwandais.

Les hauts plateaux des territoires de Fizi et d’Uvira, à la pointe sud du Sud-Kivu, ont constitué un autre point critique en 2017, les dynamiques régionales exacerbant les rivalités ethniques entre les communautés Banyamulenge et Bafuliro. Des rebelles burundais, quelques-uns soutenus par le gouvernement rwandais, se sont battus contre des rebelles rwandais et des groupes Maï-Maï congolais, dont certains ont à leur tour reçu un soutien des gouvernements congolais et burundais.

Les données du KST indiquent, contrairement à une opinion largement répandue, qu’il n’y a pas de corrélation systématique entre la violence et les zones minières – seulement 20 pour cent des incidents violents se produisent dans un rayon de 20 kilomètres d’une mine. Bien que certaines violences soient directement associées aux efforts de contrôle des zones minières, les groupes armés tirent des revenus de nombreuses sources, notamment la production de charbon de bois, le braconnage, les enlèvements et la taxation de tous types de marchandises et de mouvements.

Le Président Felix Tshisekedi, lors de son premier voyage en fonction au Kivu en avril, avait promis de redéployer les troupes qui se trouvaient au Kivu depuis longtemps, de demander des comptes à quiconque soutiendrait des groupes armés et de redynamiser les opérations militaires dans la région. Si environ 2 000 à 3 000 combattants se seraient rendus ou auraient annoncé leur intention de le faire depuis l’investiture de Tshisekedi, il n’existe aucun programme de démobilisation fonctionnel pour eux. Il n’y a pas eu de nouvelles poursuites judiciaires contre des commandants de l’armée congolaise pour leurs abus ou leur soutien à des groupes armés, et de nombreux commandants auteurs d’abus sont toujours en liberté.

Des réformes systémiques demanderont du temps et une volonté politique considérable de la part du gouvernement congolais, selon les deux organisations. Les dirigeants du pays devront répondre aux appels lancés par les communautés locales en faveur de la réconciliation, de la justice et du développement économique. Tshisekedi a clairement fait savoir qu’une paix durable dans la région devra inclure une action concertée pour la justice. Le gouvernement devrait mettre en place un mécanisme de vérification des antécédents (« vetting ») visant à écarter les responsables impliqués dans les violations graves commises par les forces de sécurité, et une unité spécialisée dans les crimes de guerre pourrait être créée au sein de la justice congolaise pour se concentrer spécifiquement sur les poursuites des crimes internationaux graves.

« Les combats de ces dernières années montrent que la paix et la stabilité dans l’est de la RD Congo sont difficiles à atteindre », a conclu Jason Stearns, directeur du Congo Research Group. « Une approche globale est nécessaire, notamment un programme de démobilisation renforcé et des réformes en profondeur à tous les niveaux de l’État pour lutter contre l’impunité. »

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